Le Prince du Soleil

28-01-2012 16:45:46


Il était une fois un prince au visage lumineux. Il voyageait dans un char solaire et plongeait chaque nuit avec son attelage dans les profondeurs d’un lac où nageaient des sirènes, son escorte princière.
Un jour, en se promenant à pied sur les berges afin de se muscler, il croisa une déesse vêtue de sa longue chevelure nouée de roses de corail.
Il en tomba éperdument amoureux, ouvrit les bras pour serrer sur sa poitrine la merveilleuse jeune femme mais n’étreignit que le vent tandis qu’une flèche d’or se plantait dans un œil, ouvrant une spirale où des anneaux solaires se multipliaient à l’infini.
Le prince du soleil tomba sur le rivage ; la reine de la nuit ordonna que son corps fût porté dans le phaéton et l’attelage l’emporta bien loin, de l’autre côté de l’Océan.
Des funérailles furent accomplies. On le coucha sur un lit de marbre gardé par des griffons et de jeunes vestales le pleurèrent jusqu’au retour d’un autre soleil qui favorisa la naissance d’un jeune prince qui reprit la route mythique du continent de ses origines, l’Afrique !


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Fleur-de-Bitume

27-01-2012 10:01:00

La déesse aux grands yeux s’habille de lumière et sème au vent graines et fleurs séchées dont elle attend la magnificence estivale. Brebis et chamois l’escortent et creusent dans le roc un sentier escarpé qui la conduira jusqu’aux edelweiss, tapis sacré, prometteur de neiges éternelles.
Elle s’assied, la déesse, vêtue de doux angora, elle tient une lyre et chante une ode à la nature dont elle est le garant.
Si belle est la chanson qu’elle va, par-delà les montagnes et tombe dans l’oreille d’une jeune citadine bottée de cuir et enroulée dans un lainage vaporeux qui la rend fragile et attirante.
Fleur-de-Bitume, la jeune fille s’installe à un carrefour, danse comme Esméralda et chante une mélopée qui attire les passants.
On lui donne quelques pièces qui l’aideront à vivre et à nourrir son enfant.
La déesse aux grands yeux la protège de son aile et l’emmène dans un paradis où elle téléporte un petit cœur d’ange, une fille venue d’une mauvaise rencontre mais qui est pour sa mère un véritable trésor.
Marbre, bois et verre sont les matières qui forment le logement chaleureux et orné de miroirs peints de liserons, de glycines et aussi de lilas.
Les fleurs embaument les pièces, la cuisine a des saveurs épicées et chocolatées.
Sa bonne action accomplie, la déesse aux yeux de lumière, sœur d’Athéna reprend le chemin de l’Olympe et laisse dans son sillage des edelweiss de nacre aux reflets d’argent.


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Parchemin d'Amour

25-01-2012 11:22:16

Belle entre les belles, toi qui hantes mes nuits et peuples mes pensées le jour, je voudrais te célébrer mille et une fois, ma Shéhérazade, ma belle Otero ou mon Anne de Bretagne, duchesse en sabots !
Alors j’écris, je multiplie les messages que je confie aux oiseaux ou aux dauphins. Et surtout je parle aux vents et aux nuages avant d'oser t’affronter, ma reine, mon unique grand amour. Si je devais perdre la moindre chance de vivre à tes côtés, le soleil même n’aurait plus la splendeur que lui prêtait Akhenaton, le pharaon iconoclaste qui fit construire une ville, engloutie par le sable à son déclin.
Tu le vois, ma Princesse, j’emmène un monde de lumière avec ce cœur que je présente à tes belles mains, en offrande et si tu me chasses, ce monde s’évanouira et sera livré aux ténèbres hantées par les oiseaux de nuit qui deviendront mes seuls amis.
Tel un roi déchu, j’irai à l’aveugle rejoindre les errants que l’on trouve dans les romans de chevalerie et plus jamais, je le jure, je ne me laisserai séduire par la beauté d’une Dame dans les tournois.
Et s’il me faut, pour trouver la paix, accomplir le pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle, je partirai sur les chemins, ma pèlerine ornée des coquilles du messager de la Dame des cieux.
Bien que cette mission soit de grande noblesse, je souhaite, Belle des belles, que tu jettes un regard sur celui qui soupire et attend un signe de ta main.
Alors mon ange, mon âme sœur, ma Beauté, je t’en prie, confie ta petite main gantée à celui qui t’aime et n’aimera que toi.


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Bouquet de fleurs

24-01-2012 10:20:47

Dans les jardins bleus où se promènent les foules du dimanche, on voit souvent des personnes âgées, esseulées qui tricotent ou lisent ou qui tentent de nouer des conversations avec leurs voisins ou leur voisines. On échange des recettes, on se raconte de petits malheurs, ce qui est grave, on le garde pour soi, on montre des photos et parfois quelques larmes glissent sur des joues ridées.
Puis l’inexplicable se produit : une personne apparaît, homme ou femme qui fait des moulinets avec sa canne et aussitôt la tristesse s’évapore comme la rosée du matin.
Arbitrairement, je choisis une femme et je la montre svelte et attirante comme Jane Fonda, mais puisque cette artiste est unique, je prête à ma sémillante créature la chevelure bouclée d’une Lady, une légère boiterie comme Mademoiselle De La Vallière tant aimée par Louis XIV avant de lui imposer d’entrer au couvent pour se livrer à la belle Madame de Montespan et le goût de la conversation mondaine et de l’écriture.
Cette charmante femme issue de mon imaginaire, personnage récurrent de mes livres de contes sous le nom de fée des lilas, s’assied auprès de la personne qui lui paraît la plus désespérée et gageons qu’elle fera naître un sourire sur les lèvres de l’esseulé.
Il y a tant à faire pour apporter un peu de bonheur aux autres qu’il est impératif de regarder autour de soi. Chacun a au fond du cœur un peu de fée des Lilas ou de prince des Dahlias pour fleurir son prochain d’un bouquet d’amour.


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Merveilles

23-01-2012 17:14:08

Les petites Merveilles aux doigts aériens, un dé d’or posé sur le doigt, rivalisent avec les fées pour coudre et broder d’aériennes créations qui seront ensuite arborées dans les salons par des femmes parfois capricieuses et exigeantes, peu soucieuses de connaître le nombre d’heures qu’il aura fallu pour qu’elles soient les plus belles.
Leur journée de travail terminée et parfois on les rattrape au moment où elles s’apprêtent à enfiler leur manteau pour une dernière urgence, Madame De voulant absolument parader le soir même en bousculant le calendrier établi ou le grand ordonnateur ayant décidé de modifier la toilette après une subtile méditation, les petites Merveilles rentrent chez elles, le dos souvent voûté, à force d’être restées penchées sur leur ouvrage.
Enfin de retour dans leur modeste logement, les petites Merveilles s’occupent de leurs chats, mangent frugalement puis lisent des romans d’amour ou regardent des sagas télévisées, appréciant l’élégance des toilettes et s’endorment en rêvant que la prochaine robe sera encore plus belle que la précédente et qu’elles y seront associées.
L’amour du travail bien fait l’emporte sur la reconnaissance de leur hiérarchie, trop occupée à se présenter sur le haut de la scène. Rideau ! Les petites Merveilles connaissent l’envers du décor mais le bonheur suprême leur viendra du destin : Ma Tante Marie que l’on peut assimiler à ces Petites Merveilles puisqu’elle a consacré toute sa vie au Tulle de Caudry fêtera le 29 janvier ses cent trois ans (103) !


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Complainte de Pierrot

22-01-2012 10:45:57

Lune rousse aux saveurs de châtaignes et aux accents de feuilles mortes, dis-moi quelle beauté je dois chanter.
Pierrot, mon ami, la femme que tu aimes doit être l’unique objet de ta rêverie.
Mais Pierrot soupire, joue avec les pompons de son costume de scène et finalement se décide à descendre dans l’arène où triomphent les autres.
Il se vêt d’or et de lumière comme les matadors et part, la rose aux dents, à la recherche de la belle des belles, celle qui fait tourner les têtes, à en mourir.
Une échelle de soie l’emmène dans les nuées et là, il la voit, cette bellissima. Elle a des ailes de séraphin sur son corps sculpté dans un fourreau de satin blanc. Des étoiles brillent dans ses cheveux. Ses yeux émeraude font de lui un pantin. Il ouvre les bras, espérant étreindre cette sublime créature et mais il m’embrasse que le vent qui l’emmène dans un nuage en forme de nacelle.
Il est déposé doucement à terre, court comme un fou à la recherche de la beauté céleste mais les feuilles translucides lui rappellent l’automne et les songes auprès du feu.
Alors il rentre chez lui, ouvre son cahier relié et enluminé de colombines facétieuses et il écrit à la belle des belles sa complainte de poète d’une plume trempée dans l’encrier des Romantiques des Grands Lacs, ses amis fidèles et il pleure de n’être pas en leur compagnie et ses larmes deviennent des pétales de roses pour constituer la fleur de tous les sourires pour l’offrir à la plus belle, selon le gré de la lune rousse, à l’heure des serments.


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Belle

19-01-2012 20:52:05

Belle aux yeux d’Amour, j’aimerais respirer ton parfum jusqu’à en perdre la mémoire. Je voudrais t’emmener dans un pays où les amants sont rois. Je te regarderais avec tant de délicatesse que tu m’ouvrirais les chemins de ton corps flexible.
Ton port de reine, tu le garderais, ma beauté, de manière éternelle car il n’est pas dans mes projets de te réduire en servitude.
Tu seras ma Reine de Saba, mon Agnès Sorel, ma Pompadour ou tout simplement ma bergère des bords de Linon ou ma belle des banlieues de France aux jambes fines ou bien encore ma beauté nordique, provençale ou des pays de Loire.
Belles d’Afrique, je ne vous oublie pas et je vous insère dans mon cœur où se pressent les multiples accents de la beauté féminine dont on peut faire une symphonie.
Je ferme les yeux et tu m’apparais dans toute ta splendeur, vêtue d’un jupon de mousseline et d’un caraco de roses violines en tourbillonnant dans une spirale où se vrille mon âme.


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L'Ange

17-01-2012 16:10:05

Dans le cœur d’une rose, un ange sommeillait. Il attendait le moment propice pour s’échapper sur les chemins qui formaient une ronde de verdure encerclant un château dont les tours se perdaient dans les nuages.
Un enfant respira le parfum de la rose et l’ange se fondit dans sa chevelure bouclée.
Comme l’oiseau dans son nid, l’ange se laissa promener, au gré du vent et des jeux de l’enfant. Ils s’assirent tous deux au bord d’une rivière.
Se penchant pour admirer son reflet, l’enfant vit celui de l’ange. Il lui sourit, souhaitant le rejoindre dans le fil du courant.
Mais un saumon royal emporta l’ange bien loin, au pays nordique des fjords.
L’enfant s’en revint pensif au château de sa mère, la reine des Ondines et se jura de devenir explorateur pour retrouver l’empreinte de l’ange.
Il grandit et mûrit, se plia aux exigences de sa mère qui voulait le marier, ouvrit le bal avec une princesse qu’un roi lui présenta…. Et reconnut l’ange !


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La Ronde

14-01-2012 16:35:45

L'étoile du matin a jailli dans les grands lacs puis s'est nichée dans les cheveux des belles au regard de jais, à l'infini. Le scintillement de ces parures a auréolé ces jeunes beautés de lueurs fulgurantes courant dans les petites boucles de leurs cheveux semblables à des roses noires, si douces sous la brosse de soie. Heureuses de se savoir belles et désirées, elles ont couru dans la rosée, retroussant leurs jupons pour ne pas être mouillées. Leurs souliers de satin ont amorti les effets de la flore des rivières. Dans une ronde, au clair de lune, toutes les plus jolies filles de la région s'étaient donné rendez-vous pour exprimer la joie d'être unies et si belles dans leur disparité. Quelques-unes étaient blanches et dans leurs cheveux blonds, bruns ou vénitiens, des perles multicolores cascadaient en épousant le fil du courant. Femmes ou naïades, elles ont disparu dans la brume du couchant, laissant sur le bord des grands lacs, des écharpes de soie, de perles et de fleurs pour en pare les fées.


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Souvenir

12-01-2012 9:26:40

Était-ce un rêve? Il était là, devant moi, avec son sourire énigmatique et sa beauté d'ébène. Il avait son air altier et princier .Il revenait de chez les Morts, tel Ulysse dans son périple méditerranéen. Mais lui, il avait parcouru des kilomètres de jungle et s'était caché dans de multiples lieux, brûlant les souvenirs au fur et à mesure de sa fuite. Enfin, je lui apparus, dans un éclat de jade, avec la splendeur poétique de ma beauté flamande, un Vermeer vivant. J'étais pour lui La Jeune Fille à la Perle, l'inutile beauté qui offre un regard bleu sur l'infini. Ces jours se sont évanouis, laissant dans leur sillage des pétales de roses...


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Chanson

11-01-2012 10:10:56

Mon oiseau des îles, mon ange, ma beauté, je te porte en moi comme un oiseau blessé, tourmenté, meurtri. Je te le redis avec des mots de Paradis, des phrases de tous les jours, des refrains de chansons, je t'aime et te garde toujours en mon cœur. Cependant mon amour se diffuse dans le bel orient de ma jeunesse et je cours à n'en plus finir dans les dunes qui cachent l'oued et les hommes bleus. Ils me demandent de les suivre pour retrouver leur honneur perdu et je ne peux leur refuser mon aide. Bientôt mon corps n'est plus qu'un chant meurtri que je te dédie, ma beauté, mon ange, mon bel oiseau de Paradis. Les colombes de mon cœur s'envolent jusqu'à toi, portant en leur bec le beau lys blanc de la vallée et la petite pervenche qui t'offrira le grand ciel bleu de mes songes.


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Brocéliande

11-01-2012 10:02:25

Dans la lande lointaine où fleurit la bruyère, la fée Viviane cherche son amant et son bel enfant blond, Lancelot du Lac qu'elle a tant choyé en son palais de verre dans l'étang de Comper. Un druide se promène sur les bords de ce lac et tombe tout à coup dans la faille du temps. Au palais, les jeunes filles jouent de la harpe tandis que les danseurs interprètent une chorégraphie dédiée au cerf blanc. Le jeune druide, Tugdual essaie d'entrer dans la ronde mais des ours l'empêchent de se joindre à ce fest noz.Un mur de verre le sépare de cette joyeuse compagnie. Alors, la mort dans l'âme, il se résigne à suivre les ours bruns qui le conduisent aux marches d'un palais, à l'air libre cette fois puis disparaissent en laissant dans leur sillage un parfum boisé qui vous font prisonnier d'un amour sans lendemain. Ciel !Ce jeune druide n'était autre que Merlin ?


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Invocation

11-01-2012 9:51:27

Elle a un goût d'éternité, la source de mon cœur où chantent les roitelets. Elle court en cascade, égrenant çà et là des bribes de poèmes, des bouquets de houx et des perles d'eau vive. Elle sillonne plaines, coteaux et vallées, irrigue en profondeur les mille recoins de mon âme, me laissant un goût de rose et d'églantine. Le muguet, le myosotis et la pervenche fleurissent sur les bords de cette rivière qui entraîne dans son sillage les souvenirs et le visage du devenir. Prêtresse du verbe, je t'invoque, ô source !et je te demande de courir sur les friches d'antan pour leur redonner joie de vivre et rires d'enfants.


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Beauté

10-01-2012 10:15:05

Où sont les belles de jadis avec leurs robes d'organdi et leurs ombrelles ? Parties avec la brise ? Elles se sont évanouies dans les nuages en nous laissant le parfum de la mélancolie. Mais pour remplacer ces beautés désuètes, des jeunes filles bottées et cuirassées sont apparues dans le paysage urbain, s'épanouissant comme ces fleurs d'acier qui jaillissent des forges. Elles ont enfourché des motos, pulvérisant la représentation de la Belle Époque, corsetée, enrubannée, entravée dans des jupes moulantes obligeant à faire de petits pas précieux, comme les Geishas. Libérées et féminines jusqu'au bout de leurs ongles peints, ces sirènes modernes dissimulent leur chevelure fuchsia, brun, sépia ou noir ardent dans des casques nacrés et fluo et hurlent dans le vent comme les mythiques Beatles. Qu'en sera-t-il dans cinquante ans ? Nos jeunes filles apparaîtront peut-être comme des beautés éphémères appartenant à un passé révolu et charmant ... à moins que l'on ne revienne aux pratiques d'antan, jeunes filles aux coiffures pyramidales, chapeautées et dissimulées par des flots de dentelle tout en gardant l'indémodable jean et les cuissardes, mix des plus charmants, pour rappeler l'heureux temps où l'on creusait des mines aux riches filons pour en extraire l'or qui ruissela sur le monde, apportant dans son flux la modernité et hélas ! le désir inhumain de réduire ses contemporains à une forme voisine de l'esclavage antique, coups de fouets en moins mais désespérance identique. Les dessous de la mode sont révélateurs : brodeurs, petites mains, couturières, modistes et tout ce personnel qui fait vivre la création et les grandes maisons dont on ne retient qu'un nom ne sont pas rétribués à l'aune de leur travail. Alors belles de jadis, belles d'aujourd'hui, belles de demain, un trait d'unité vous relie, l'adresse, le talent et les heures égrenées sans pitié du monde ouvrier !


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Conte d'autrefois

15-12-2011 15:34:01



« Holà ! fille aux pieds nus ! retrousse tes jupons et va chercher des écrevisses dans le ruisseau. Tu nous les prépareras ensuite dans ta chaumière, gueuse ! Nous attendrons ton signal ». Ainsi parlait l’un des trois chevaliers armés, à mine patibulaire en s’adressant à une jeune paysanne. Cette dernière, loin de s’incliner, signala à ces messieurs qu’elle n’était, en aucune façon, à leur service.
« Je ne vais dans le ruisseau que lorsqu’il me plaît d’y être répondit-elle en les regardant fièrement. Voyez-vous, je suis la fée de la forêt et c’est à mon tour de vous signifier que vous n’êtes pas les bienvenus dans mon royaume. Partez sinon il vous en cuira ».
Maël, le chevalier le plus orgueilleux des trois, coupa la jeune fille en deux de son épée. Mais à sa grande surprise, la jeune paysanne disparut dans un nuage d’or tandis qu’une mésange babillait en les regardant insolemment.
Joël, le jeune frère du chevalier ardent, conseilla à ses deux équipiers de se rafraîchir au ruisseau, de faire boire les chevaux et de partir le plus vite possible pour fuir ce lieu enchanté et diabolique.
Alexis, le troisième chevalier fut d’avis qu’il fallait s’en remettre au destin pour agir. Il sortit un écu d’or. Pile, nous restons, face nous partons aussi vite que possible.
Ce fut pile.
Maël était heureux car il voulait prendre sa revanche sur cette jeune fille orgueilleuse. Il ne croyait pas aux fées et s’en remettait toujours à sa bonne épée. Cependant, alors qu’il faisait boire les chevaux, il sentit ses cheveux se dresser sous son casque : de gigantesques écrevisses s’attaquèrent aux bêtes qui, affolées, s’enfuirent, le laissant face aux monstres.
Lorsque les deux autres arrivèrent au bord de la rivière, il n’y avait plus de chevaux et il ne restait de l’orgueilleux Maël que des bribes de métal.
Sans épiloguer davantage, nos deux chevaliers se débarrassèrent de leur armure et s’enfuirent dans les champs pour être cependant rattrapés par des loups et dévorés. Avant de mourir, Alexis avoua que sa pièce était truquée et qu’elle avait deux côtés identiques. Il s’en servait aux jeux, toujours avec succès !
Après la mort des trois chevaliers mécréants, la fée revint en son royaume, pieds nus ou en sabots, en tenue de paysanne car c’est ainsi qu’elle se sentait libre et elle reprit ses activités, notamment le chant, la danse et la poésie.


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Le déjeuner sur l'herbe

11-12-2011 12:02:28


Dans un éclat de lune, la belle s’est envolée bien loin, dans un lieu où l’on joue de la harpe, du violon et du clavecin. En robe du soir, trois jeunes filles, vêtues en Colombine, cherchent leur Pierrot. Ils se cachent dans les bosquets, un masque sur les yeux.
Moi qui passais par-là, je voulus les avertir, les pauvrettes ! On ne gagne jamais en jouant aux dominos avec les messieurs mais elles m’ont demandé de passer mon chemin. Sur la route du retour, j’ai croisé des carrioles aux roues peintes et ornées de fleurs. La suite des messieurs se chargeait de préparer un déjeuner sur l’herbe propice aux amours.
Je me suis arrêtée à l’ombre d’un saule, près d’un canal où évoluaient des péniches, j’ai sorti de mon cache-cœur un livre de poèmes et je l’ai lu, jusqu’à ce que mes paupières deviennent lourdes.
Qui vint alors en chantant ? L’oiseau des origines, l’oiseau bleu avec une aigrette de diamants, l’oiseau qui réconcilie la terre et le ciel.
Je suis rentrée chez moi en fredonnant des airs du Mariage de Figaro et j’ai souhaité bonne chance aux demoiselles du déjeuner sur l’herbe en compagnie de ces Pierrots.
C’était un jour de fête et l’on voulait croire à la vérité de leurs serments !


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Place Royale

8-12-2011 13:23:21

Sur la place royale de Labastide d’Armagnac, célèbre place qui, dit-on, servit de modèle à la place des Vosges à Paris, lors d’un voyage du roi de France et de Navarre Henri IV, on vit un jour arriver un carrosse d’or.
Imaginez la stupeur des habitants ! En une période de récession, voir tant d’or à la fois ruisseler de soleil sur le sol humble du petit village relevait du prodige. Et que dire des chevaux ! C’était un attelage de six juments claires dont la blondeur ajoutait une note solaire supplémentaire. Cochers et laquais en livrée chamarrée s’affairèrent autour de la personne féerique qui descendit de ce moyen de locomotion hors du temps.
Les habitués de la place royale reconnurent instantanément la fée Dragée. Ce n’était pas la première fois qu’elle venait dans leur commune et chaque fois qu’elle y passait, elle laissait de charmants témoins, des bonbonnières de dragées, des chocolats, des gâteaux qui fleuraient bon l’angélique confite, le glaçage ou la crème moka.
Cette fois, les laquais sortirent du coffre des fruits exotiques, mangues, ananas, litchis, noix de coco, grenades, clémentines et oranges et plus rares encore, des dattes et des noix enrobées dans la pâte d’amandes colorée. Plus étonnants furent des cageots dans lesquels reposaient toutes sortes de bananes, patates douces et aromates en tout genre ainsi qu'un sac de riz et, un autre de farine de manioc destinée à confectionner les délicates boulettes qui accompagneraient un plat savoureux nommé foufou.
La fée reprit sa place dans le carrosse et ajouta, avant de partir, que des cuisiniers et des décorateurs viendraient prochainement afin de préparer le festin.
Le jour J arriva, et toutes les fées habituellement conviées envahirent la place avec les lutins attachés à leur service. Soudain un gong lointain retentit et l’on vit apparaître des danseurs africains qui entrèrent immédiatement en rythme, grâce aux joueurs de djembé qui martelaient des airs tout à fait décalés dans ce lieu médiéval. « J’espère qu’il n’y aura pas de lions » dit une petite fille en frissonnant mais sa mère la rassura immédiatement en lui recommandant de bien s’imprégner de cette fête africaine qui était un présent inestimable.
Après cet intermède musical, de jeunes beautés firent leur apparition, toutes plus belles et ravissantes dans leur costume traditionnel. Inès, Estelle, Corinne, Roxane prirent place aux côtés des fées Tursan, Madiran, Saint Mont et Jurançon, les vins locaux tant appréciés dans la région, exportés dans un grand nombre de villes françaises et étrangères. La fée Armagnac se distingua comme d’habitude. Elle s’était cachée dans un tonneau et au moment où la fée Dragée, régente de la fête comme d’habitude, s’étonna de ne pas la voir, elle surgit de sa cachette, toute vêtue de voiles pourpres et or, les cheveux s’épandant en cascades bouclées sur ses belles épaules. De petites roses étaient fichées dans le creux de ses boucles, rappelant ainsi la symbolique alliance de la vigne et du rosier.
Conscientes de représenter des grands crus, les fées Saint-Émilion, Mouton-Rothschild, Graves, Sauternes, Saint-Estèphe, vêtues de robes de dentelles lie de vin, champagne et topaze couvrant des fourreaux de soies, souriaient avec une certaine retenue. Les vins qu’elles représentaient valant de petites fortunes selon les millésimes, elles prenaient des poses dont se riaient Armagnac et ses amies. « Moi, ma chère dit la belle Armagnac à son amie Cheval Blanc, on exporte mes eaux de vie en Chine et croyez-moi, c’est un marché difficile à capter. Ces messieurs de Chine ne se laissent pas séduire facilement. Il leur faut des garanties, des promesses pour les aider à implanter de belles vignes dans certaines régions sous le sceau du secret. Mais je vous distrais, chère amie, goûtez ces boulettes de manioc fondantes à souhait. Ce plat traditionnel africain, absolument délicieux, nous change des sempiternels sangliers cuits à la broche, avec une farce aux raisins de Corinthe. Peut-être y reviendrons-nous l’an prochain mais en attendant, régalons-nous de ce foufou, tout à fait exquis et si différent de ce que nous mangeons habituellement ». En parfaite excentrique, Armagnac se tut et but à longues gorgées des jus de fruits où dominaient les saveurs de la mangue, du citron vert et de la clémentine venue de Corse.
Les lutins de ces dames féeriques apportèrent de petits verres glacés. Il s’agissait du célèbre trou gascon fait d’une larme de Folle Blanche, de glace pilée et d’un soupçon de fleur d’oranger. Cela facilitait la digestion selon les anciens, à condition évidemment de ne pas en abuser.
Chacun se régala de cet intermède. Puis les tables furent poussées et débarrassées prestement des denrées dont tous s’étaient régalés. La fée Dragée agita le voile bleu qui lui servait d’écharpe et des violonistes apparurent en donnant le signal d’un bal inédit. Les couples se formèrent et se laissèrent aller au charme de la valse, du quadrille et de la mazurka. Pour faire bonne mesure, en l’honneur des invités, venus d’Afrique, il y eut des danses martelées par des musiciens où était apparue la vie pour la première fois dans l’histoire des hommes.
Des couples mixtes se formèrent. Certaines fées ne furent pas insensibles à la beauté et à la souplesse de ces cavaliers à la fine taille et aux mains si douces. Il leur semblait se plier à des hommes-fleurs au sourire si différent de celui des princes qu’elles croisaient d’habitude. Pas de lèvre orgueilleuse ou sarcastique, c’étaient de jolis sourires qui venaient des origines du monde.
Néanmoins, Dragée veillait à la bonne tenue de ces dames. Trouvant que certaines beautés se laissaient un peu trop aller au charme et à la séduction de leur cavalier, elle agita à nouveau son voile. Les musiciens disparurent, les tables furent à nouveau dressées prestement.
Avant l’apparition des desserts, de merveilleux gâteaux de riz caramélisés servis avec des coupes de crème anglaise, des tourtières du pays et de succulentes salades de fruits, la fée Dragée ordonna que l’on remette sans tarder les cadeaux de bienvenue à leurs hôtes. Il s’agissait de riches coupons de dentelles anciennes et de bonbonnières en cristal de roche emplies de dragées pour contribuer à la joie de tous. Après ce beau cadeau signé Dragée, Armagnac fit porter de gros ballots de soie venus de Chine, des coupons de satin et, vignoble oblige, des carafons d’un Armagnac vieilli, à la robe ambrée. Les fées Tursan, Saint-Mont, Jurançon, Pacherenc, Madiran offrirent des cubitainers de leurs meilleurs crus. Quant aux fées de prestige, Saint-Émilion et ses sœurs, elles furent généreuses tout en signalant que ces grands vins ne devaient pas être galvaudés et qu’il fallait, comme pour tout alcool, boire avec beaucoup de modération.
De leur côté, la délégation africaine réservait quelques surprises à leurs hôtes. Chaque fée reçut un boubou de fête, des bijoux artisanaux qui étaient absolument merveilleux et pour faire bonne mesure un petit sac empli de pépites d’or et de diamants. Le chef de la délégation parla à l’oreille de Dragée. Un rossignol colporta la bonne nouvelle : en cette période de récession, l’Afrique se portait garant de l’Europe. « Nous n’oublions pas tout à fait les méfaits de l’esclavage et de la colonisation mais nous savons trier les bons épis de l’ivraie. Nous sommes reconnaissants envers les penseurs et les écrivains qui ont pris la défense des peuples opprimés et c’est pour eux que nous apportons cette aide, avec cette seule recommandation : méfiez-vous des banquiers ! Comme pour l’alcool, il faut en user avec modération ! ».
Les habitants de Labastide d’Armagnac qui avaient festoyé sous les arcades furent invités à participer au ban final. Il y eut un échange de récompenses. On écouta ensuite chanteurs locaux et conteurs qui émerveillèrent grands et petits. Quant à ces derniers, ils s’endormirent sur les genoux de leur mère, des paillettes d’or dans les yeux. Le lendemain, sur la Place Royale, il ne restait de cette mémorable fête que des traînées de poudre de cacao et de petits sillons où affleuraient quelques minuscules diamants oubliés sans doute à bon escient au bénéfice des petites gens chargées du nettoyage.
Puis la vie reprit son cours mais chacun eut à cœur de remercier la vierge d’ébène qui rayonnait gravement dans la très belle église du village.
Place Royale, garde vivace le passage de nos amis d’Afrique et exhale, de temps à autre, les parfums de cette fête mémorable !


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Ode à l'Amour

8-12-2011 10:00:44


Ma poupée aux yeux de porcelaine, aux mains couvertes de dentelles, au corps flexible comme le roseau, je t’aimerai avec toute la fougue des jeunes amants. Je serai tout à la fois ton amant, ton mari, ton père et tes frères. Je sens fleurir en moi les pavots de l’amour. La rose de tes sourires s’unira à mes lèvres et je ne te laisserai jamais t’enfuir.
Ma poupée aux cheveux de soleil, aux paroles de miel, au charme de sirène, aux jambes fuselées et porteuses de promesses, aux chevilles mises en valeur par des chaussures Louboutin, je suis ton esclave et ton roi.
Devant tant de beauté, je deviens fou et cette folie, je l’emmène partout avec moi car il s’agit de toi.
Ma poupée aux mille merveilles, je mets un genou à terre et je te décerne la couronne royale de l’Amour. Je sais que tu es trop sage pour en abuser. Je m’en remets à ton bon vouloir et aux battements de ton cœur qui, je l’espère, sera à l’unisson du mien.
Nos deux cœurs n’en feront qu’un et nous irons, par les chemins, main dans la main, vers le paradis bleu où errent les amants.


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Cousin Maurice

3-12-2011 9:07:25


J'ai cinq ans, peut-être six, et je marche sur les pavés du chemin qui conduit à la ferme. Le prétexte ? je vais chercher du beurre. Je suis accompagnée par mon grand cousin dont je ne vois que la taille bien prise dans son uniforme militaire. Je suis très fière car je le trouve magnifique dans ce costume kaki que je vois pour la première fois. De temps à autre, je vois son visage. Il se penche vers moi et me demande d'un air inquiet : "Tu es sûre que tu ne t'es pas trompée ? " Il est vrai que je suis si jeune et le chemin si long qu'il peut avoir des doutes. Mais non, je ne me trompe pas, ou alors, si inconsciemment j'ai choisi le chemin le plus long, c'est que je désire lui montrer le royaume des enfants, l'endroit où mon frère va pêcher les grenouilles. Je l'accompagne presque toujours dans ses promenades car maman aime la tranquillité. "Daniel, tu t'occuperas de ta soeur ! " Alors, Daniel s'occupe de sa soeur : il lui confectionne une tenue de brousse, elle a un arc, et si elle ne saute pas le ruisseau, il lui dit "Si tu pleures, je te laisse là".
Je sens très bien que le cousin Maurice n'est pas aussi cruel que mon frère. Parfois même, il me propose de me porter, mais je refuse fièrement "Je suis grande ! " et puis je veux montrer que je vaux bien un garçon.
Je suis tout de même déçue car Maurice ne veut pas aller voir notre royaume, une mare pompeusement baptisée "mer de Flines". Je n'ai pas encore vu la mer mais je crois savoir que c'est très beau. Bizarre que le cousin Maurice ne soit pas attiré par notre mer ! J'aurais pu lui montrer que je n'avais pas peur dans les hautes herbes et que j'étais capable, moi aussi, d'accrocher des grenouilles à ma ceinture.
Il rêve beaucoup, le cousin Maurice, il fixe l'horizon, il siffle encore et toujours la même chanson "Bonsoir Lili...".
Bien des années plus tard, en visionnant une cassette que je destinais à mes élèves, je frissonnai en apercevant sur l'écran une horde de pauvres diables, havres et déguenillés, les prisonniers de Dien-Bien-Phu - Un metteur en scène soviétique les filmait, le drapeau blanc à la main, avec un semblant d'allure de défilé militaire, pauvres hères dont le martyre transperçait l'écran. Alors, soudain, ces deux images se sont surimposées : le cousin Maurice en promenade par un beau jour de printemps, fièrement sanglé dans son costume militaire puis le sergent-chef Maurice Buirette porté successivement disparu à Dien-Bien-Phu et mort pour la France sans avoir pu achever sa marche épuisante. Mort sur le bord du chemin ou pire, lors d'une halte dans un camp de fortune, jeté aux ordures.
J'ai donc éprouvé le besoin irrésistible de le suivre sur ce chemin de croix, voulant tout à coup tout savoir, y compris des détails anodins ou une cruelle vérité.
C'est en lisant fièvreusement, tous les récits de la guerre d'Indochine que j'ai tremblé de le rencontrer au détour d'une page. Puis je me suis accoutumée à cette histoire étrange, ce waterloo asiatique où ont sombré tant d'hommes recouverts de l'indifférence et de l'oubli.
Je me suis procuré des photographies et des documents militaires le concernant, et leur examen a adouci ma peine. Sur les photos, j'ai retrouvé son sourire angélique : "Tu es sûre que tu ne t'es pas trompée ? " ... Cette petite phrase me poursuit. Je l'imagine marchant pieds nus dans les marécages, poussé par ses gardiens..."Etes-vous sûrs de ne pas vous tromper ? Pourquoi erre-t-on ainsi dans la jungle, tournant littéralement en rond ? Pourquoi ne prenons-nous pas la route de Hanoi, celle qui nous rendrait à nos familles ? Ma mère m'attend au pays. Elle sait que je lui rapporterai un manteau de fourrure pour qu'elle n'ait plus jamais froid, je lui en ai fait le serment dans mes lettres ..."
Un manteau de fourrure, dans la jungle ! Je l'imagine en proie au délire. Pas de médicament pour les "mercenaires colonialistes". Il faut qu'ils marchent jusqu'à l'épuisement total, jusqu'à la mort.
N'ont-ils pas été payés pour cela ?
"Mais, Madame, ils l'ont bien voulu, ils se sont engagés, ils ont signé un contrat pour une sale guerre qui ne nous concerne pas" répondait-on perfidement à ma mère lorsqu'elle implorait la clémence de l'épicier ou du fruitier. En fait de clémence, Maurice n'a connu que celle d'Hô Chi Minh, le bienfaiteur du Vietnam.
Celui qui se faisait appeler Monsieur Paul en France, qui dormait dans les bras d'une française, et qui connaissait la chaleur hospitalière d'un couple français prestigieux, les Aubrac, n'a-t-il jamais eu de cauchemars en précipitant la mort des vaincus ?
Le Général Giap avait-il vraiment besoin de cette mascarade funèbre pour clore une victoire chèrement gagnée ?
"Malheur aux vaincus ! " Ces trois mots me hantent et me ramènent dans les rizières où pataugent des ombres, morts debout.
Certes, il y avait parmi eux, les forts, les courageux .... un pas, encore un pas ....ceux qui n'abdiquent jamais ou qui, lorsqu'ils sont acculés à l'échec, se comportent comme Vercingétorix, sautant fièrement de cheval, devant le conquérant, sûrs d'avoir bien mené le combat mais d'avoir eu une destinée contraire.
Si je me plonge dans l'univers familial qui a été le mien, je peux être assurée que Maurice n'avait pas été élevé pour être un Vercingétorix. De plus, l'humiliation et la défaite, il connaissait déjà.
Il avait fait partie du convoi de réfugiés quittant les plaines du cambraisis, une boite de chocolats sous le bras, je tiens ce détail de ma mère qui avait beaucoup aimé cet enfant, lui servant de seconde mère.
Lorsque les Allemands avaient fait irruption dans nos plaines, certains de nos soldats s'étaient égaillés sur les routes. Mon grand-père paternel aidé de quelques camarades qui avaient connu la grande guerre dans les rangs des vétérans, était allé haranguer "les jeunes", leur demandant de faire demi tour et d'affronter l'ennemi avec courage. Peine perdue !
La drôle de guerre avait gâté l'âme des soldats, leur ôtant l'envie de résister. C'est ainsi que les femmes, les enfants et les vieillards avaient quitté leur village, exode misérable ... pour aller vers des ailleurs imaginaires où l'on ne rencontrait pas de guerre.
Quelque deux cents kilomètres plus loin, ils s'étaient résignés et avaient fait demi tour pour rejoindre leur foyer.
Titubant dans la colonne des rescapés de l'enfer de Dien-Bien-Phu, Maurice a-t-il songé à cet exode qui s'était terminé sans dommage mais sans espoir ?
Lors de l'exode, il avait dû abandonner la boite de chocolats trop lourde pour lui. Selon le dernier témoignage d'une personne qui l'a vu vivant, en l'occurrence son lieutenant, il était très fatigué, mais il avait encore son casque, ce qui lui permettait de posséder un récipient destiné à contenir les précieux grains de riz offerts par l'ennemi. Ma tante nous donnait tous ces détails d'une voix monocorde.
Je l'imaginais, bivouaquant, un sourire aux lèvres, son casque plein de riz à la main. Il est vrai que je n'avais que huit ans lors de la prise de Dien-Bien-Phu et qu'à cet âge, on a tendance à croire aux contes de fées.
Cousin Maurice ne pouvait pas mourir puisqu'il avait encore son casque !
Des éléments rapportés par le lieutenant auraient cependant, dû nous inquiéter.
Il ne l'avait jamais revu par la suite parce que la colonne avait été coupée en deux. Maurice n'était pas dans la même colonne. Un soupçon me vient aujourd'hui : ne faisait-il pas partie du groupe d'éclopés qui ne pouvaient plus suivre le train ? cette poignée de riz cru n'était-elle pas le viatique du mourant, la dernière attention, dérisoire, octroyée à celui qui ne pourrait pas l'absorber, faute de cuisson ?
Le non-dit du lieutenant était sans doute la retenue humaine face à l'interrogation désespérée d'une mère : lui rendrait-on son fils ?
Sans doute avait-il ménagé ses mots, espérant peut-être l'impossible en son for intérieur, la survie de son subordonné ! Il ne pouvait pas deviner que ma tante s'accrocherait farouchement à la plus petite parcelle d'espoir qui lui serait donnée.
Par la suite, ,on ne retint de l'épisode "Dernière rencontre avec un mourant" que l'élément salvateur = le casque.
Certes, le retour à Bertry de la cantine du sergent-chef Maurice Buirette nous semblait insolite, mais n'était-ce pas, par ailleurs, le signe que tout allait bien, que l'armée "assurait" puisqu'elle disposait des objets appartenant à chacun de ses hommes en propriétaire absolue ?
Puisqu'on nous rendait sa cantine, c'est que Maurice s'apprêtait à faire son retour.
On l'imaginait, quelque peu coquet, achetant les derniers souvenirs, pour sa famille, se préparant à l'éblouir de récits fabuleux.
Face au silence, on meublait, on attribuait à chaque objet une légende. Il y avait un nerf de boeuf, un képi, et d'autres objets qui, sans doute, n'avaient pas retenu mon attention.
Ma tante les exhibait au salon ; ils semblaient imprégnés de la présence de leur propriétaire, ils revivaient, chargés d'histoire.
Tante Lydie se mit alors à avoir la plume épistolaire. Elle harcelait l'armée de demandes incessantes, faisait appel aux radiesthésistes.
Certains étaient formels : Maurice était en vie. Il était seulement prisonnier de forces mauvaises. Etait-il amnésique ? Voulait-il vivre en Indochine, désormais Vietnam, incognito ?
Avait-il fait la connaissance d'une jeune fille Thaï qui exigeait de lui le silence absolu ?
Ma tante acceptait, pardonnait tout, pourvu qu'il fût en vie.
Un jour, elle crut le reconnaître dans la foule qui se pressait à Casablanca - séjour offert par sa fille qui voulait la distraire de son chagrin - Elle courut aussi vite que ses jambes enflées le lui permettaient mais ne put rattraper cette ombre qui obliqua soudain dans une rue secondaire après s'être retournée et avoir fixé sa mère sans la reconnaître
L'obsession de ma tante était à son paroxysme. Elle voyait Maurice partout et délirait constamment à son sujet de sorte que ce fut un tollé dans la famille et que chacun voulut l'empêcher d'aborder ce sujet. Interrompue, traquée, ma tante avait le regard d'une bête blessée et elle enchaînait docilement sur une question anodine : "fallait-il mettre une pincée de sel dans la pâte feuilletée afin de la rendre plus croustillante ?"
Son regard fixe était cependant éloquent. Elle prit l'habitude de vivre avec Maurice en secret. Elle était habitée par ce fils unique, son troisième enfant, celui qui lui avait rendu le goût à la vie, après la fuite de son mari. Comble de l'injustice ! il l'avait quittée pour une autre femme qui avait un fils de l'âge du sien !
Maurice ressentit doublement la honte et la cruauté de cet abandon infligé à sa mère pourtant bonne ménagère et excellente cuisinière - je me souviens de son andouille de Cambrai avec émotion - Il devint désormais l'unique homme de sa vie, celui qui la consolait de son profond malheur.
Elle avait une très jolie voix, contrairement à ma mère, sa cadette, qui chantait faux.
Dans les repas de famille, alors que Maurice était bien vivant, elle chantait d'une voix flûtée, haut perchée, une chanson dont voici les paroles. "Quand le soleil descend à l'horizon, à Saïgon, les élégantes s'apprêtent et s'en vont de leur maison, à petits pas, à petits cris, au milieu des jardins fleuris où volent les oiseaux jolis du paradis ...
Le refrain était grandiose.
Nuits de chine, nuits câlines, nuits d'amour, nuits d'ivresse, de tendresse, où l'on croit rêver jusqu'au lever du jour.
Nuits de chine, nuits câlines nuits d'amour".
Cette chanson était son morceau de bravoure, à égalité avec un autre fleuron de l'exotisme "les jolis soirs dans les jardins de l'Alhambra".
Prisonnière de ces chansons qui agissaient sur elle à la manière des sortilèges, Tante Lydie pouvait-elle, une seconde entrevoir l'atroce vérité, le cadavre de son fils laissé sans sépulture sur la route de la désespérance ?
Elle écrivit de nombreuses lettres au Ministère des Anciens Combattants, réclamant le corps de son fils ; on lui demanda de constituer un dossier et elle fit tant et si bien qu'elle dut mettre le service dans l'embarras.
On lui répondit enfin clairement le 12 septembre 1957, soit plus de trois ans après le décès supposé de Maurice. Je cite quelques extraits :
"J'ai l'honneur de vous faire savoir que la déclaration du Capitaine Hurtre, qui était déjà en ma possession, confirme bien la présence en captivité, mais indique par ailleurs, que votre fils étant vers le 10 juillet 1954 d'une faiblesse extrême et dans un état désespéré fut laissé sur place à Hoi Xuan avec quelques camarades dans le même état ; le déclarant ajoute qu'il suppose qu'il y est décédé puisque nul ne l'a jamais revu par la suite.
A deux reprises, les autorités de l'armée populaire vietnamienne ont été priées de faire des recherches, celles-ci ont été négatives, elles ont fait connaître que le nom de ce militaire ne figurait pas parmi ceux des prisonniers.
Néanmoins, une nouvelle demande est faite auprès de notre ambassade aux fins de faire effectuer de nouvelles recherches pour confirmer ou infirmer le décès.
Il ne faut toutefois pas fonder de grands espoirs sur une réponse précise des autorités vietnamiennes, du fait que les prisonniers de guerre n'étaient contrôlés et enregistrés qu'à leur arrivée dans les camps définitifs et que ceux qui malheureusement sont décédés dans des camps provisoires ou en cours de route ne leur ont jamais été signalés, les gardiens de camps ou de convois ignorant l'identité des prisonniers et n'en possédant que le nombre".
Le petit Maurice qu'elle avait tant aimé et dorloté dans sa tendre enfance n'était donc qu'un chiffre ! Que n'est-il mort les armes à la main ! Disparaître de cette manière est tout à fait atroce.
Je n'ose plus mentionner la symbolique du casque ou si je m'en sers à nouveau, c'est pour évoquer l'anecdote qui veut qu'Hô Chi Minh ait donné à son entourage son interprétation de la bataille de Dien-Bien-Phu. Il avait placé un casque sur le sol puis l'avait retourné d'un coup de pied. Ce casque qui avait été la gloire de l'armée française - il avait coiffé les grands chefs Leclerc et De Lattre de Tassigny - subissait donc le sort du casque gaulois. La belle chevelure de Vercingétorix ondulait sous les ailes du casque.
Qu'était-elle devenue, sept ans plus tard, après que Vercingétorix enchaîné au char de son vainqueur, Jules César, le jour de son triomphe, eut été le soir même égorgé ?
Je relis la fiche signalétique de Maurice. Taille : 1,70 m, Visage : allongé, cheveux blonds, front : bas, Nez : sinueux, Yeux : bleus.
Rien qui le signale comme une bête de guerre qu'on exhibe après la défaite.
Que signifiaient donc ces huit cents kilomètres qu'on les contraignit à accomplir ?
Qui pourra, un jour, établir l'itinéraire précis de cette marche épuisante et inutile, juste destinée à faire mourir sans bruit et sans violence, un art consommé de la torture qui ne laisse pas de traces.
Sans doute le général Giap pressentait-il que cette victoire, pour glorieuse qu'elle fût, ne serait pas la dernière. Il ne pouvait s'offrir le luxe d'un général romain attendant patiemment l'heure de la parade ; alors il ordonna ce traitement destiné à venger à titre posthume la mort de tous les bo doï qui, par vagues déferlantes, avaient été hâchés par l'artillerie ou achevés par des soldats déterminés, payés pour donner à la France son aura de gloire et la sacralisation de son nom.
Ne vous êtes-vous pas trompé de cible, mon général ? Ces mercenaires, regardez les bien, ils ressemblent comme des frères à ces bo doï devenus martyrs.
Des Maurice qui veulent offrir un peu de rêve à leur mère, il y en avait des centaines ! Pourquoi les avoir ainsi broyés ?
Ils étaient vaincus, n'était-ce pas suffisant ? Ce simple mot "vaincu" est terrible. Nul doute qu'ils l'auraient eu sur le coeur jusqu'à leur dernier souffle.
Mais il est vrai que la cruauté du châtiment semble être à la mesure de leur vaillance.
Il fallait les faire souffrir, ils le méritaient !
Si j'étais corse, je chanterais d'admirables chansons, mais comme je suis originaire de ces plaines du nord où ondulent les blés, je tresse les mots comme je le faisais petite fille avec les bleuets et les coquelicots.
J'étais, paraît-il, charmante lorsque j'étais très jeune - Chacun rendait hommage à ma beauté et je me laissais aduler comme une reine sans protester.
Je n'ai aucun souvenir d'une scène qui m'a été rapportée par mon frère.
Dans les bras du cousin Maurice, fou de musique, je valsais éperdument sur un air de musette. "Petit bal du samedi soir". Quel chagrin secret cet engouement pour une petite fille cachait-il ?
Plus tard, débarrassée de cette beauté qui m'était un fardeau, rendue enfin à moi-même, j'ai souri de la versatilité des hommes qui attachent tant d'importance à un joli minois sans s'intéresser à l'essentiel, le coeur .... Néanmoins, rétrospectivement, je suis très heureuse d'avoir pu apporter un peu de bonheur à ce cousin que je n'ai fait qu'entrevoir et dont j'ai suivi le bouleversant itinéraire. Je m'étonne d'avoir conservé intactes, dans ma mémoire, toutes les phrases prononcées par ma tante Lydie. J'ai la curieuse impression de les avoir engrangées, soigneusement mises de côté afin de les faire resurgir un jour, quand le moment serait venu.
Ne dit-on pas qu'un homme ne peut pas réellement mourir s'il est pleuré sincèrement par une femme ?
Maurice, tu es vivant, je ne veux pas laisser l'oubli te ronger comme l'ont fait les rats de ton cadavre, j'ai décidé de prendre la relève et de te porter en mon coeur jusqu'à la fin de mes jours. Peut-être trouverai-je, avant de mourir, une jeune fille qui se penchera sur des photos jaunies et qui fredonnera pieusement comme le faisait ta mère.
Nuits de chine, nuits câlines, nuits d'amour ?


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Dentelle et Poésie

30-11-2011 9:42:30


« Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l’heure passé ».
Je suis faite de bribes de poèmes, c’est ainsi.
Pour donner de la densité à ma personnalité, jadis je portais des gants de dentelle. Toute ma famille paternelle ayant travaillé dans le tulle, broderie connue sous le nom de « Dentelle de Calais », j’ancrais ainsi mon pauvre navire balloté par les vents dans le giron familial voué au travail, exclusivement le travail. Mon travail, lorsque j’étais jeune fille, consistait à étudier poèmes, romans, essais, pièces de théâtre, ce qui était paradoxal et m’éloignait de ces métiers où des ouvriers, noirs des effets du plomb s’activaient en cadence, avec le roulis de la navette passant d’un bord à l’autre de ces tissus fabuleux dont une princesse anglaise fut la dernière à éblouir le monde dans sa robe de mariée.
« Toujours draps de soie tisserons
Et n’en serons pas mieux vêtues ».
Ainsi commence la Complainte des Tisseuses de soie, unique texte du Moyen-Âge où l’on voit apparaître celles qui ne parviennent pas à vivre du travail exténuant auquel elles sont astreintes.
Ma tante Marie, aujourd’hui centenaire, demeurée célibataire pour ne pas abandonner ses parents, a travaillé toute sa vie dans le tulle, à l’usine d’abord puis chez elle pour soigner mon grand-père. Elle recréait les motifs qui avaient été accrochés par le métier. Lorsque nous venions lui rendre visite, nous la trouvions près de la fenêtre, l’aiguille à la main. Des flots de tulle étaient sa traîne de mariée. Elle avait épousé le travail, Dieu exigeant aussi cruel que les divinités des tragédies grecques.
Son unique coquetterie consistait à mettre de la brillantine Roja sur ses cheveux épais et bruns, tressés en couronne et maintenus par un filet.
« Propreté, correction, travail », telle aurait pu être sa devise. Un jour, alors que nous parlions de la fameuse robe de mariée de la princesse, elle m’a chanté un refrain des ouvrières tullistes. « Pour nous, la vie n’est pas toujours rose », ainsi commençait le couplet. La chute consistait à dire avec fierté aux jeunes filles qui portaient ces robes de rêve, qu’elles y seraient, elles pauvres ouvrières, mal ficelées dans des robes grossières, pour quelque chose. « C’est avec le travail de nos mains, de notre corps tout entier que vous pourrez être belles », c’était en substance le message adressé à celles qui vivaient dans des châteaux.
« Et nous sommes en grande pauvreté
Quoique riche soit de nos gains
Celui pour lequel nous peinons »
dit encore la complainte, avec une résonnance moderne. Les capitaines d’industrie de notre temps broient ceux qui enrichissent leur capital. Remarquons que le terme « ouvriers » noble s’il en est, a disparu du vocabulaire actuel. On passe directement du produit à l’état brut à l’ouvrage fini et commercial.
La transformation est passée sous silence car il faudrait mentionner le travailleur, mot passé aux oubliettes de l’histoire française.
Ma tante Marie ne se plaignait jamais. Elle était fière de sa pauvreté, alléguant ainsi qu’elle ne devait rien à personne. Un Cyrano de Bergerac en jupons : ne pas aller très haut peut-être mais tout seul.
Il en allait ainsi de toute ma famille paternelle, à l’exception de mon père, désireux de connaître le confort et d’aller plus haut. Fières de sa réussite, ses sœurs ne manquaient pas de lui dire : « Tu nous laisseras quelques cartes de visite pour les enterrements », car elles étaient heureuses de la mention « Secrétaire Général de Mairie » qui était jointe à son nom. Cela faisait chic !

à suivre … épisode II


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Dentelle et Poésie Épisode II

30-11-2011 9:40:26


Ma tante Victoire était une grande femme brune au rire facile et communicatif. Mon frère Daniel disait d’elle qu’elle était moderne.
On l’avait envoyé dans son foyer pendant les vacances car il était turbulent et très indiscipliné. La rigueur ouvrière adoucirait peut-être son caractère pensait mon père car Daniel ne rêvait que plaies et bosses. Il était le chef d’une bande qui faisait régner la terreur parmi des garçons qui fréquentaient l’école privée. Un jour, il faillit mettre le feu au patronage afin de punir le vicaire et ceux qu’il considérait, avec sa bande fréquentant l’école laïque, comme des ennemis. « La guerre des boutons » avant l’heure !
Oncle Maurice fit le maximum pour assouplir le comportement de mon frère mais ce fut en vain. Il revint chez nous avec l’estampille de « garnement » pour la grande douleur de ma mère qui l’idolâtrait.
Tante Victoire et Oncle Maurice étaient ouvriers tullistes. Ma tante travaillait vite et bien. Elle avait le geste sûr. Lorsque son patron voulait augmenter les cadences, il minutait ma tante et se basait sur son temps, en le réduisant un peu pour faire bonne mesure car toutes les ouvrières n’avaient pas sa force. C’est pourtant elle, cette incarnation de la puissance ouvrière qui mourut la première, après son mari néanmoins, devenu cardiaque en fin de parcours à l’usine. Il avait été récompensé pour sa fidélité envers le patron par une nomination de contremaître. Or ce grade accentua sa maladie. Je le revois, vieilli, en tenue d’ouvrier, revenir à la maison d’un pas lourd. « Ce qui me fatigue, c’est les gamins ! » disait-il en souriant de manière résignée. Les gamins c’étaient naturellement les jeunes ouvriers, moins souples que leurs aînés et plus revendicatifs. Les temps avaient changé !
Ma grand-mère était une petite femme, très vive, avec des joues rouges comme des pommes d’api. Je ne savais pas, alors que j’admirais ses joues, qu’elle souffrait de couperose. Je la trouvais jolie avec ses cheveux gris relevés en chignon et son tablier de satinette. Elle réussissait à merveille le coq au vin, n’aimait guère le ménage. Lorsque ses enfants pratiquaient des rangements, elle demandait : « Quelqu’un doit-il venir ? » car elle aimait lire, rêver et chanter. Elle aimait citer un proverbe pour donner de l’espoir à ma mère qui déplorait sa petite taille : « Tout ce qui est petit est gentil, tout ce qui est grand est charmant ! » Ainsi elle ne fâchait personne, surtout pas sa fille aînée qui avait hérité de son père une haute taille et un air altier. Dans son enfance, grand-mère avait eu le malheur de perdre ses parents. Placée dans un orphelinat, elle dut subir l’injustice réservée à la petite fille pauvre.
Alors qu’elle avait emporté toutes les premières places, elle eut la désagréable surprise, le jour de la distribution des prix, de voir monter sur l’estrade la fille d’un riche fermier qui dotait l’école de produits laitiers et volaillers. Le nom de Marie Haury qui était celui de ma grand-mère ne fut même pas mentionné.
À l’adolescence, elle dut lutter pour ne pas être placée, comme sa sœur, dans une ferme. Léontine était très jolie mais on lui fit porter de lourdes charges et elle se courba jusqu’à devenir légèrement bossue. Grand-mère fut envoyée à Paris dans une famille bourgeoise pour y servir au titre de femme de chambre. Elle y resta jusqu’à son mariage mis en œuvre par son frère pour que la fratrie soit regroupée dans le petit village du Nord de la France, près de la ville de Caudry où les hommes de bonne volonté trouvaient du travail.
Grand-père fut présenté comme un honnête homme, travailleur et fidèle en amitié. C’était une sorte de géant. Il était très grand et très brun. De fait, il était très imposant. Je crois qu’il aima sincèrement Grand-mère mais j’appris, après sa mort, qu’il avait été un mari jaloux, parfois violent et qu’il souffrait apparemment d’un complexe d’infériorité vis-à-vis de sa femme. Grand-mère fit pourtant des efforts pour rester à la place de femme soumise qui lui était proposée. Elle parlait le patois alors qu’elle était très lettrée, accepta de donner les jolis corsages qui faisaient partie de sa dot, gagnée par son travail parisien. Grand-père avait exigé qu’elle s’en sépare car ainsi vêtue, elle était trop belle et pouvait attirer les galants. Grand-mère participa aux concours du village et gagna un grand prix, ce dont grand-père fut très fier. Ce n’était pas une joute littéraire, non c’était le prix de la meilleure commère autour d’une tasse de café. Les concurrentes étaient assises et tenaient une tasse de café brûlant qu’elles devaient boire à la mode du pays. Dans le Nord, on boit le café à la croquette. C’est-à-dire que l’on tient tasse et sous-tasse de la main gauche et le sucre de la main droite. Buvant le café à petites gorgées en croquant un peu de sucre, les commères s’épiaient du coin de l’œil car elles devaient aussi tenir une conversation. Grand-mère sprinta et but la dernière goutte sur le fil ! Ce fut son auréole dans le village, ce qui dut la faire rire intérieurement tant elle était modeste et sage.

à suivre … épisode III


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Dentelle et Poésie Épisode III

30-11-2011 9:39:10


Aima-t-elle son mari ? Qui peut le dire ?
Je crois que l’injustice dont elle fut la victime lors de cette mémorable remise de prix la marqua à jamais. Elle en parlait encore, quelques jours avant sa mort.
Au fond, elle dut penser que le bonheur n’était pas fait pour une orpheline et elle se contenta d’apprécier les petits présents de la vie.
C’est elle qui m’offrit mon premier livre. C’était la représentation filmée d’Alice au Pays des Merveilles qui me plongea dans un monde dont je ne sortis jamais. Lorsque j’arrivais dans la cuisine de grand-mère, j’attendais le moment palpitant où elle allait m’offrir des louis d’or. Ces pièces de vingt centimes étaient pour moi de véritables louis et je les recevais comme tels, négligeant l’air pincé de ma mère.
Elle était mon unique grand-mère puisque côté maternel, je n’en avais plus. Pas de grand-père maternel non plus. Il mourut d’une crise cardiaque pour avoir voulu soulever une ruche afin de la déplacer. Les abeilles étaient sa passion, la menuiserie, son métier. Il aimait tant ses abeilles qu’il leur construisit des ruches sculptées à l’image du temple d’Angkor Vat qu’il avait admiré lors de l’exposition coloniale à Paris.
Il était petit et rusé, appréciait les histoires comiques, riait aux larmes, contrairement à grand-père qui considérait la vie avec beaucoup de gravité. Lorsque mon père chantait, il le coupait d’un vigoureux : « Dis tes prières ! » qui le rendait muet. Il avait été rappelé sur le front, en dépit de ses quarante ans et de ses trois enfants, durant la première guerre mondiale.
Avant les combats, ses camarades lui confiaient lettres et bijoux destinés à leur famille. Grand-père faisait remarquer qu’il pouvait, lui aussi, être tué mais personne n’y croyait. Eugène avait la baraka ! Dans sa famille, l’aîné recevait comme prénom Eugène ou Jérémie. Ce fut l’héritage de mon père et quand on se moquait gentiment de son prénom, il bombait le torse en rétorquant qu’il était grec et signifiait « Bien Né ». Mon frère a échappé à la tradition mais a toujours désavoué son prénom, le trouvant féminin. Maman avait beau lui parler des sources bibliques du plus beau des prénoms à ses yeux, il ne fut jamais convaincu de sa qualité. Quant à grand-père, il fut reconnu un jour pour son appartenance au club fermé des hommes à l’allure remarquable. Lors de son service militaire, il fut choisi pour faire partie d’un régiment constitué pour que le Tsar Nicolas II lui rende les honneurs. Grand-père fut préféré au majordome du baron de Rothschild pour sa prestance. Lors du défilé, le Tsar s’arrêta à sa hauteur et le regarda longtemps avant de reprendre sa route sans avoir prononcé un mot.
En guerre, il résista avec ses compagnons dans un fort mais leur groupe fut submergé par le nombre d’ennemis et il fut fait prisonnier. Un médecin allemand l’examina, trouva qu’il pourrait être centenaire s’il renonçait au tabac et dans l’intérêt de sa patrie l’envoya dans une zone géographique déshéritée. Grand-père dut faire toutes sortes de travaux à la ferme. Il en devint la bonne âme, tant son souci du travail bien fait l’emportait, même chez l’ennemi.
Le propriétaire fermier était en fait, à plaindre. En raison d’une infirmité, il n’avait pas pu combattre et de ce fait, il subissait l’opprobre de ses concitoyens. Il reçut un jour l’ordre de tuer le cochon et de l’offrir à une personnalité régionale. Grand-père lui conseilla la résistance. Son stratagème était simple : il suffisait de dire que l’animal était mort. « Je tuerai le cochon, dit grand-père, et le soir, aux approches de la nuit, vous irez porter quelques bons morceaux à vos voisins pour qu’ils ne vous dénoncent pas ». Ainsi fut fait, pour le bonheur de la famille. Il y avait une petite fille de l’âge de mon père qui adorait « Gefang », prisonnier ; tel était le titre de grand-père.
J’éprouvais moi aussi une sorte de fascination pour cet homme si impressionnant. Il me faisait un peu peur et je lui préférais mon père qui me semblait si doux, par contraste. En fait, grand-père déplorait d’avoir un fils peu viril à ses yeux. Avec ses frères, il mit au point une tactique pour lui éviter des avanies au régiment. Le jugeant inapte au métier de fantassin qui impliquait le corps à corps, il le fit inscrire dans l’étrange affectation de l’aérostation. Mon père fut mobilisé en Provence et échappa à l’humiliante reddition de juin 1940, contrairement à ses beaux-frères.

à suivre … épisode IV


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Dentelle et Poésie Épisode IV

30-11-2011 9:37:42


Tandis que grand-père subissait avec courage le fait d’avoir été vaincu, ma grand-mère se retrouva soudain sans ressources. Que faire ? Il n’y avait pas de travail. Il fallait qu’elle nourrisse ses trois enfants dont le plus jeune, mon père, n’avait que cinq ans. Elle prit le train et les emmena à Auxerre où vivaient les marraines de guerre de son mari. C’étaient des jeunes filles de famille bourgeoise qui avaient à cœur d’aider la France en envoyant des colis aux prisonniers et en se rendant utiles. Grand-mère eut une lettre d’introduction pour travailler dans une usine d’armement, au camouflage. Le directeur qui la reçut déplora d’offrir un travail difficile à une femme qui, manifestement, avait des compétences intellectuelles. « Un travail de secrétaire vous aurait mieux convenu » s’excusa-t-il mais grand-mère rétorqua qu’elle avait des enfants à nourrir et qu’elle prenait l’offre disponible. Mon père vécut ces années comme de grandes vacances, et lorsque grand-père fut enfin délivré, la petite famille reprit le train en sens inverse. Quelle déconvenue pour le petit Eugène, mon père, en découvrant ce terrible père autoritaire !
Le soir, il confia à sa mère qu’ils étaient « mal partis » avec cet homme ! Plus d’un enfant, très jeune lors du départ pour la guerre de son père, crut réellement en accompagnant sa mère à la gare que cette dernière avait participé à une sorte de loterie. « Si on avait su, on en aurait pris un autre, hein Maman ! ». Ce genre de phrase circula à voix basse dans les familles puis chacun se résigna. Les pères autoritaires étaient appréciés dans notre région. Le mien détesta tant les pratiques du sien qu’il ne voulut pas en user avec nous. Étant donné le caractère difficile de mon frère, il se résigna à le corriger de temps à autre mais avec un certain dégoût. Quant à moi, j’étais choyée, un peu trop même, ce que déplorait ma mère qui voyait son crédit diminuer de jour en jour.
De retour à Audencourt, petite commune qui jouxtait Caudry, rattachée à la ville par la suite sur le plan administratif, mes grands-parents se tournèrent vers l’avenir. Il fallait réparer les dommages infligés par la guerre à leur maison, séparée en deux corps de bâtiment. Côté rue, il y avait une petite maison dont les murs avaient été soufflés par le passage des bombes. C’est là que vivaient essentiellement les familiers. Une pièce d’accueil où trônaient une cuvette d'eau et un savon posés sur une planche soutenue par une chaise sur le dossier duquel il y avait une serviette pour s’essuyer les mains tenait lieu de vestibule. On entrait ensuite dans une seule pièce qui était tout à la fois un salon, une salle à manger, sans oublier la cuisine ! Un poêle Godin ronflait en hiver. C’est là que grand-mère s’épanouissait après son petit tour au jardin. Un petit muret était embelli par des plantations rustiques, muguet, myosotis, tulipes, jacinthes, narcisses etc… La spécialité de tante Marie était la culture des chrysanthèmes, beaucoup plus beaux que chez les fleuristes.
Grand-père s’occupait du potager quand il ne déléguait pas ses pouvoirs à son fils. Grand-mère soignait les poules et les lapins. Mon père était chargé de couper de la luzerne et autres herbes savoureuses pour ces lapins qu’il prit en horreur. Il refusa obstinément d’en manger une fois marié. De même, cet homme qui mangeait de tout avec appétit détesta le riz, même sous la forme de gâteau. À sa mère, il donna l’explication suivante : dans la cour de récréation et à l’extérieur, il fut condamné à se battre pour son honneur. Marie Haury était devenue Marie au riz et papa fonçait, tête baissée lorsque cet énoncé blessant était proféré.
À la nuit tombée, il fallait prendre la direction de la grande et supposée belle maison où se trouvaient les chambres et un vaste grenier. Il n’y avait pas de chauffage et lorsqu’on entrait dans le lit bassiné à l’aide d’une brique enveloppée d’un linge, on passait de la sensation de brûlure à celle de grand froid. On avait intérêt à s’endormir rapidement.
Mes grands-parents et leurs filles s’accommodaient facilement de ce manque de confort. Pour eux, le séjour à la maison n’était que transitoire. Le travail primait. Grand-père travailla beaucoup. Il avait repris le chemin de l’usine et il ne compta pas ses heures, pressé de gagner de l’argent pour acheter son métier et devenir tulliste à son compte. Il y parvint à force de volonté. Le métier qu’il alla chercher avec ses frères tourna avec des commandes inespérées. Mes tantes et mon père le secondaient, grand-mère tenait les comptes. Elle envisagea d’acheter une voiture pour son fils, ce qui, à l’époque, était le comble du luxe. Hélas la crise de 1929 survint et frappa la France quelques années plus tard. « Adieu veaux, vaches, cochons, couvées », grand-père dut vendre son beau métier au prix de la ferraille puis il se loua dans les fermes comme ouvrier agricole et travailla à la tâche. Mon père garda un souvenir amer du repiquage des betteraves. Il avait dû se résigner à le suivre car cet homme terrible lui retira le beurre un soir en spécifiant qu’il était réservé aux travailleurs. Tante Marie cacha sa tartine pour la lui donner, à l’abri du regard du patriarche.
Durant cette période de pauvreté, papa renoua avec les études par correspondance, passa des concours à Paris et finit par devenir secrétaire de mairie, ce qui lui permit à la fois de pouvoir gagner sa vie et de s’émanciper de la tutelle de son père. Grand-père reprit le chemin de l’usine lorsque les commandes abondèrent à Caudry. Ses filles l’y suivirent jusqu’au mariage de tante Victoire qui s’installa à Caudry avec son mari, également tulliste. Grand-père travailla jusqu’à un âge avancé. À l’atelier, on venait parfois le chercher pour défendre « les vieux ». Or ces vieux étaient souvent plus jeunes que lui.
Lorsqu’il se sentit rattrapé par l’âge, il se retira à Audencourt et papa eut toutes les peines du monde à lui faire obtenir une misérable retraite. Grand-père était si orgueilleux qu’il ne voulait pas s’inscrire au chômage, préférant travailler comme une bête de somme plutôt que de solliciter une obole. Il avait donc des trous conséquents dans son parcours. Papa oublia tous les différends qu’il avait eus avec lui et chargea ses sœurs de faire du démarchage auprès des personnes qui l’avaient employé pour qu’elles signent une reconnaissance sur l’honneur de son passage et de son labeur en leur entreprise.
Tout fut fait car Victoire et Marie éprouvaient une vive admiration pour leur père et il put enfin bénéficier d’une petite somme bien méritée.
Le jour de l’An, il était heureux de m’offrir des étrennes. J’avais beau les refuser farouchement, il insistait et me mettait le billet de force dans la main.

à suivre … épisode V


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Dentelle et Poésie Épisode V

30-11-2011 9:36:11


C’est alors que je me trouvais à Lille en Faculté de Lettres que j’appris la mort de Grand-père. Nous sommes bien sûr partis à Audencourt pour assister à ses obsèques. Ses filles avaient fait le nécessaire. Seules, elles avaient réalisé sa toilette mortuaire. Grand-père reposait dans la fameuse chambre de mon enfance. Il portait son costume du dimanche et était chaussé, un peu comme s’il allait entreprendre les dernières promenades dont il était coutumier. Il avait pourtant subi une attaque cérébrale qui l’avait privé de la parole et l’avait laissé paralysé. « Il ne marchera plus » avait dit le médecin mais grand-père était une sorte de trompe-la-mort et il s’imposa des exercices constants qui lui rendirent l’usage de ses jambes. Tante Marie avait renoncé à travailler à l’usine afin de pouvoir s’occuper de lui à temps plein, tout en faisant semblant de vaquer à ses occupations car il fallait composer avec l’orgueil de ce vieillard qui ne voulait pas rendre les armes. D’ailleurs tante Marie était tributaire d’une fabrique de tulle qui lui confiait la reprise des accrocs de certaines pièces.
L’après-midi, elle attendait patiemment que grand-père revienne de ses vagabondages dans les alentours. Un jour, elle s’inquiéta car il tardait à rentrer. Un voisin vint l’avertir qu’il était tombé dans un fossé. Dissimulé dans les fourrés, il avait pu constater qu’il s’était relevé, non sans mal. Comme tout le monde, au village, connaissait son caractère, on convint qu’il fallait lui laisser le temps de revenir par ses propres moyens. Chacun trouva un prétexte pour ne pas sortir afin que personne ne le voie claudiquer en traversant la rue.
L’honneur sauf, il parvint à rentrer chez lui et renonça désormais aux longues promenades. Petit à petit, le géant perdit ses dernières forces et mourut dans son sommeil. Tante Marie était épuisée physiquement et moralement car il lui menait la vie dure. Elle rejeta la faute sur la maladie et ne se plaignit jamais.
Le jour des obsèques, un dernier hommage lui fut rendu. Tout le village se pressait dans l’église d’Audencourt puis au cimetière où, comble de luxe, une pierre tombale en marbre du labrador qu’il avait payée une fortune, attendait son dernier passager.
Il y avait des fleurs, en particulier une raquette portant la mention « À notre meilleur ouvrier ». Tante Marie fut sensible à la reconnaissance patronale envers un ouvrier qui certes méritait ces dernières fleurs.
Le café du village avait été transformé en restaurant pour la circonstance. Un excellent repas fut servi à la famille qui s’était déplacée. Je vis ainsi pour l’unique fois de ma vie certains cousins dont j’avais toujours ignoré l’existence, Papa ayant coupé les ponts avec ceux qu’il jugeait indignes de lui !
Durant ces agapes tout à fait réussies, je me reprochais de ne pas pleurer la disparition de grand-père mais il est vrai que chacun éprouvait une sorte de soulagement. Il avait plus de 80 ans et tout le monde souffrait de voir cet homme qui avait impressionné le Tsar décliner irrémédiablement, le bras gauche paralysé et la bave au bord des lèvres.
De plus, mon cœur s’était déjà brisé irrémédiablement sept ans plus tôt avec la mort de grand-mère si imprévue qu’elle laissa tout le monde pantois. On s’affairait autour de grand-père cloué au lit et tout à coup, un triste jour, alors que son mari faisait ses premiers pas, grand-mère se sentit mal. Elle n’avait plus d’appétit et restait au lit, à bout de forces. On pensa que c’était le contre coup de la maladie de grand-père mais quand le médecin ordonna radios et investigations, on s’aperçut qu’elle risquait d’avoir une occlusion intestinale. Elle partit bravement pour l’hôpital, fut opérée et sombra dans le coma dont elle ne sortit plus. On la ramena chez elle pour y mourir officiellement.
Il ne fut pas possible de lui faire porter une jolie toilette et elle fut allongée dans le cercueil en chemise de nuit. Tante Marie l’avait cependant joliment coiffée, pour la dernière fois et avec sa sœur, jeta des roses pour l’accompagner.
Grand-père trouva la force de s’habiller avec élégance et refusa toute aide pour suivre le cercueil.
Elle était partie, la fée de mon enfance, ma jolie fée aux cheveux gris. Peu s’en faut que je ne pleure en écrivant ces lignes tant la douleur, ensevelie sous le poids des années, est toujours vive.
Lorsque j’écris des contes, une fée d’un certain âge, la fée des lilas s’impose à mes personnages. J’ai longtemps pensé que c’était la projection de mon être mais je réalise à présent que c’est grand-mère qui revient ensoleiller mes jours.
À Lille où j’étudiais les lettres classiques, j’étais souvent triste et perdue dans cette grande ville. Je me demandais souvent avec angoisse ce que j’étais venue faire sur ces bancs universitaires. Certes, j’éprouvais une passion pour la poésie et la littérature mais je ne comprenais pas le sens de mon existence qui m’apparaissait vide et irréelle. Alors pour me rassurer, je portais des gants en dentelle, même en plein hiver et j’attendais, le cœur battant, l’éclosion des premières fleurs de magnolias. Je ne savais pas, grand-mère, que mon destin était en fait très simple. J’étais venue chercher les prix dont on t’avait spoliée quand tu étais petite.
Ces études qui m’apparaissaient parfois sans véritable objet, c’étaient celles que tu n’avais pas pu faire et que tu méritais plus que moi.

« Ah ! Vienne vite le Printemps,
Et son clair soleil qui caresse,
Et ses doux oiseaux caquetants ! »

Ces vers de Verlaine, je les crois appropriés pour clore cette saga familiale.
Encore un mot : Toutes les personnes que j’ai citées ont disparu, à une seule exception : Tante Marie est toujours vivante et, si Dieu lui prête vie, le 29 janvier 2012, elle aura 103 ans !
FIN


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La fée des bleuets

26-11-2011 18:12:04


Annie, petite Annie, tu as été la fée de mon enfance. Avec tes cheveux blonds comme les blés, tu illuminais la rue prosaïque où nous vivions. Lorsque nous le pouvions, nous nous échappions vers les champs ou l’étang du village. Nous étions les reines du monde et nous ne voulions pas que l’on trouble nos rêves. Nous le savions, un jour, nous partirions bien loin de la communauté conservatrice dans laquelle nous vivions. La perversité était de mise et nos mères ne cessaient de nous mettre en garde contre la méchanceté du monde, à tel point qu’en notre adolescence nous avons ressenti les effets du désespoir que l’on nous avait instillé, goutte à goutte.
Oui, le monde était cruel mais je préférais me plonger dans les contes de fée.
Beaucoup de fées Carabosse dans notre entourage, mais aussi des fées et toi, Annie, tu en étais une, j’en étais absolument sûre, moi, la petite marguerite des champs. Il me suffisait de te regarder, dans les champs de blé, tresser des bleuets et des épis, souffler sur les fragiles coquelicots pour en être certaine.
Annie, tu étais la fée des bleuets et ce titre, tu l’emporteras où que tu ailles, fût-ce au bout du monde !


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Le galop du cavalier

25-11-2011 11:38:42

Sur un lac couleur de neige, un cavalier bleu galopait. Il effleurait la surface gelée et lançait des roses de toutes les couleurs qui fusionnaient avec les perles venues des profondeurs, noires, nacrées, ivoire…Des sirènes exécutèrent un ballet aquatique, rivalisant de souplesse avec les dauphins.
Sur le dos d’un poisson aux écailles dorées, un petit prince riait aux éclats, chevauchant sa monture lacustre comme s’il se fût agi d’un mustang déchaîné.
Une fée sortit de son palais de verre et emmena l’enfant sur les berges du lac qui bleuirent et s’illuminèrent de roses cristallines, d’un blanc pur au cœur de rubis.
« Voici qui vous convient à merveille, mon amie ! » dit l’amant à sa jeune épousée. Le couple regarda s’éloigner le cavalier qui rejoignit le flot de nuages tandis que l’enfant princier se laissait emmener par sa féerique marraine. Les amants plongèrent dans le lac enchanté et entrèrent dans la ronde des sirènes qui obtinrent ce petit miracle : le lac gelé devint lagon bleu des îles sous le vent.
Les oiseaux de la nuit se cachèrent dans les roseaux et attendirent le retour des amants pour leur servir d’escorte souveraine.
Ô la belle traîne pour une reine que des plumes palpitant comme les oiseaux !


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Hommage à Danielle Mitterrand

23-11-2011 15:52:43


Elle avait ce beau regard d’oiseau qui ne ment pas, à mi-chemin entre le ciel et la terre. Elle était venue parmi nous afin d’éclairer le chemin vers la liberté.
Les Kurdes ne l’ont pas oubliée. Elle a plus d’une fois risqué sa vie pour aller à la rencontre de ce peuple en exil.
Elle aimait les opprimés et œuvrait de toutes ses forces pour leur rendre leur dignité.
À une époque où seul compte l’argent, où nos dirigeants ne rêvent que d’enrichissement personnel, quel magnifique contre-portrait que celui de cette femme libre qui voulait que les autres bénéficient de cette liberté qu’elle a conquise, jour après jour, pour faire front, face à l’oppression exercée par les puissants de ce monde à l’encontre des opprimés.
Envole-toi, Danielle, pour un monde nouveau où notre belle devise Liberté Égalité Fraternité frémira au vent de l’Idéal, aujourd’hui oublié, voire piétiné …


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Le Prince de la Nuit

22-11-2011 17:31:48


En poursuivant l’oiseau du paradis, j’ai rencontré le Prince de la Nuit. Je l’ai reconnu à la flamboyance de son regard, à sa haute taille, à ses belles mains douces aux longs doigts fins, à son sourire d’enfant et à sa longue chevelure cascadant sur ses épaules fermes. Nous nous sommes assis au bord d’un lac et avons cherché les elfes, les sirènes ou naïades à la tête couronnée. En voulant percer les secrets de la nature, nous nous sommes endormis. Lorsque je me suis réveillée, j’étais seule. C’était l’aube et un bel enfant jouait avec la lune comme s’il se fût agi d’un cerceau.
J’ai chéri cet enfant, mon fils et l’ai élevé dans le culte de la nuit, porteuse de rêves créateurs mais je lui ai enseigné aussi le goût pour les personnes humbles qui nous aident à comprendre l’infini.


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La ronde des roses

22-11-2011 15:12:05

Une rose mauve, une rose verte, une rose aux couleurs d’arc-en-ciel, une rose bleue, une rose offerte à l’enfant qui est né ce matin.
Une rose rouge, une rose opale, une rose couleur d’aurore à l’enfant qui est mort ce matin.
Une rose, mais pourquoi une rose ? Pourquoi pas le lis des champs ? Une rose est un sourire sur les lèvres d’un ange, une rose est la fleur privilégiée du mineur qui meurt de silicose, une rose est si pure et si vraie qu’un enfant hésite à l’effeuiller, une rose, c’est une vie.


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Le miroir des fées

22-11-2011 12:39:46

Sur des talons mouette, la fée folie glisse en un rêve habillé d’églantines et de roses violines.
Je renais d’un éclat de lumière, verte Eurydice à la chevelure d’ancolies.
Mes mains cherchent les tiennes.
Dans le miroir aux fées, une femme s’est noyée.
C’était peut-être moi ou bien encore Viviane …
Le jade de ton âme m’a ouvert un chemin.


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Voyage

22-11-2011 12:30:36

Le carrosse de la Fée Lilas emporte mes soucis. Sous la lune endormie s’effilochent de gros nuages bleus.
Turquoises et crinolines criblent le frêle esquif qui vogue sur la mer.
C’est mon âme qui voyage, effarée.
Un palais englouti dans un lac se libère de pierres qui lapident mon cœur.
Nouvelle Ophélie, j’erre dans les plis du fleuve à la recherche de mon Roi.


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Au coeur de l'océan

22-11-2011 12:19:54







Au cœur de l’océan vit un goéland
Son œil rassure les sirènes.
Cours, vole, beau goéland.
La princesse aux cheveux d’or sera à toi.
Au cœur de l’océan, dans une maison de verre, tes ailes
resplendissent sous les feux du ciel.
Tu rêves, goéland, tu ne vois pas le vieux poète qui
t’appelle.
La pierre qui orne son doigt ruisselle de chagrin.
Son cœur va éclater au sein de l’océan qui
moutonne.
L’étale du destin se rompt comme le pont de cristal
des villes englouties.
Au cœur de la ville, le vieux poète pleure de ne plus
voir la mer.


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jeux d'ombres

22-11-2011 10:46:56

Dans l’ombre bleue de la nuit, les fées dansent au son du clavecin et s’entourent de voiles qui se déchirent en rubans.
La fée Aurore mène le bal et conduit ses amies sous la lune blonde. Les éclats de l’astre jaillissent sous la forme de topazes qui sont enrobées dans les messages des amants.
Les mots amour, toujours, ardeur, musique de mon âme, magicien qui règne sur mon cœur s’échappent des lettres pour briller comme les lucioles, laissant une traînée d’argent sous les pas des ballerines pleines de délicatesse. Elles attendent le jour qui les brûlera puis les fera renaître dans le cœur des amants.


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Rêve du Soir

21-11-2011 20:58:26

Les esprits de la nuit ont replié leurs ailes et dorment apaisés, loin des grands bateaux blancs qui voguent sur le Mississipi, dans les chants et les rires d’enfants.
La canne à sucre casse comme les roseaux et les femmes prennent du sucre en maniant des tasses à thé en porcelaine.
Les mondes s’harmonisent, le maître d’hier sera peut-être l’esclave de demain mais ce qui est inéluctable, c’est le bleu de la mer qui rejoint la pourpre du couchant.


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Le fils de Corto Maltese

14-11-2011 8:42:59



Il y avait une chose que Benji détestait, c’étaient les vacances. Lorsque tous les enfants avaient quitté le pensionnat en compagnie de leurs parents, il restait seul, désespérément seul ! Pourtant Sœur Anne le lui avait confirmé, il n’était pas orphelin. Il avait un père mais ce dernier travaillait sur les plateformes pétrolières, bien loin et il ne pouvait pas quitter sa place de maintenance. Un jour, il viendrait le chercher, lui promettait Sœur Anne et ils ne se quitteraient plus.
En attendant, Benji se consolait en lisant des bandes dessinées. Il y en avait qui lui plaisaient particulièrement parce qu’elles mettaient en scène un héros fabuleux nommé Corto Maltese. Il était grand, portait des vêtements d’aventurier et une balafre sillonnait sa joue de manière virile. Il lui arrivait toutes sortes d’aventures dont il sortait toujours vainqueur, en dépit des difficultés rencontrées.
Peu surveillé en cette période de vacances, les sœurs se livrant à des activités destinées à améliorer leurs finances, location de chambres en B & B méditatives, élaboration de confitures, fromages et plats cuisinés sans oublier un élixir joliment présenté dans des bouteilles de verre peintes par Sœur Éliane, une artiste convertie, Benji s’enfuit un jour de marché. Il emportait dans un baluchon de toile un énorme fromage, un pain tout chaud sorti du four par Sœur Madeleine, également experte en pâtisseries, le gâteau basque fourré à la confiture de cerises noires étant sa grande spécialité. Il emportait également une bouteille d’élixir car il avait souvent participé au broyage des plantes cueillies dans les sous-bois et les prairies et leur trouvait une odeur enivrante. Certes, l’alcool entrant dans la composition du breuvage, il savait qu’il ne faudrait pas goûter cet élixir comme une simple boisson mais il n’ignorait pas qu’on lui prêtait certaines vertus curatives. Il arrivait souvent à Corto Maltese de sortir d’étranges comas à la suite d’agressions, d’empoisonnements ou de soirées délirantes en compagnie d’amis et Benji ne doutait pas de l’immersion en aventures périlleuses qui l’attendaient au détour du chemin.
Craignant d’être poursuivi et rattrapé, ce qui mettrait un point final déshonorant à son beau voyage, Benji accélérait l’allure, ne s’arrêtant que pour de courtes pauses. La chance fut de son côté car la venue de missionnaires au pensionnat troubla la quiétude de la maison. Zélés et autoritaires, les missionnaires furent d’avis que le goût du commerce l’avait emporté sur le service divin. Tancées pour leur bonhommie, les sœurs furent astreintes à de multiples pénitences et ce n’est qu’en émergeant d’une messe spéciale dite pour le salut de leur âme, bien en peine aux dires des ermites aux sandales courroucées, que Sœur Marguerite s’écria avec effroi que Benji avait disparu.
Elle l’avait cherché dans les multiples recoins dont il avait la spécialité mais il fallut se rendre à l’évidence : il avait pris la poudre d’escampette. Ce constat libéra les sœurs de l’emprise que les missionnaires avaient exercée à leur endroit. La supérieure, Mère Angèle pria froidement leurs hôtes de bien vouloir les laisser en paix. « Œuvrez pour Dieu, mes fils. Nous avons, de notre côté, charge d’âmes et nous prierons pour le retour de Benji certes mais nous nous emploierons à le retrouver car son sort terrestre nous importe ». C’est sur ces mots prononcés avec vigueur suivis par un effet de manches marquant la sortie que les fils de Dieu s’évanouirent dans la nature, à la recherche d’un monastère où ils pourraient imposer la règle d’or de la liturgie.
Un véritable maillage fut mis en œuvre, impliquant la population des marchés où les sœurs vendaient leurs produits, les écoles où elles enseignaient l’art de la couture et de la broderie, les mairies où elles avaient leurs entrées, proposant leurs services pour des personnes âgées ou malades. Elles étaient très appréciées dans la région. Benji, de plus, n’était pas indifférent aux personnes consultées. C’était un bel enfant souriant et secret, le type même du garçonnet que chacun aurait aimé avoir pour fils.
Alors que toutes les équipes étaient revenues sans le moindre renseignement, un chasseur confia à sa femme qu’il avait aperçu un petit bonhomme mordant à belles dents dans un fromage. L’enfant avait ensuite disparu, glissant d’un arbre à l’autre comme un véritable comanche.
À peine reposé de son immersion dans le monde de la chasse, biche, lièvres et faisans reposant dans le saloir, l’homme des bois prit la direction du pensionnat. Soulagées à demi, les sœurs réclamèrent un schéma afin de visualiser le point géographique où Benji avait été vu pour la dernière fois et replacèrent la position dans un axe chronologique. Cartes en mains, elles explorèrent les hypothétiques parcours, analysant les dangers potentiels, ici une mer inconnue, là des collines caillouteuses, là encore une forêt où le chasseur, n’avait jamais mis les pieds car toutes sortes de légendes envoûtantes circulaient dans les mémoires des conteurs. C’était un repère de brigands, de loups garous et de sorcières aux breuvages maléfiques. « C’est d’ailleurs pour contrer ces poisons que des sœurs avaient inventé l’élixir qui se vendait si bien sur les marchés » ajouta l’homme en croisant les doigts pour se préserver de toute magie diabolique. « Sornettes, mon fils ! Certes Sœur Angélique m’a confié sur son lit d’agonie la recette de l’élixir mais elle ne m’a nullement mentionné l’existence d’un philtre du Malin » dit sévèrement Mère Angèle mais chacun se plut à remarquer en son for intérieur la proximité des deux prénoms augustes.
Des regards convergents se dirigèrent vers Sœur Angélina. Sans doute, serait-elle la prochaine supérieure du couvent qui abritait en son sein un pensionnat lucratif.
Tandis que les échanges fusaient, Benji avait atteint un rivage, sans doute celui de la mer inconnue qui avait été évoquée par les dames du pensionnat. Il fut heureux de trouver une cabane avenante, sans doute celle d’un pêcheur. Il s’y installa et s’endormit sur un lit de feuillage après avoir fermé la porte de bambous et de roseaux tressés. Il s’éveilla tardivement, s’aperçut que ses provisions étaient très réduites. Il fallait partir chercher de la nourriture. Des coquillages firent l’affaire. Non loin de la cabane, un ruisselet suintait sur les pierres, libérant un filet d’eau dont il se gorgea, remplissant sa gourde. Des albatros et des mouettes se livraient à un véritable ballet. Des cigognes s’abattirent sur le toit de la cabane et se mirent en devoir de renouveler leur espèce en se livrant à des joutes amoureuses. Ravi par le spectacle que lui offrait ce bord de mer, Benji sortit un petit carnet de sa besace, un crayon et nota les pensées qui venaient en foule dans sa tête blonde, formant des entrelacs poétiques et des aphorismes de circonstance, tels que : « La mer est infinie et je voudrais prendre la forme d’une vague pour conquérir l’éternité ». Après ces épanchements qui se voulaient littéraires mais qui n’étaient, en fait, qu’une lutte contre la solitude et le stress, Benji ferma les yeux, rêvant qu’un grand oiseau de mer l’emportait dans un pays lointain où l’attendait peut-être une princesse en proie aux noirs tourments.
Il fut peu surpris de s’éveiller dans une barque pilotée par un homme dont le profil ressemblait à s’y méprendre à celui de Corto Maltese, son héros préféré.
Ils étaient en haute mer. Une voile triangulaire était gonflée par le vent, une brise salvatrice. On aperçut bientôt un roc en forme de lyre qui barrait l’horizon. Une petite crique était à l’abri du vent. La barque s’y échoua et les deux passagers foulèrent le sable frais. Corto Maltese ou son incarnation amassa des branchages pour faire du feu et se mit en devoir d’allumer le tout en utilisant un briquet doré qu’il sortit de son caban. Les flammes dansèrent, formant une ronde féminine et poétique.
Benji était si heureux qu’il se plut à penser que Corto Maltese était son père, cet homme dont l’absence formait son plus noir tourment. Il ferma les yeux en s’abandonnant à la rêverie. Des cris le réveillèrent. Personne mais ô surprise, Corto Maltese avait disparu. Il ne restait auprès du feu qui s’éteignait qu’un sac de marin empli d’effets de rechange à sa taille, de pain et du fromage. Un cahier crayonné de multiples dessins formant le début d’une histoire retint son attention. Il le regarda attentivement, surpris de s’y voir croqué avec finesse. La scène du feu sur le rivage clôturait la bande dessinée inachevée. Benji mangea pain et fromage avec appétit puis il tourna le dos à la mer, décidé à explorer le rocher sur lequel ils avaient amerri. De plus, il ne désespérait pas de revoir Corto Maltese puisque la barque était toujours là. Il avait peut-être tout simplement pris les devants et l’attendait au sommet du roc à forme lyrique.
Lorsqu’il arriva au point culminant, il s’extasia devant une sorte de grande maison coloniale avec péristyle et véranda. Une doudou se balançait dans un rocking chair en chantonnant une berceuse destinée à un petit enfant aux beaux yeux bruns, à la chevelure bouclée. L’enfant s’éveilla et tendit ses petites mains potelées à Benji qui les prit doucement, déposant délicatement un baiser sur la paume dorée.
La nourrice lança un appel, aussitôt suivi d’effet. Une jeune fille aux lourdes tresses piquées de fleurs apporta table, fauteuil et plateau chargé de plats alléchants et de boissons colorées.
Benji se régala de jus de fruits, de petites tourtes fourrées au crabe, de salades où se mêlaient jeunes pousses et fleurs. Des gâteaux crémeux à la réglisse et au moka formaient une farandole sucrée autour de petites bouchées au miel et aux noix. Il n’avait jamais mangé de telles merveilles, la nourriture du pensionnat reposant sur un principe qui était d’éloigner hôtes et servantes de Dieu du péché de gourmandise. Une exception était consentie à Noël, à Pâques et autres fêtes liturgiques. Sœur Amandine apportait fièrement à table une bûche de Noël, un gâteau au chocolat parsemé de petits œufs à la liqueur ou autres pâtisseries aux fruits confits et à la crème parfumée à la violette des bois. Pour la première fois, Benji pensa aux braves sœurs qui se souciaient de son bonheur et éprouva des remords en songeant qu’elles devaient être dans la peine à cause de sa fugue.
Il pria son hôtesse de lui fournir de quoi écrire et il rédigea le message suivant : « Je n’ai pas résisté à l’attrait de l’aventure. Je me porte bien et pense à vous avec affection. Votre méchant Benji ». Un perroquet arrivé à point nommé l’aida à propulser son message vers le couvent de son enfance et les sœurs qui lui servaient de mères, de grandes sœurs ou de confidentes.
Le temps passa à une vitesse accélérée tandis que l’esprit de Benji suivait les méandres de l’oiseau. Les rayons du soleil couchant embrasèrent l’horizon et l’enfant se laissa guider docilement dans la grande maison par la nounou décidée à regagner sa chambre. Elle pointa de l’index une porte décorée d’un verre lumineux peint d’arabesques bleues. Benji l’ouvrit timidement et se trouva alors dans une grande pièce meublée sobrement. Une mosaïque de galets lisses et dorés donnait de la chaleur à cette chambre étrange, déjà habitée par Corto Maltese qui se balançait dans un hamac confortable en fumant. Un autre hamac, placé en vis-à-vis à une distance raisonnable attendait Benji qui passa tout d’abord dans la salle de bains afin de se détendre sous la douche et de se préparer à passer une bonne nuit grâce à des soins hygiéniques indispensables. Il se frotta vigoureusement, débarrassant son épiderme de toutes les traces de transpiration accumulées lors de son voyage. Ensuite Benji enfila une tenue soyeuse bleu nuit qui reposait sur un valet de bois sculpté de roses. Il chaussa d’agréables pantoufles, se parfuma d’eau de Cologne en utilisant un élégant vaporisateur. Des fragrances de sous-bois flottèrent dans ce cabinet de toilette raffiné que Benji quitta, presque reposé.
Il se hissa dans le hamac, discernant au loin la longue silhouette de Corto Maltese qui lui semblait presque désincarnée tant elle était immatérialisée par un nuage de fumée aux senteurs florales épicées. Benji s’endormit et plongea dans un sommeil entrecoupé de rêves. Tantôt, il marchait sur l’écume des vagues et faisait provision d’étoiles de mer qui se métamorphosaient en bijoux, tantôt il se balançait dans une nacelle et croisait des grues cendrées qui lui annonçaient le mariage de la petite fille de Cendrillon. Lorsqu’il s’éveilla, il était seul. Le hamac de Corto Maltese gardait la forme du marin intrépide, un bloc-notes griffonné de dessins et de courts textes ornés de nuages pourprés s’offrait à sa curiosité. Il le feuilleta avec amour, découvrant avec joie l’esquisse de sa propre existence. Le dessin le représentait ramassant des coquillages puis une série analogue à une bande dessinée racontait une histoire, sa fugue, son voyage et une rencontre organisée autour d’un carrosse d’or et d’une jolie princesse.
Benji n’eut guère le temps de s’attarder sur cette belle évocation car Nounou le pria de la rejoindre dans la véranda après avoir fait sa toilette. Une jeune fille lui apportait de beaux vêtements qu’elle disposa sur le dosseret d’un fauteuil. Après le départ des dames, le jeune garçon se mit en devoir de faire honneur à l’accueil princier qui lui était réservé. Après avoir chaussé d’élégants mocassins pour parachever sa tenue d’apparat, il rejoignit ses hôtesses sous la véranda où un chocolat odorant et vanillé lui fut servi. De jolies brioches, des macarons croustillants et des fondants glacés accompagnaient ce délicieux breuvage qui le plongea dans un bonheur enfantin sans limite.
Soudain son attention fut attirée par une voile noire qui voguait sur les flots. Il prit une longue vue et scruta le contenu de l’embarcation qui se rapprochait du rivage. Une sorte de pirate au visage farouche, balafré et buriné jetait des regards d’épervier sur la plage déserte. Sans mot dire, Benji tendit la longue vue à Nounou qu’il vit blêmir. « Il est revenu de l’enfer, ce maudit cavalier des ténèbres ! Puisse Corto Maltese nous en débarrasser à tout jamais ! ». Ces paroles martiales ne rassurèrent pas complètement notre petit héros qui aurait préféré savourer une journée si bien commencée dans le calme et la rêverie. Il songea cependant que toutes les fois qu’il était question de carrosses et de princesses, il fallait guerroyer pour mériter ces cadeaux divins.
Il demanda à Nounou de bien vouloir lui fournir une tenue appropriée à l’art de la guerre afin de prêter main forte à celui qu’il considérait comme son modèle mais la brave dame fut d’avis qu’il valait mieux se tenir à l’écart d’un combat qui ne lui apporterait que des ennuis « D’ailleurs, ajouta-t-elle avec malice, je crois que vous aurez mieux à faire. De l’autre côté de la maison, il y a un chemin où vous attend un carrosse. L’aventure vous sera profitable ». Joignant le geste à la parole, elle lui présenta une cape dont il se vêtit, lui offrit un panier plein de victuailles pour le voyage et lui envoya un baiser du bout des doigts.
Benji obéit à ces agréables injonctions et partit vers sa destinée. Après avoir traversé la vaste maison en faisant glisser ses mocassins sur d’interminables corridors, il atteignit une porte qui ouvrait sur un immense parc. Il se promena avec amour dans un univers bucolique où abondaient fleurs exotiques et colibris. Il avait presque oublié le fameux carrosse lorsqu’il se présenta à son regard ébloui, en or massif serti de pierreries, avec un attelage de six chevaux splendides, bais, à la crinière tressée de roses. Deux cochers en livrée chamarrée, un valet et une servante vêtus comme au théâtre complétaient ce tableau hors du temps. Les serviteurs déroulèrent le marchepied et Benji s’installa dans l’habitacle capitonné, un peu déçu de ne pas y découvrir une princesse. Les battements de son cœur ralentirent et il se détendit dans ce confortable carrosse en compagnie du jeune couple qui lui souriait avec déférence. Il se laissa bercer par le chant de la route lorsque les cochers eurent fouetté les chevaux qui filèrent bon train dans une campagne verdoyante. Les paysages se succédèrent révélant des formes contrastées. Ici des collines rocailleuses, là un raidillon dont le surplomb donnait sur la mer.
Le bateau du pirate ayant disparu, Benji en déduisit avec satisfaction que, Corto Maltese, une fois de plus, avait vaincu l’ennemi. La voile blanche de leur bateau était gonflée par le vent. À n’en pas douter, le célèbre marin était en route pour de nouvelles aventures.
Benji n’eut pas le temps d’éprouver de la mélancolie car le carrosse stoppa dans la cour d’un domaine particulier. Au milieu de vignes où abondaient les belles grappes dorées de muscat, un dôme de cristal jetait mille feux. L’enfant arpenta une allée de sable fauve et pénétra dans un magnifique hall orné de gigantesques miroirs. Un jeune homme élégant vint à sa rencontre, lui souhaita la bienvenue et lui demanda avec grâce de bien vouloir le suivre. Benji s’exécuta sans difficulté. Ils arrivèrent bientôt dans une très belle salle qui tenait à la fois de la véranda, du palace et de la pièce principale des châteaux d’antan. Verre, bois travaillé et sculpté, peintures en arabesques sur des murs blancs, fleurs montant en volutes sur des structures en fer forgé contribuaient à donner à la salle une charmante originalité. Quant au mobilier, il était à l’avenant. Table de chêne ornée de nappes brodées qui formaient une rose en tissu en son milieu, chaises à haut dossier en forme de cœur, poufs de cuir souple, guéridons, lits d’apparat incitaient à s’installer durablement.
Le prince Swahili invita Benji à prendre place à table en sa compagnie. Il prit une flûte et joua un petit air entraînant. De jolies jeunes filles apparurent, portant une bouilloire d’eau parfumée, une cuvette et des serviettes chaudes. Les convives se lavèrent les mains puis une autre ronde de jeunes filles apparut, portant des assiettes odorantes où reposaient mille et une gourmandises appétissantes, feuilletés aux crustacés, chaud-froid de volailles, petits légumes en cassolettes de sauce crémeuse, fruits des bois à la crème fouettée et choux fourrés de mousse au chocolat.
Ils se régalèrent de toutes ces merveilles, buvant du sirop de groseille et d’orgeat. Une spectaculaire pièce montée fut servie accompagnée d’un vin chaud à la cannelle et de liqueurs fruitées. Benji songea à nouveau aux sœurs qui devaient se tourmenter durant son absence. Swahili semblait lire dans ses pensées car il lui dit que des nouvelles seraient portées au pensionnat. « Nous leur dirons que ton père est venu te chercher. Dorénavant, tu vivras auprès de moi en ce palais, si tu le souhaites naturellement ».
Benji croyait vivre dans un autre monde plein de féerie. Ce jeune homme était si charmant que la vie devrait être facile à ses côtés.
Il passa dans un cabinet de toilette, enfila une tenue de nuit, s’allongea sur l’un des deux lits tandis que le prince occupait l’autre et s’endormit, le rêve palpitant au bord de ses paupières lourdes.
La nuit fut mouvementée, du moins dans ses rêves. Benji percevait les bruits d’une lutte acharnée qui se livrait près de son lit. Il entendit des sanglots. Un cri strident provoqua son réveil. Ô surprise, il n’était plus dans la belle chambre du palais de cristal mais il reposait, enveloppé dans une chaude couverture, au fond d’une barque avec Corto Maltese comme barreur. Il ferma les yeux et sombra dans un profond sommeil, sans rêve.
Au réveil, il se trouvait à la case départ, au bord de l’eau. Corto avait allumé un feu de bois et faisait chauffer du café. Il en but avec plaisir, mangea du pain et des confitures extraits de la besace du navigateur et attendit patiemment que son idole lui donne des explications sur l’étrangeté de la situation.
« Benji, dit enfin Corto Maltese, tu es mon fils. Cet homme qui travaille dans les champs pétroliers au loin et qui viendra te chercher un jour, c’est une fable que j’ai inventée pour les sœurs afin qu’elles t’accueillent dans leur pensionnat dont on m’a dit grand bien. Étant donné ma vie aventureuse, je ne pouvais pas t’emmener dans mes voyages et ta mère vit quelque part, emprisonnée vraisemblablement car elle nous aime infiniment. C’est pour la retrouver et la délivrer que je parcours le monde. Lorsque j’ai affronté le pirate qui me poursuit de sa haine depuis une éternité, j’ai demandé à la nourrice de t’éloigner car je n’étais pas certain de l’issue du combat.
Malheureusement les domestiques à la solde de Nounou ont été poignardés et on les a remplacés par des proches de Swahili, sans cesse à la recherche de jeunes garçons pour, dit-il, les aimer ce qui revient à les souiller et à voler le peu d’enfance qui leur reste à vivre. Je suis arrivé à temps car l’effet de la drogue versée dans le vin chaud commençait à produire son effet et Swahili n’allait pas tarder à te dispenser d’immondes caresses. Nous nous sommes battus et j’ai gagné en dépit de mes dernières blessures car la vie de mon fils en dépendait ». Corto se tut brusquement, prit les mains de Benji dans les siennes et resta silencieux une petite éternité. Benji vogua avec lui en pensée sur les mers tour à tour orageuses et écumeuses pour devenir une immense nappe bleue où le soleil venait se rafraîchir.
Lorsque Benji reprit pied dans le monde réel, Corto Maltese avait à nouveau disparu. Cette fois, Benji fut heureux de le savoir à la conquête des mondes pour retrouver sa mère. À cet instant, un cri retentit : « On l’a trouvé ! Il est vivant ! » Des chasseurs dispersèrent les cendres et l’un d’eux serra l’enfant sur sa poitrine.
Sa cornette s’accrochant dans les feuillages, Sœur Anne apparut enfin et rendit grâce à Dieu d’avoir préservé l’enfant qui était leur étoile. Un brancard confectionné en bambous, feuilles et fleurs arriva à point nommé. Benji eut beau protester, il fut prié instamment de s’allonger sur cette couche offerte par la nature.
Lorsqu’on l’interrogea au couvent sur ses velléités de fugue, il mentit à demi en déclarant qu’il avait cru répondre à l’appel de son père.
Il ne fut pas question de sanctions. Les sœurs étaient si heureuses de l’issue de l’aventure qu’elles prouvèrent à l’enfant à quel point elles les aimaient.
Un bon repas fut servi, les sœurs entonnèrent des chants mélodieux et Benji les rejoignit dans ces vocalises en imposant sa belle voix chaude. Un instant, il crut voir la silhouette de l’inoubliable marin traverser la pièce monacale, laissant dans son sillage des coquillages de brume et des étoiles d’or. Benji se promit de les recueillir et de les garder soigneusement en gage de l’amour paternel dont son héros avait fait preuve. Avec ce dernier geste, Corto Maltese demeura dans son imaginaire celui qui viendrait le chercher, un jour, et il sourit avec amour, rendant au monastère l’aura divine qui lui échappait parfois.


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Au pays de Cendrillon

11-11-2011 15:22:50

Lorsque le carrosse d’or fit son entrée dans le parc du palais de Cendrillon, traîné par six chevaux pommelés, les laquais eurent le souffle coupé : qui allait descendre de cet attelage princier ? Aspirés par un tourbillon ocre et bleu, ils furent emportés dans une autre dimension et ne surent jamais qu’un Ibis royal avait descendu le marchepied déployé par des tourterelles.
L’oiseau fit une entrée triomphale dans la salle de bal où les couples valsaient à la lueur des flambeaux. Avisant une cigogne qui faisait tapisserie, le prince, car c’en était sûrement un, s’inclina auprès de la cavalière et ils dansèrent avec tant de grâce qu’il se forma spontanément une ronde pour les admirer.
L’arrière-petite fille de Cendrillon pour qui cette soirée était donnée fut heureuse de cet intermède qui lui permit de s’éclipser dans le parc. Amoureuse de la poésie et des belles lettres, elle n’était pas d’humeur à subir le marivaudage des nobles de la contrée qui songeaient surtout à faire main basse sur son bel héritage.
Brillant au clair de lune, une énorme citrouille évidée et transformée en habitacle lui donna le goût du voyage. Elle s’installa et ne fut pas surprise de constater qu’un mouvement était impulsé. Elle ferma les yeux et se laissa entraîner au gré des vents et de l’allure des chevaux qui tenaient à la fois du griffon et de la licorne.
Lorsque la sensation de balancelle prit fin, elle regarda autour d’elle et découvrit un paysage marin. Une barque était amarrée sur le rivage. Elle s’y assit et attendit que le marin pilote hisse la voile et prenne le large, ce qu’il fit après s’être délesté de la grande cape qui l’enveloppait, lui donnant la silhouette de Corto Maltèse. Soraya, la jolie princesse amoureuse des poètes, observa les étoiles, soulagée à la pensée d’être libre. Mentalement elle écrivit de nombreuses pages qui se dispersèrent au gré des vents, s’incrustant dans la nacre des coquillages.
Pendant ce temps, la fête achevée, les couples appelèrent leurs domestiques, exigeant que les attelages soient préparés au plus vite. Chacun s’étonna en voyant une énorme patache en forme de citrouille s’étaler dans la cour. On leur avait parlé d’un carrosse d’or et chacun déplorait de ne pas avoir vu la merveille qu’on leur avait décrite.
Le magnifique couple formé par l’Ibis et la cigogne prit place dans la citrouille qui s’étira pour devenir carrosse sous les yeux ébahis de la cour. Il s’agissait assurément d’or pur car sous les éclats de la lune, l’étrange véhicule étincelait, envoyant à la ronde des feux flamboyant comme autant de fusées.
Les six chevaux pommelés et leurs cochers se détachèrent dans un halo argenté et l’attelage partit en majesté.
Alors que tous étaient sous l’effet de l’enchantement, la nourrice sortit, les cheveux dénoués et les mains tremblantes : la princesse, leur belle Soraya, la jeune fille pour qui on avait donné ce bal avait disparu et il ne restait rien d’elle, pas même une pantoufle de verre.
Maudits soient ce carrosse et ce couple d’oiseaux venus d’ailleurs ! La curiosité les avait tous aveuglés ! Personne n’avait signalé la disparition de la princesse, ce qui relevait de la faute diplomatique. Occupée à régler le protocole du coucher de la princesse, elle-même participait de la coupable négligence et elle n’aurait pas le moindre répit jusqu’au retour du joyau du royaume.
Son honneur mis en cause, le sénéchal, garant de la sécurité du palais dépêcha une escouade de voltigeurs à la poursuite du carrosse suspect. Un carrosse d’or ! Ce seul élément aurait dû leur paraître étrange. De plus, le sénéchal constitua plusieurs escadrons afin qu’ils fouillent méthodiquement les moindres recoins du royaume pour retrouver la princesse héritière.
Un jeune homme modeste, de petite noblesse, qui avait été invité au bal pour ne pas afficher de mépris envers ses ancêtres insista pour participer aux recherches. Il n’avait pas dansé de toute la soirée, attendant patiemment que la princesse accepte de lui accorder sa main pour un quadrille mais elle avait mystérieusement disparu et chacun avait tenté sa chance auprès d’une belle ou s’était contenté d’observer le couple fabuleux formé par l’Ibis royal et la cigogne.
Lorenzo, tel était le nom du jeune homme, fut accepté par une escouade de cavaliers, heureux de se voir adjoindre une personne motivée. On lui offrit un cheval et tous partirent sans tarder.
Pendant ce temps, bercée par le roulis des vagues, la princesse poursuivait son rêve. Elle fut un instant distraite par l’apparition, à l’horizon, d’énormes rochers. Il y en avait un qui avait la forme d’une lyre et l’autre ressemblait, à s’y méprendre, à un énorme parchemin. Le courant entraînait la barque inexorablement vers ce chenal improvisé en pleine mer, rendu dangereux par son étroitesse. Sans se retourner, le marin jeta par-dessus son épaule une étoffe fine qui couvrit sa passagère, lui ôtant ainsi momentanément la vue. Dans ce flou où orchestraient le fracas des vagues se brisant contre les récifs et les cris des oiseaux que l’on pouvait interpréter comme des sauve-qui-peut, Corto Maltèse ou son avatar déploya avec infiniment de force et d’adresse tout son talent et bientôt les énormes rochers ne furent qu’un lointain souvenir. Le murmure des flots refit surface. Soraya se débarrassa de la fine étoffe qui l’avait protégée et renoua avec la poésie de ses pensées.
Elle se promit de broder une cape pour l’étrange jeune homme dont elle ne voyait que le dos, une fois revenue au palais. À cette évocation, elle réalisa soudain que sa nourrice devait être au désespoir. Le remords la submergea, créant en son cœur une rose vivace et pourprée. Cette fleur explosa dans sa poitrine, la propulsant dans un autre monde, terrestre cette fois. Elle marcha avec beaucoup de précaution sur un sol parsemé de minuscules cratères qui contenaient des joyaux à l’état brut, rubis, émeraudes, topazes, saphirs et surtout de magnifiques diamants. Craignant de se blesser car elle portait toujours des chaussures de bal, Soraya fixait le sol, déçue également d’avoir perdu le navigateur qui avait fait battre son cœur jusqu’à l’extrême.
Lorsque les cratères laissèrent la place à une allée de sable fin, elle leva enfin les yeux et découvrit à l’horizon une gigantesque citrouille d’or pur parsemée de motifs cristallins qui semblait faire office de palais. De fait, en s’approchant, au terme d’une longue marche adoucie par un sol meuble propice à la promenade, elle fut accueillie de belle manière par une escorte de jeunes femmes qui se mirent spontanément à son service.
Elle pénétra dans le palais et admira la décoration automnale de chaque pièce. Tables en forme de feuille morte aux blancheurs flamboyantes, chaises et poufs épousant les contours de potirons, potimarrons et courges. Des lueurs orangées se réunissaient en faisceaux et balayaient les contours des salles organisées en rotondes. Soraya fut entraînée dans une suite royale qui lui était destinée. Un tableau où elle apparaissait en un costume féerique ne laissait pas le moindre doute.
Elle se déchaussa et se rendit dans la salle de bains où un jacuzzi la délivra de toute la fatigue accumulée lors de cet incroyable voyage. Des serviettes orangées au sortir du bain parfumé épongèrent son corps qui avait retrouvé toute son élasticité. Deux jeunes filles l’aidèrent à porter un joli costume dont les broderies avaient la finesse et l’éclat de la lune rousse. Ainsi vêtue, Soraya avait la beauté des princesses orientales et resplendissait comme l’astre du rêve poétique. Guidée par un majordome, la jeune aventurière s’assit dans un fauteuil profond et goûta avec plaisir les bouchées gourmandes qu’un cuisinier inventif et talentueux avait créées, feuilletés délicats à la mousse de marron, fondants chocolatés, fruits de saison déguisés, sirops colorés et pétillants, bref un vrai bonheur d’enfance.
Alors qu’elle se restaurait, Soraya ne s’était pas rendu compte que la pièce avait curieusement rétréci. Les murs se rapprochèrent, formant une sphère qui pulvérisa l’ensemble de la structure. La jeune fille fut propulsée dans les airs, à l’intérieur d’une nacelle qui s’éleva à la hauteur des nuages. Pendant ce temps, les cavaliers avaient l’impression de tourner en rond dans un univers étrange où les sortilèges tenaient lieu de repères géographiques. Tel buisson rencontré au détour d’un chemin explosait en myriades d’oiseaux qui obscurcissaient les nuées, telle rivière serpentant sur les pierres au soleil s’asséchait brusquement, ouvrant sur un cratère où le feu menaçait de brûler les sabots des juments intrépides. Fleurs et prairies devenaient tout à coup rocs et crevasses dont les angles friables piégeaient les jambes des alezans. Lorenzo descendit de cheval et prit la tête de l'escorte, à pied, volant littéralement de roche en roche, son poignard lui servant de parade pour éviter des oiseaux agressifs qui cherchaient à l’aveugler. Il concentrait ainsi sur sa personne toutes les nuisances fomentées par un redoutable magicien.
Ils finirent par arriver dans une plaine et virent miroiter à l’horizon l’or pur serti de pierreries du fameux carrosse qui semblait lié à la disparition de la princesse.
Ils arrivèrent à sa hauteur après une petite heure de marche et juste au moment où Lorenzo s’apprêtait à ouvrir la porte du carrosse, les cavaliers ayant tous mis pied à terre par mesure de prudence, le carrosse explosa en un jaillissement de pépites et de joyaux. Chacun attrapa au vol de quoi vivre de façon confortable le reste de ses jours, à l’exception de Lorenzo, désespéré de perdre le relais qui allait le conduire à sa bien aimée. Mais c’est alors que la situation semblait tragique qu’il se produisit un incroyable scénario.
Un ballon balaya l’horizon bleu et atterrit aux pieds du jeune homme et de son escorte. Soraya en descendit, les joues roses, vêtue d’une longue robe couleur d’orient.
Elle accepta la fougueuse étreinte du beau Lorenzo, regrettant néanmoins son navigateur de rêve. Un oiseau bleu se percha sur son épaule et lui murmura : « C’est le sort de toutes les jeunes filles. Elles rêvent d’un bel inconnu mais finissent toujours par épouser un proche ami, le seul amour véritable ».
L’oiseau s’envola sur l’épaule de Lorenzo, effleura sa joue de ses plumes soyeuses et rejoignit enfin ses compagnes dans le beau ciel d’automne, bleu et or.
L’escorte victorieuse revint au palais, enrichie de la présence lumineuse de la princesse et de son amant.
On ne sut jamais quel rôle l’Ibis royal avait joué dans cette pièce charmante. Certains oiseaux prétendirent qu’il avait servi de révélateur et d’initiateur mystérieux aux joies de l’aventure sans laquelle les jeunes filles, princesses ou non, ne s’engagent pas dans la voie amoureuse.
Soraya épousa Lorenzo, mit des enfants au monde mais ne quitta jamais totalement une pièce qu’elle avait fait aménager où abondaient livres, parchemins, secrétaires précieux aux multiples tiroirs. Un jour, elle se décida à raconter l’histoire de celui dont elle ne savait rien, le navigateur qui avait la silhouette de Corto Maltèse et à dater de ce jour, elle fut véritablement apaisée et consciente de son bonheur auprès de son époux.


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L’Été Indien

6-10-2011 9:07:14

Lors d’un improbable bal, le Prince Printemps fut présenté à la ravissante Princesse Automne moulée dans un fourreau couleur châtaigne et feuille flamboyante, fendu sur le côté pour découvrir des jambes irrésistibles, satinées et nacrées. Son émoi fut tel qu’il en perdit momentanément l’usage de la parole. Il enlaça sa belle cavalière et ouvrit le cérémonial au son d’une valse de Strauss.
Tandis que le Beau Danube Bleu égrenait ses notes lumineuses et cascadantes, la princesse, yeux mi-clos, savourait ces instants de bonheur. À quoi bon le langage mondain lorsque la poésie s’exprime avec le charme inné de la rencontre ?
Des vers oubliés s’imposèrent au Prince mais il ne put les dire car le rythme de la valse lui imposait le silence. Il s’agissait d’une ballade de Charles d’Orléans qui le qualifiait joliment.
Le temps a laissé son manteau
De vent de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.
Lorsque la Princesse Automne fit la révérence à son cavalier, le Prince sentit des frissons parcourir son échine. Il lui prit la main avec délicatesse et tous deux se promenèrent dans le parc en proie à une valse-hésitation entre les deux saisons.
Colibris, muguets et soleils radieux marquaient l’apparition du printemps tandis que légumes et fruits automnaux jalonnaient leur parcours dans des senteurs de sous-bois.
Des oiseaux leur donnèrent une aubade et lorsqu’ils s’assirent sur un banc, un perroquet offrit au couple la dernière strophe du poème :
Rivière, fontaine et ruisseau
Portent, en livrée jolie,
Gouttes d’argent, d’orfèvrerie ;
Chacun s’habille de nouveau
Le temps a laissé son manteau.
Les nuages enveloppèrent le Prince et son amie tandis qu’ils échangeaient un baiser au goût de mûre et de raisin.
Leur union fut tout à fait fusionnelle et lorsqu’ils revinrent sur la piste de danse, ce fut pour constater que tous les invités s’étaient enfuis. Une princesse avait oublié son soulier de verre mais le Prince Printemps se garda bien de l’emporter.
L’orchestre joua de nouvelles valses que les amants interprétèrent avec émotion.
L’aube les trouva enlacés et unis pour la vie.


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L’Étoile des Mers

4-10-2011 9:15:11

Sur une plage ensoleillée, des couples dansaient le fox-trot. Un dauphin, au large, bondissait au son de la musique diffusée par de gigantesques enceintes fixées sur les mâts porteurs de fanions.
Disséminés dans les dunes, des amateurs de spectacles marins admiraient les évolutions de ces danseurs hors pair au rythme des vagues.
Soudain un cavalier vint rompre l’harmonie bleue qui régnait en ces lieux. Vêtu de noir, sur un cheval gris, la crinière tressée, le cavalier imprimait à sa monture des pas de danse du plus bel effet, en harmonie avec la valse des dauphins et l’exhibition musclée des danseurs.
Tout à coup le soleil s’obscurcit, la musique cessa et les flots grondants s’avancèrent dangereusement tandis que les dauphins étaient emportés au large comme des fétus de paille.
Le cheval se cabra, désarçonna son cavalier et s’enfuit vers les dunes, arrachant la végétation de ses sabots vengeurs.
Le vent s’engouffra dans la cape du cavalier qui s’envola littéralement dans les airs pour être jeté à terre comme un pantin disloqué.
Alors le grondement des vagues cessa, le soleil revint et les dauphins réapparurent, retrouvant leur dynamisme et l’art du jeu.
Quant aux danseurs, ils avaient été emportés au large. Ils arrivèrent quasi noyés sur la plage d’une île. Ils se gavèrent de lait de coco et de fruits de l’arbre à pain. Renouant avec le bonheur, ils s’étreignirent fougueusement et s’endormirent dans une cabane de roseaux construite par un pêcheur local. Le lendemain, ils allèrent explorer l’île, enlacés et soucieux de leur avenir. L’île était boisée et regorgeait de trésors, fleurs, oiseaux sans oublier des lianes qui permettaient d’audacieux raccourcis.
Ils parvinrent enfin à l’autre extrémité de l’île. Une crique abritée des vents par d’énormes rochers sculptés les incita au rêve.
Un voilier majestueux battant pavillon royal, une fleur de lys sur fond d’or, s’immobilisa au large. Une chaloupe jetée à la mer, barrée par un matelot qui imprimait la cadence leur servit de relais après qu’ils l’eurent rejointe à la nage.
L’accueil sur le voilier fut chaleureux. On leur servit un excellent repas à base de poisson et de fruits. Leur cabine était spacieuse et confortable sans luxe excessif.
Ils s’endormirent, pleins d’espoir pour le lendemain. À l’aube, le voilier dut affronter une tempête. Ce fut le branle-bas à bord mais fort heureusement, les nuages noirs disparurent à l’horizon, emportés par des vents vigoureux et la mer redevint hospitalière et porteuse de rêves.
Nos danseurs fêtèrent l’événement en exécutant des pas de circonstance. Le mousse joua de la vielle et tous retrouvèrent le charme de la province où ils avaient vécu une enfance pleine de jeux et de rêves.
Après cet intermède festif, on mangea de bon appétit un menu qui s’apparentait à celui que l’on servait jadis pour célébrer les moissons, pains dorés, omelettes d’œufs de tortue et laitue de mer en salade. De bons gros gâteaux à l’ancienne imbibés de rhum furent servis généreusement avec crème anglaise et îles flottantes. Les danseurs qui voulaient garder leur ligne impeccable, mangèrent peu mais apprécièrent les efforts entrepris par le chef pour les remercier de leur superbe prestation.
Au hasard des conversations, ils apprirent que le vaisseau était armé par des savants. Il devait faire le tour du monde, chaque spécialiste se chargeant de répertorier les richesses des fonds marins.
Ils avaient découvert une île paradisiaque qui regorgeait de trésors. Souhaitant qu’elle demeure inconnue tant les désirs destructeurs des hommes étaient vivaces, ils avaient décidé, d’un commun accord, de la garder secrète, laissant néanmoins les coordonnées géographiques à l’abri dans un coffre jusqu’au dernier vivant. Ensuite il appartiendrait aux héritiers d’en préserver le secret.
Les hôtes du vaisseau acceptèrent qu’on leur bande les yeux avant d’arriver dans l’île inconnue. Éblouis par tant de beauté lorsqu’on les délivra de leur foulard, ils souhaitèrent vivre dans cet éden jusqu’à la fin de leurs jours.
« Cela ne serait guère raisonnable leur dit le chef de l’expédition. Avez-vous pensé à vos enfants ? Un jour, ils vous feront le reproche de les avoir coupés du monde. De plus, vous ne pourrez pas danser toute votre vie. En prenant de l’âge, vous souffrirez de rhumatismes et c’est alors que vous maudirez l’île et ses beautés enchanteresses. Vous regretterez de ne pas avoir de livre, de ne pas connaître les misères et les charmes de votre pays natal et vous prendrez en horreur lagons, oiseaux de paradis et coquillages ».
Les jeunes gens reconnurent que ces paroles étaient empreintes de sagesse et se conformèrent au souhait exprimé par le leader du groupe.
Ils profitèrent de chaque instant comme s’il devait être le dernier, composèrent des chansons, inventèrent une nouvelle danse qui s’apparentait aux figures exécutées par les oiseaux, cuisinèrent, en compagnie du chef, les trésors de la mer associés aux conserves entassées dans des barriques à fond de cale.
Heureux d’avoir vécu cette parenthèse idyllique, les couples demandèrent à être déposés à terre lors de la prochaine escale.
Ainsi fut fait. Ils agitèrent longtemps leurs foulards pour remercier l’équipage de cette belle aventure. Lorsque le vaisseau ne fut plus qu’un point à l’horizon, nos jeunes gens tournèrent le dos à la mer et grâce aux richesses naturelles collectées sur l’île, obtinrent de belles pièces d’or en échange.
Avec ce pactole, ils furent à même d’acheter roulottes et chevaux ainsi que tout ce qui était nécessaire à une vie itinérante. Ils embauchèrent du personnel, cochers, cuisinières et hommes à tout faire. Ils recrutèrent également des conteurs et des musiciens. Faisant halte dans les bourgs, ils donnaient des représentations où alternaient contes, intermèdes musicaux et danses qui restaient bien entendu leur domaine privilégié.
L’Étoile des Mers, ainsi nommèrent-ils l’ensemble des spectacles donnés, sillonna toutes les routes de l’Europe, à la recherche d’un paradis perdu qu’ils situaient maintenant dans la brève plénitude de leur art.
Au commencement était la route… et l’étoile était au bout du chemin. Suivez la à votre tour !


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La Nuit des Faucons

4-10-2011 9:12:53

Il régnait une atmosphère feutrée ; lumières diffuses, gigantesques plantes vertes s’élançant désespérément à la recherche du soleil sous de grandes verrières criblées de pluie. Et dans cette ambiance de paradis perdu, des ombres silencieuses, en peignoirs gris, sandales de plastique réglementaires aux pieds, sac thermal grisâtre, jetable à la fin de la cure, se déplacent à petits pas pour ne pas tomber et réduire à néant les effets de l’eau salvatrice. Jadis les peignoirs étaient roses, d’un joli rose Bardot, pimpant et gracieux. Aujourd’hui c’est un vilain gris tirant sur le marron des bogues éclatées dans l’eau bouillante. Est-ce pour nous rappeler qu’en dépit de nos efforts, nous allons immanquablement vers une voie de secours qui n’est plus celle de notre belle jeunesse à jamais enfuie ? Allons, allons, ma chère enfant, chasse ces idées noires, bois ton chocolat chaud, en l’occurrence une tisane apaisante que l’on déguste à petites gorgées entre chaque soin. Va de l’avant ! Un pas après l’autre, tu ne manqueras pas la dernière ligne courbe qui t’emmène au paradis des poètes où volent des oiseaux.
C’est alors qu’il se produisit un fait inattendu : un volatile étrange aux couleurs bagarrées transperça la verrière et se mit à tourner dans les thermes endormis en poussant des chansonnettes d’antan.
Il y en avait pour toutes les mémoires, des javas, des valses, des quadrilles. Tous les curistes se mirent à danser. Une petite fille apparut, poussant un cerceau. Les jeunes femmes chargées de la tenue de l’établissement la poursuivirent car il était interdit de circuler dans les thermes avec des chaussures mais la petite fille se moquait de tous ces interdits. Ses ballerines semblaient enchantées tant elles valsaient sur les dalles marbrées.
Elle disparut dans un fracas de soleil. Je m’immisçai dans une bulle bleutée qu’elle avait laissée dans son sillage et partis à l’aventure, à la recherche d’un paradis perdu. La bulle franchit la verrière à la manière d’un capiton de chewing gum, ce qui m’évita toute blessure et nous voguâmes ainsi, poussées par le vent.
Lorsque le ciel perdit sa belle couleur turquoise, la bulle perdit de l’attitude et se posa dans une clairière entourée de chênes et de hêtres. Une porte s’ouvrit pour me déposer, tout étourdie par le voyage sur une pelouse verte émaillée de marguerites et de lys blancs.
J’allai à l’aventure et découvris avec bonheur une jolie chaumière peinte de couleurs vives. J’actionnai un marteau en forme de sirène et n’entendant pas de réponse, poussai délicatement la porte.
La pièce principale était meublée avec goût. Tout respirait la propreté, du plancher au lustre porteur de bougies allumées et parfumées. Un feu de bois jetait une note claire. La crémaillère exhalait des odeurs gourmandes où je reconnus poulet, amandes, olives et dés de jambon de Bayonne ainsi que des poivrons, des tomates et des piments.
Cela me mit en appétit mais je n’osai pas me servir, préférant attendre la maîtresse de maison.
Je m’assis dans un fauteuil profond et somnolai jusqu’à ce qu’une voix fraîche me dise gaiement : « Il est temps de passer à table ! » Le propriétaire de la voix était jeune. Il portait une livrée rouge parsemée de cœurs d’or. Son visage avenant était empreint de douceur. Il me prit le bras et me conduisit jusqu’à la table où un couvert était disposé sur un jeté de pétales de roses.
Il me servit et m’incita à me restaurer sans plus attendre. De son côté, il était assis en vis-à-vis et paraissait rêveur.
Après ce plat roboratif et ensoleillé, une crème légère parfumée aux litchis et aux amandes me fut servie. La boisson était un mélange de plantes odorantes au nombre desquelles j’identifiai la violette, la marjolaine et le romarin. C’était un breuvage éminemment digestif et je me sentis aussi légère qu’un papillon. Heureuse de cet entrain retrouvé, j’ouvris la porte et me promenai dans la clairière baignée par un magnifique clair de lune.
J’avisai un grand chêne et je m’assis sur un tapis de jacinthes, rêvant à des projets poétiques qui s’étiraient en filaments poudrés d’or. Soudain les échos d’une conversation me parvinrent, étrangement décalés dans l’univers féerique qui s’offrait à moi.
« Quel cœur allons-nous transpercer ce soir ? Y a-t-il des arrivées à la chaumière ?
Juste une pauvre dame qui n’a plus qu’un souffle de vie. À quoi bon s’en prendre à elle ? Son sang doit véhiculer bien des impuretés.
D’après Mignon, notre valet, elle a encore un joli visage. Nous pourrions peut-être lui prendre les yeux.
Pourquoi ? nos petits n’en voudraient pas. De plus, notre rang de faucon royal pâtirait d’une offrande minimale. Laissons la vivre ou plutôt aller jusqu’à son terme. Les charognards s’en chargeront ».
Les voix aigües et malfaisantes se turent, me laissant pantelante et apeurée. Je me levai en faisant le moins de bruit possible et marchai à petits pas vers cette maison qui me semblait soudain appartenir aux démons. Où aurais-je pu aller cependant ? N’avais-je pas été victime d’une hallucinante supercherie ?
Quelqu’un cherchait peut-être à me faire peur. Rassérénée, j’ouvris la porte pour y retrouver le valet de cœur, l’âme damnée de ces maudits faucons. Il me parut bien inoffensif et charmant.
Il m’offrit une tisane parfumée aux baies sauvages et me conseilla de passer une bonne nuit après avoir pris un bain soigneusement dosé concernant les bouillonnements et les huiles essentielles. Effectivement ce bain me délaissa et j’oubliai complètement la terrifiante conversation que j’avais entendue, fruit de mon imagination pensais-je en me réconfortant.
« Tout va bien, Madame ? dit une voix fraîche et féminine.
Oui, assurai-je, tout en comprimant à grand peine l’affolement qui s’était emparé de moi ».
Je planais dans une baignoire certes, mais il s’agissait de la baignoire des thermes où je soignais une circulation sanguine poussive. Ce n’était pas la jolie coquille parfumée de la maison des bois où d’exécrables faucons nourrissaient des projets criminels.
J’aurais dû être heureuse de ce retour à la normalité et cependant j’étais déçue.
J’avais pris goût à l’aventure et la tonalité grisâtre des lieux de soins n’avait rien qui puisse fouetter l’imagination.
Où était donc passée la petite fille alerte qui poussait un cerceau, m’entraînant à sa suite dans un dédale romanesque ?
« Tu ne l’as pas reconnue ? Mais c’est toi, à l’âge où tu courais sans relâche dans les prairies de ton enfance ».
Un faucon me contemplait cruellement à l’autre bout de la baignoire. Il tenta même de me picorer un orteil mais heureusement la préposée aux bains entra pour me signaler la fin de l’exercice.
Le faucon s’éclipsa dans un jaillissement de brume et je trouvai la force de me lever, de m’éponger et de revêtir une tenue de bain pour sortir de ces lieux.
Après avoir troqué le peignoir contre ma tenue civile laissée au vestiaire, j’enfilai une robe confortable, croisement entre la chasuble et l’exotique djellaba, brodée d’un oiseau qui aurait pu voler dans la clairière, chassant ces maudits faucons et leurs desseins criminels. Je rentrai chez moi, un simple studio confortable avec balcon fleuri, vaquai à mes occupations habituelles, entre autres l’élaboration de préparations diététiques qui exigeaient une cuisson à la vapeur ou papillotes de poisson, de poulet, le tout aromatisé de fines herbes.
L’après-midi, je décidai d’entreprendre une promenade dans les environs, salutaire complément aux cures thermales disait-on.
Fleurs et papillons chassèrent mes soucis, me projetant dans mon enfance. Mon amour pour la campagne était immense et je croyais naïvement que je serais toujours pleine d’allégresse tant que refleuriraient les bleuets et les coquelicots dont je faisais des bouquets avec mon amie Annie, si jolie, si fraîche et aussi si secrète.
Je cultivais l’exubérance tandis qu’Annie avait toujours une sorte de retenue, dictée par sa méfiance du monde des adultes.
N’avait-elle pas raison ? pensai-je mais je repoussai vigoureusement cette énigme de notre enfance, déterminée à profiter au maximum de ce moment de détente. De fleur en papillon, je finis par arriver dans un lieu qui me parut étrangement familier.
Une maison semblable à celle où j’avais vécu une extraordinaire aventure se profilait au bout d’une allée plantée de saules, identiques à ceux qui abritaient nos jeux d’enfants, ma chère Annie et moi-même toujours inventive, rêvant de créer un parfum en faisant macérer des pétales de roses et des lys blancs aux fragrances paradisiaques. J’activai le heurtoir avec délicatesse et la porte s’ouvrit. C’était tout à fait le même décor et apparemment on s’attendait à ma visite. Pain perdu, gaufres et pains d’épices maison exhalaient des parfums d’enfance, comme autrefois, à mon retour de l’école.
« Marjolaine, mange ma chérie ! Tu as besoin de retrouver des forces ! ».
Il y avait bien longtemps que personne ne m’avait plus appelée par mon prénom. Comme dans le film de Max Ophuls, « Madame De », tout le monde me nommait Madame, eu égard à la reconnaissance de l’âge et non la discrétion voulue pour une belle histoire d’amour.
Je voulus donner un nom à la voix mais elle semblait venue de l’au-delà.
Quant à moi, j’eus du mal à m’asseoir dans le fauteuil recouvert de velours grenat face à un couvert disposé sur un tapis de fleurs.
Je fis honneur à ce fabuleux goûter aux senteurs d’enfance. Une carafe d’eau fraîche au sirop d’orgeat compléta cet immense plaisir d’une immersion dans le paradis de ma jeunesse.
Après cet instant délicieux, j’ouvris une porte qui donnait sur un cabinet de toilette. Tout était déjà prêt pour m’y accueillir. La température de l’eau où flottaient des hibiscus était idéale. Résignée à l’idée de me retrouver à la case thermes de Barbotan, je pris plaisir à me laver avec une éponge douce et odorante. Des serviettes chaudes complétaient le service et sur un valet de nuit, une chemise brodée et un ravissant déshabillé attendaient que j’en fasse usage.
Je m’en revêtis avec délice et poussai la porte qui devait donner, pensai-je, sur une chambre.
Habituée à toute cette féerie, je ne pus m’empêcher de pousser un cri d’admiration tant la chambre qui s’offrait à ma vue était belle.
Des fresques colorées où affleuraient des rivières serpentant au milieu des sampans et des lotus transportaient le visiteur dans un univers chamarré qui incitait à l’aventure. Un lit à baldaquin d’où s’échappaient de longues voiles blancs aériens donnait l’envie de s’y étendre et d’y rêver, ce que je fis. Je ne tardai pas à m’endormir, partant dans un sommeil peuplé de fleurs et d’oiseaux.
À mon réveil, une bonne odeur de miel et de pain grillé me chatouilla les narines. Je fis le parcours en sens inverse, bain parfumé à la lavande et à la rose, vêtements neufs, joliment dessinés et coupés, épousant les lignes de mon corps avec une harmonie surprenante, petite salle que je n’avais pas vue la veille où une table sobrement dressée offrait de multiples douceurs.
Je mangeai à belles dents des tranches de pain d’épices et de belles tartines beurrées, légèrement agrémentées d’une confiture de coings, subtile et alléchante.
Je sortis enfin et fis une longue promenade sans d’autres surprises que les clochettes embaumées du muguet et de la pervenche.
Je me sentais si bien que je croyais être au moins dans le vestibule d’un paradis lointain géré par des oiseaux.
Craignant parfois de croiser les faucons maléfiques, je regardais les alentours avec suspicion mais je ne fis aucune mauvaise rencontre.
Les jours passèrent ainsi, de repas aux saveurs d’enfance en promenades champêtres, évocatrices de mon royaume perdu. La maison était toujours bien tenue, accueillante et synchronisée en ce qui concernait repas, bains et linge repassé, fleurant bon les parfums de toute une flore nuancée et colorée.
Les semaines, les mois défilèrent sans qu’aucun changement saisonnier ne vienne entraver le déroulement magique de ces heures échappant au rythme solaire. Je m’attendais à chaque instant à une métamorphose fleurie. Deviendrais-je bosquet d’églantines, chèvrefeuille ou hortensias ? Allais-je me retrouver en train de rêver et de crayonner au coin tisanerie des thermes de Barbotan où j’étais censée redevenir dynamique ! Je pris les tisanes en horreur, camomille, verveine ou cynorrhodon tant je craignais de renouer avec cet environnement feutré et médical au lieu de ces belles futaies où je m’enfonçais chaque jour davantage. Je crus apercevoir dans de lointains taillis la forme fugitive d’un loup. Pourquoi pas le petit chaperon rouge à présent ? pensai-je malicieusement.
J’avais l’impression d’évoluer dans l’univers fantastique des contes de fées mais à vrai dire, rien ne se déroulait comme prévu.
Pas d’enchantement, pas de présence magique. Certes la maison était régie par des puissances invisibles mais pouvait-on assurer qu’il s’agissait bien de serviteurs fictifs ?
Une personne ou plusieurs s’activaient peut-être en mon absence, préparant bains, repas, gérant la propreté des sols et s’occupant du linge avec l’amour des femmes du Nord.
Rien de magique, une parfaite organisation…. Quant à moi, j’étais ravie de me laisser aller au gré de ma fantaisie, rêvant, écrivant, dessinant, inventant chorégraphies et opéras. Les oiseaux étaient les témoins mélodieux de mes essais scéniques.
Un jour, un danseur magnifique apparut sur la scène de mon opéra à ciel ouvert. Il dansa jusqu’à ce que ses pieds soient meurtris. Il se reposa alors sur l’herbe tendre et appliqua des cataplasmes d’argile et de fleurs sur les blessures bénignes qui cicatrisèrent avec une rapidité fulgurante.
J’allais oser l’aborder mais une bourrasque de vent le déroba à ma vue et je crus sage de rejoindre la maison par peur de l’orage.
À peine étais-je rentrée en effet que le tonnerre, les éclairs puis de monstrueuses pluies et des grêlons illuminèrent la chaumière merveilleuse, la transformant en maison prête à décoller vers des ailleurs plus souriants.
Je restai prostrée dans cet asile de rêve, attendant que les éléments déchaînés se calment.
J’étais à l’affût, guettant l’apparition des mystérieux serviteurs mais ma curiosité ne fut pas récompensée. Il suffisait que je tourne un instant la tête pour qu’un plat mijote fasse son entrée sur la table dressée à mon insu lorsque j’étais dans la pièce voisine. Il en allait de même pour les bains et le linge, toujours impeccable, savamment et artistement brodé.
Il se passa ainsi une semaine pendant laquelle je trouvai une occupation agréable, la lecture d’un ouvrage joliment intitulé À l’Ombre des Cerisiers en Fleurs. Dans ce livre, contes nouvelles et poèmes alternaient, propulsant le lecteur dans un univers à la fois féerique et palpable, si l’on faisait abstraction de la magie inhérente à tout conte de fées qui se respecte. Je reconnaissais situations et personnages auxquels j’avais jadis été confrontée. Envoûtée par cette lecture captivante et les méditations qu’elle suscitait, je m’aperçus du changement radical des conditions atmosphériques alors que le mauvais temps s’était installé depuis quelques jours.
À l’orage et la tempête, souffle azuré et soleil rieur avaient succédé.
Je me hasardai donc dans la clairière et empruntai un sentier forestier où abondaient buissons d’églantines et aubépines odorantes. Au bout du sentier, il y avait un grand chêne à l’ombre duquel je m’abritai.
C’est alors qu’ils fondirent sur moi, les faucons que j’avais tant redoutés. En cercles concentriques, ils menaçaient de me lacérer. Me protégeant les yeux de mes deux mains bien serrées, j’attendais l’assaut final lorsque je sentis une pluie chaude couler sur ma poitrine. J’écartai les doigts pour contempler avec soulagement les cadavres des faucons. Quant au liquide qui barbouillait mes vêtements, il s’agissait de leur sang.
Transie d’horreur, je me levai et partis à la recherche d’une rivière pour me laver et chasser toute cette souillure.
À la vue d’un filet d’eau gazouillant sur les pierres, je fus ravie. Je me débarrassai de ces vêtements empourprés pour les laver dans le courant. Fort opportunément un souffle d’air chaud fit tomber les fleurs d’arbres précoces, ce qui me procura un vêtement, fragile certes mais bien réel.
C’est ainsi vêtue que je vis apparaître mon sauveur. Après avoir suivi le même chemin, il lavait son épée rouge du sang des oiseaux maléfiques. Son regard lumineux contrastait avec le glaive vengeur qui lui avait permis de me délivrer.
Je préparais un sourire de remerciement avec une gestuelle adaptée lorsqu’un bouillonnement imprévu grossit le ruisseau, le transformant en une rivière impétueuse qui m’emporta fougueusement. Je fermai les yeux et ne les rouvris que lorsque mon corps se stabilisa. Une voix amicale prononça ces paroles : « Votre soin est terminé, Madame. Je vous souhaite un bon retour. À l’année prochaine, n’est-ce pas ? » Un peu gênée, je découvris les lieux où j’avais rêvé avec tant de spontanéité, l’enceinte apaisante des thermes de Barbotan !
Heureuse d’avoir retrouvé une sorte d’élasticité, je sortis des thermes et me dirigeai vers le parc afin d’y admirer, pour la dernière fois, les lotus qui paraient une minuscule pièce d’eau.
Je m’assis ensuite sur un banc et regardai avec commisération les personnes qui se promenaient. Parmi ces personnes qui me ressemblaient, je vis un bon nombre de femmes s’appuyant sur une canne et des hommes qui tentaient de masquer leur handicap en affichant une allure qui se voulait martiale.
Une petite voix murmura à mon oreille : « Crois-tu vraiment pouvoir échapper à ton destin ? ».
L’envol du faucon qui s’était perché sur mon épaule m’apparut plein de menace et je l’interprétai comme la manifestation de l‘une des trois Parques.
Mais en attendant qu’Atropos coupe le fil de ma destinée, j’avais encore le temps d’écrire. J’ouvris résolument mon carnet de notes pour y jeter un titre plein de lumière et de beauté : « La Fée des Sources » et je me plongeai dans l’écriture, heureuse de pouvoir encore maîtriser les mots, capter le chant de la nature et le transcrire avec infiniment d’humilité. Qu’ils se cachent derrière les buissons de mes livres, ces faucons, pour peu qu’ils me laissent écrire mon dernier mot, très certainement le plus beau, celui que je cherche depuis toujours !


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Il était une fois une hirondelle

4-10-2011 9:09:33

Par-delà les collines, une hirondelle s’est envolée, ivre de liberté. Elle voulait à tout prix faire mentir le proverbe selon lequel « Une hirondelle ne fait pas le printemps ».
À elle seule, n’était-elle pas le printemps ?
Elle piquait une tête dans le ruisseau des vallées, insouciante et légère. Elle était la dernière de la nichée à avoir franchi la barre des Pyrénées puis la mer mais elle avait compté beaucoup de petits cadavres sur l’écume des vagues.
Elle était la plus chétive mais elle avait survécu et elle avait l’intention de durer car cette vie était exceptionnelle et riche d’enseignement.
Elle choisit l’anfractuosité d’un rocher et s’y constitua un habitat de feuilles et de brindilles glanées au cours de ses promenades. Elle y mena la vie douillette d’une oiselle vouée au ciel et attendit que des compagnes la rejoignent mais il n’en fut rien.
Par contre, des enfants vinrent la voir et lui firent part de ce qu’on leur apprenait à l’école et la petite hirondelle grandit, pleine de savoir et de légendes contées par les grand-mères. L’hirondelle glissait parfois une observation qu’elle avait mémorisée au cours de son long voyage et les enfants, ravis, intégraient ces petits riens qui finirent par s’infiltrer dans la narration.
Leurs parents, admiratifs face à ces variantes, voulurent connaître leur amie mais les enfants, méfiants, refusèrent de les conduire au gîte de l’hirondelle. Chacun pensait aux plats qui portaient le nom d’hirondelle, nid d’hirondelles par exemple, ou de manière extensive le nom générique d’oiseau, brochettes d’oiseaux, œufs de mille ans.
Qui pouvait manger des ortolans, des pâtés de grives, des oiseaux sans têtes, pouvait aussi accommoder une hirondelle, fût-ce pour agrémenter un bouillon.
Les enfants se relayaient pour monter la garde auprès de leur amie.
Consciente de perturber la vie de ces enfants, l’hirondelle décida, un beau matin, de partir.
En pleurs, les enfants lui firent cadeau d’une écharpe bleu ciel brodée d’étoiles. Devenant ainsi un relais entre le ciel et la terre, l’oiseau merveilleux s’envola rapidement en exécutant les arabesques du mot Adieu.
Son voyage fut parfait car depuis ce grand départ une cohorte d’hirondelles savantes s’installe dans la grotte pour la plus grande joie des jeunes adultes qui n’ont pas oublié l’amie légendaire de leur enfance.


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Une Valse

4-10-2011 8:30:19

Il a suffi d’une valse pour que le temps s’arrête. Les lilas ont frémi et le vent de la plaine a emporté mon âme, la dispersant au gré des violons.
Glissant littéralement sur le miroir des souvenirs, je me laisse guider par mon cavalier, ce qui est pour le moins une nouveauté. J’ai longtemps préféré les rythmes africains. Mais à présent j’adhère à cette union sous le sceau de la musique, légère, aérienne comme les bulles du champagne.
Habillée du tulle fabriqué par mes ancêtres et chaussée de ballerines Repetto, je suis prête pour le bal organisé par les tourterelles sur l’airial de nos landes.
Dans le royaume des oiseaux, la valse obéit aux critères harmonieux qui nous guident vers l’amour universel.


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La calèche du Prince Noir

24-09-2011 16:08:34

À la recherche d’une pierre de lune, je suis partie de bon matin, ma canne de marche à la main. Chaussée d’espadrilles du Pays Basque et vêtue d’une robe africaine, ample, bleu turquoise, des oiseaux pourpre brodés sur le cœur, j’ai pris les chemins de randonnée, rêvant de rencontrer des pèlerins.
J’ai croisé des chevreuils qui sortaient d’un champ de maïs, j’ai admiré des arbres à papillons, des albizzias, des lagerstroemias qui constituaient une allée d’honneur pour les belles en mal d’amour mais de pierre de lune, point.
Consolée par toutes ces beautés, j’ai poursuivi ma route jusqu’à une halte gourmande. Des oies de Guinée se gavaient de figues, m’incitant à devenir l’hôtesse d’une ferme auberge où l’on servait les plats traditionnels landais, la garbure, des filets de magrets cuits sur la braise, accompagnés de haricots tarbais fondant sous la langue et naturellement en dessert, la fameuse tourtière dont la pâte étirée en mille feuilles, garnie d’un mélange de beurre en pommade, de liqueur anisée et de lamelles de pommes avait obtenu un croustillant parfait après un passage au four.
Alourdie par ce repas plantureux, je demandai l’autorisation de m’étendre avant de reprendre la route. Une chambre attendait un locataire. C’est avec satisfaction que je la louai afin de m’étendre sur un lit de repos.
Les rideaux tirés, je m’endormis, rêvant que je marchais le long d’un ruisseau.
Un bruit d’essieux brisa le silence. En Bretagne, on parle de la charrette de l’Ankou, le valet de la mort. Selon la légende ce grincement est porteur d’un mauvais présage. De même, la vue d’une lavandière, tordant un drap dans le cours d’un ruisseau est annonciatrice d’une mort assurée.
Souriant à l’évocation de toutes ces légendes collectées dans les campagnes profondes par un savant nommé Anatole Le Braz, je me levai et risquai un œil sur l’allée bordée de rosiers qui menait à la route.
J’aperçus une calèche dont les portes arboraient un blason. Le cocher était drapé dans un manteau sombre, sans doute pour éviter la poussière du chemin pensai-je spontanément. Je laissai quelques pièces d’or pour récompenser mon hôtesse de ces moments charmants et me dirigeai résolument vers la calèche qui, je m’en doutais pas une minute car la modestie n’était pas mon fort, m’était destinée.
Au fur et à mesure que j’avançais, la calèche déployait tous ses attraits. Elle était vernie et l’or du blason où se lovait un dragon n’avait rien à envier aux armoiries du roi Richard Cœur de Lion par l’éclatant semis de la fortune symbolisée par une créature arrachée aux forces telluriques de notre monde. Quant à la devise, elle était pour le moins étrange : « Ne suis ni roi, ni duc, je suis le Prince Noir ». Certes, j’avais entendu dire que le Prince Noir avait ravagé l’Aquitaine, revendiquant par les armes l’héritage d’Aliénor d’Aquitaine mais je reléguais cette histoire dans le chapitre des légendes où je baignais depuis mon enfance. Je grimpai hardiment sur le marchepied et m’installai avec bonheur sur les coussins qui agrémentaient le réceptacle de la calèche. Je souris au cocher qui fouetta les chevaux et c’est ainsi que je partis pour une terre inconnue qui s’apparentait aux landes sauvages où vivait l’Ankou.
J’eus beau promettre des louis d’or, l’hologramme du Prince Noir ne fit qu’en rire. Il me déposa sans ménagement dans un terroir brumeux, à mille lieues de l’environnement fleuri qui était le mien. C’est alors que je la vis, la pierre de lune que j’avais tant cherchée !
Je la serrai contre moi comme un trésor et ô miracle ! je me retrouvai dans mon jardin, modeste et parfumé par les roses dédiées aux poètes !


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Bribes

24-09-2011 16:06:45

Je me suis enfoncée dans une forêt pour y chercher mes origines.
De charme en hêtre, de houx en chêne, de buissons d’églantiers en tapis de bruyère, j’ai progressé, l’œil en émoi, cherchant la biche des bois.
Mais le choc fut rude lorsque je me retrouvai sur l’asphalte des villes. Pour oublier cet environnement ingrat, j’ai porté des gants en dentelle et me suis promenée le long des canaux tristes avec pour seule ligne de fuite le ballet de péniches disparates, tantôt pimpantes, tantôt proches de la grisaille du ciel couvert.
J’ai recherché l’amour mais il a fui ou plutôt il ne s’est manifesté que sous sa forme la plus rebutante. Alors j’ai pris un petit carnet pour y noter mes pensées vagabondes et pour y faire sécher boutons d’or et pensées.
C’est avec bonheur que j’ai accueilli la solitude, ma plus fidèle amie et j’ai attendu le moment où mes rêves s’incarneraient enfin. Cette joie m’a été donnée si tardivement que je ne pouvais plus marcher pour la savourer. Mais il me restait encore l’essentiel, l’infaillible jeunesse de mon cœur et l’art de tresser les mots pour en faire des couronnes.


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Le chant des poètes

7-08-2011 15:43:40

Les fleurs de mon âme se sont envolées jusqu’aux cieux et se sont gelées en calices cristallins de toutes les couleurs : le bleu des Touaregs, le blanc, incarnat, éclat de lune ou ivoire de ceux que le soleil a oubliés et la couleur de ceux qui sont improprement nommés « noirs » tant la palette mordorée de leur teint est nuancée.
Pivoines, tulipes et roses dont la fameuse rose noire de mes contes forment un tourbillon évanescent, à l’image de la force onirique qui s’empare du monde lorsque le rêve, l’idéal et l’humanisme sont battus en brèche par les thèses mauvaises qui justifient guerre, famine, crime racial et tous les maux de la terre qui pullulent avec la vitalité des mauvaises herbes, l’ivraie, que l’on peut difficilement arracher.
Il ne nous reste que le cri de notre cœur, les prières des croyants et la vigilance des poètes, debout, sur les collines, prêts à affronter les vents mauvais qui soufflent parfois sur les plaines en feu.


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Lecture exhaustive d’un manuscrit de Thierry Manirambona

28-07-2011 13:39:45

« Je suis un nénuphar planté sur le hasard »

Ce vers miraculeux, j’aurais aimé l’écrire. Il ouvre un univers où l’eau, la terre et le ciel se confondent, témoin terrestre de l’ancrage des poètes debout face aux vents parfois mauvais qui cernent les hommes, si fragiles, avec leurs hésitations, leurs doutes et leur coupable faculté à devenir Caïn « comme un vagabond sans lendemain ».
Les événements qui ont déferlé sur le Rwanda, Thierry Manirambona les qualifie magnifiquement de « saison dont j’ignore le patois ».
Certes quand on pratique avec tant de maestria la langue des poètes, celle de Ronsard dont on oublie parfois qu’il a vécu dans une époque livrée aux guerres, quand on a le talent de Thierry Manirambona, qu’il est difficile d’évoquer en termes choisis mais si explicites un bouleversement qui restera dans l’histoire universelle !
Ensuite il faut renouer avec les fils du passé, être le tisserand comme il le dit si bien
« Si tu veux bien m’ouvrir ton cœur
Je vais chanter les chants d’avril
Tu sais que je suis trop habile
Que je suis tisserand de pleurs »
Comme elle doit être vide l’âme de ces guerriers bardés de décorations, revenus de l’enfer.
Souhaitons-leur, avec le poète de voir « la lueur d’une étoile du matin ».
De ce voyage où les absents sont constamment mentionnés pour qu’on n’oublie pas leur sacrifice, on revient enrichi, pensif et plus que jamais hostile à la guerre, quel qu’en soit le motif « Retrouvailles », dédié « à tous mes voisins qui ont souffert » est l’une de ces œuvres que l’on ne peut pas oublier.


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Un dernier livre !

25-07-2011 14:04:19

J’ai mis le point final au manuscrit de « La Vallée des Songes ». Il faudra un certain temps selon la formule de Fernand Reynaud pour qu’il puisse vous parvenir sous sa forme achevée de livre.
Grâce à la présence chevaleresque d’un personnage nommé Soleil d’Or, j’en termine avec l’aventure commencée avec L’Étoile des Chevaliers que l’on pourrait sous-titrer L’enfance d’une Reine (cf. La Reine Diamant). Cependant, je n’ai pas résisté au plaisir d’écrire des contes, en préliminaire, les présentant comme l’œuvre de Flamboyant, réalisée pour l’éducation de son fils chéri nommé Petit Jour.
Quel rapport y a-t-il entre Petit Jour et Soleil d’Or ? Vous le découvrirez en lisant, avec passion je l’espère, « La Vallée des Songes ».


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Culture et tradition

16-07-2011 15:27:34

Apprécions, comme il se doit, le courage et l’abnégation de soldats, dernier rempart de la République mais de grâce, n’en faisons pas de super héros.
L’armée obéit à un gouvernement qui peut parfois se tromper. Il suffit de relire l’histoire de France pour s’en convaincre.
Pour ma part, éprise de poésie et de romanesque, je me réfère à deux chefs d’œuvre, La Chartreuse de Parme de Stendhal côté livre et les Grandes Manœuvres côté film. J’entends le bruit des sabots martelant le cœur de belles qui s’étaient cru aimées, je revois le magnifique Gérard Philipe dans ce film, incarnant un bel homme volage pour qui une femme n’était qu’un bastion à renverser, un avant-goût de la guerre en somme, ou un repos de guerrier … C’est une version édulcorée de ce qui peut arriver dans les véritables guerres, viols et carnages qu’on préfère ne pas montrer. On s’en tient aux amours brisées afin de ne pas ternir la belle image de ces fiers cavaliers, sabre au clair, que nous voyons encore dans les défilés du 14 juillet.
Je me contenterai d’une seule question : Pourquoi faut-il donner des armes à ces grands enfants qui risquent ensuite, hélas ! de s’en servir ?


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À Marie

16-07-2011 15:20:48

À Marie

Si elle était une fleur, ce serait un camélia, généreux et flamboyant au cœur ourlé d’amour.
Si elle était un bijou, ce serait un collier d’étoiles d’argent, une broche de rubis, des pendants d’oreille d’or blanc et de diamants, un bracelet de roses en quartz.
Si elle était un oiseau, ce serait une tourterelle au plumage chatoyant.
Si elle était un tableau, ce serait Le Printemps de Botticelli.
Si elle était un poème, ce serait un sonnet de Ronsard « et vous, belle Marie, Pour qui je fus trois ans en servage à Bourgueil » et gageons que pour toi, Jean-Noël acceptera avec joie d’être en servage toute sa vie.
Si elle était un animal, ce serait assurément un chat, « marqueté, longue queue » en forme de panache, le cœur incrusté dans la mâchoire.
Si elle était une chanson, ce serait toutes les romances.
Si elle était un blason, ce serait celui d’une reine.
Si c’était un élément de sa personne, ce serait un rire cascadant sur la morosité des jours.
Si c’était une perle rare, ce serait la jeune fille dont nous avions toujours rêvé, si belle et si sincère que nous l’aurions imaginée, sortant d’un livre de contes pour faire rayonner la féerie de son âme.
À la Jalousie, chère Marie Da Silva dont j’ai fait le portrait chinois avec beaucoup de bonheur et de sincérité, tu seras toujours chez Toi.


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Ti Blanc

13-07-2011 17:16:04

Il est entré dans nos vies, il y a sept ans (chiffre féerique !), Ti Blanc alias Thomas Voeckler en gagnant une étape du Tour de France en échappé solitaire, ce qui lui valut le maillot jaune au temps où Lance Armstrong régnait en maître sur le tour. On découvrit ce gavroche de la bicyclette avec une admiration sans borne pour sa modestie, son courage et son intelligence.
Aux Antilles où il vécut dans sa prime jeunesse, on l’aima spontanément, son surnom affectueux en créole en témoigne. Le premier soir, il enchanta les téléspectateurs en adressant un long message dans la langue créole aux Antillais qui l’avaient soutenu.
Aujourd’hui, on a plus ou moins oublié ce surnom mais ce grand petit homme au visage de gamin nous donne encore envie de croire à ce beau sport si sévèrement éclaboussé.
Alors, vas-y Thomas ! gagne encore de belles victoires car toi, assurément, tu le mérites !


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Le pêcheur d'étoiles

12-07-2011 15:32:33

Calé dans sa barque en écorce de bouleau, un pêcheur voguait sur un lac profond. Croyant apercevoir un banc de poissons dans un scintillement argenté, il lança ses filets. Surprise ! point de poissons mais des colliers d’étoiles qui jetaient des lueurs incandescentes. Il porta cette précieuse collecte au palais de la reine et attendit si longtemps avant d’être introduit auprès de la souveraine que les étoiles moururent et s’éteignirent pour ne devenir que de vulgaires cailloux. Alors que les gardes s’apprêtaient à le décapiter pour avoir déshonoré la reine, la petite princesse âgée de quatre ans, dont le sourire était un vrai soleil, s’empara du bijou dédaigné, le planta dans ses cheveux bouclés, s’en orna le cou et les poignets et ô miracle ! les étoiles jetèrent à nouveau leur éclat de comète. Le pêcheur fut élevé au grade de majordome et on lui confia la princesse Fleur d’Étoile, ainsi fut-elle rebaptisée, pour lui apprendre les secrets du lac du royaume.
Un jour, en se mirant dans les eaux profondes, Fleur d’Étoile aperçut le reflet d’un petit garçon dont la peau mordorée captait mille et un soleils.
« Je suis l’âme du lac Tanganiyka » dit l’enfant et je t’attendais depuis des millénaires.
Fleur d’Étoile lança dans les eaux bleues le diadème d’étoiles qui ornait sa chevelure blonde et attendit le retour du prince qui lui était promis.
La reine prépara trousseau de mariée et cérémonies de mariage mais les deux enfants choisirent de vivre au cœur des lacs et de rester toujours unis pour participer à l’équilibre des deux mondes, l’un couleur blonde, l’autre couleur de sienne traversée de rayons lumineux.


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À Thierry Manirambona

10-07-2011 15:18:45

Dans ma quête poétique, je ne suis plus seule. Thierry Manirambona, auteur de Sapin d'Avril chez Publibook, met ses pas dans les miens, à moins que ce ne soit l'inverse.

Nous voguons dans les mêmes sphères, attirés, comme les libellules, par le soleil.

Si vous suivez l'article liens de mon site, vous pourrez constater que nous marchons à l'unisson. Seul change le décor.

Nous écrivons à quatre mains, l'un se trouve près du lac Tanganyika, l'autre erre dans la mémoire vive d'une voyageuse dont le principal plaisir consistait à suivre le chemin de halage d'un canal, admirant les péniches et partant en rêve sur ces eaux dormantes chères à Baudelaire.


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Supplique

27-05-2011 16:39:47

Il flottait un parfum de roses et de glaces, de guimauve et d'enfance, de chocolats fondants au cœur de nénuphars en pâte d'amandes. Une pluie de pralines et de dragées, de bonbons acidulés et de caramels mous s'échappait d'un nuage ourlé d'un feston de litchis. Mais un nuage noir qui n'était pas prévu pour les festivités répandit sur la fête foraine des éclairs violents qui semèrent l'épouvante. Dès qu'ils touchaient le sol, ils se transformaient en guerriers qui n'avaient aucune pitié. Plus sanguinaires encore que les soldats qui perpétrèrent, sur commande, le massacre des Saints Innocents, ces soudards mutilaient les enfants, prenant plaisir à écouter leurs plaintes avant de les achever. Quel était leur tort ? Celui de ne pas être du bon côté des hommes au pouvoir, incapables de concevoir un projet universel dans le respect des droits de tous à vivre en paix.


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De Ronsard à Colette

13-05-2011 13:51:58

En relisant les poèmes de Ronsard, j’ai trouvé une perle rare intitulée tout simplement LA SALADE
« Lave ta main, qu’elle soit belle et nette,
Réveille toi, apporte une serviette ;
Une salade amassons et faisons
Part à nos ans des fruits de la saison. »
Bien mieux que Jean-Pierre Coffe, Ronsard offre en une centaine de vers les conseils avisés d’un écologiste du XVIème siècle : aller dans les champs chercher « la boursette touffue, la pâquerette à la feuille menue, la pimprenelle heureuse pour le sang, la responsette à la racine douce …. »
Magnifiant la qualité du produit et sa cueillette au sein d’une nature généreuse liée à l’amour, Ronsard, se référant à Ovide et à Virgile, nous conduit en musardant trois siècles plus tard à Colette qui découvre, enfant, l’inouïe profusion des cadeaux de l’Aube.
On déguste à chaque ligne la vie de l’écrivain intimement liée à toutes les saveurs, on rêve à sa propre enfance.
Un jeune prolétaire déplorait de ne pouvoir entrer dans l’univers de Marcel Proust, pensant qu’il fallait obligatoirement boire du thé pour comprendre la métamorphose de la madeleine … jusqu’au jour où il associa un petit beurre à une tasse de chocolat. Il lui suffisait alors de transposer un univers bourgeois dans le sien, empreint de coutumes ouvrières.
Colette Gourmande foisonne de détails culinaires et magnifie le travail quotidien de la femme au foyer. Parlant de sa mère Sido qu’elle adulait, elle la décrit ainsi : « Ses bras emmanchés de toile blanche disaient qu’elle venait de pétrir la pâte à galette, ou le pudding saucé d’un brûlant velours de rhum et de confiture ».
Au fil des pages, on s’aperçoit que la gourmandise, l’art de la table, l’histoire d’un produit relèvent pour Colette de la poésie la plus pure.
On suit l’auteur pas à pas, engrangeant des parfums et des phrases cristallines.
Les recettes favorites de Colette sont présentées en bouquet final.
Si je devais n’en choisir qu’une, ce serait La boule de poulet qui semble si aérienne.
La tourte de pain bis accompagnée de photos somptueuses nous laisse rêveur.
Il y a au moins pour un an de bonheur dans ce livre qu’on déguste comme un grand vin, à petites doses.
Les illustrations relèvent de l’art pictural.
Personnellement j’ai un faible pour la photographie où l’on voit Colette tenir deux chats contre elle (page 139). L’alignement de leurs yeux est saisissant. Nous nous sentons regardés.
La grande prêtresse du verbe nous incite à relire son œuvre. C’est bien ce que j’ai l’intention de faire.


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Les Dieux sont morts !

11-05-2011 21:04:06

On ne verra plus sa silhouette émouvante hanter les bouquinistes et les librairies, ou alors ce sera en rêve.
Lorsqu’il parlait, il incarnait la France, toute la France, et non la frange écumeuse et mondaine de groupuscules en mal d’héritages.
On lui a donné des surnoms qui se voulaient distingués mais qui traduisaient la haine de ceux qui en veulent plus, Florentin, Machiavel … On l’a assimilé à Néron ou à Sardanapale. Mais en réalité nul n’est parvenu à déraciner cet homme qui aimait les arbres et les roses mais plus encore les hommes et les femmes de la Terre de France qu’il avait contribué à libérer.
Aujourd’hui, nul ne songe à l’imiter. Nous avons de grands argentiers, d’excellents justiciers, de bons chercheurs es bien être social, toutes les facettes de celui qui est entré dans l’histoire mais nous aimerions tellement qu’un représentant de notre pays flâne dans les rues de Paris ou de Province sans le déploiement démesuré de forces de l’ordre et salue au passage les dames qu’il croise en soulevant son chapeau comme dans l’œuvre de Marcel Proust.
Actuellement nous vivons le mauvais scénario d’un film issu tout droit d’un roman de Frédéric Dard avec des répliques qu’Audiard lui-même désavouerait pour leur vulgarité.
Oui nous vivons la fin d’une époque et je crois entendre la phrase ultime entendue par un romain, selon les Martyrs de Chateaubriand, lorsque les colonnes et les statues qui étaient l’orgueil de l’empire s’effondraient dans un tumulte insoutenable : « Les Dieux sont morts ! ».


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À ma chère tante Marie, pour ses 102 printemps

10-05-2011 15:04:17

Non, Tante Marie, comme tu l’as certainement chanté avec tes camarades de travail « La vie n’est pas toujours rose ».
Néanmoins, j’ai toujours vu dans ton œil brun une note espiègle et j’ai aimé, toute petite, entendre ton rire. Tu m’apparaissais comme une fée, loin des normes légendaires mais dotée de pouvoirs.
De tes doigts agiles tu composais un bouquet, cuisais des confitures de reines-claudes qui avaient la transparence idéale, coiffais les longs cheveux gris de grand-mère, ce qui la transformait en pimpante dame aux yeux myosotis et aux belles joues en pomme d’api. Elle me chantait Dame Tartine et racontait mille petits riens qui devenaient une magnifique histoire et toi, chère tante, tu rayonnais de tout ce bonheur.
Je te revois surtout au jour, à la fenêtre, disparaissant sous des monceaux de tulle dont tu refaisais les motifs accrochés par le métier. Toute la famille a œuvré pour la dentelle de Caudry et toi, chère Tante Marie, tu as contribué par ton efficacité et ta modestie à lui donner ses lettres de noblesse.
Tu as bien mérité ces jours paisibles et ces printemps que tu portes toujours allègrement avec le rire de fée qui te caractérise si bien.


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Mai, le joli Mai

10-05-2011 14:57:06

« C’est le Mai, c’est le Mai, c’est le joli mois de Mai… ». Cette ritournelle chante dans ma tête. Bien d’autres encore s’emparent de moi tandis que les symboles commencent leur ronde.
« C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau… ». Évidemment le mois de Mai est synonyme d’hommages rendus à la Vierge Marie. Enfant, j’ai voulu participer aux processions. Je rêvais de jeter des pétales de roses à partir d’un petit panier, sur une route champêtre, avec de multiples haltes votives. Péché d’orgueil : j’étais grande et forte. Au lieu de cet attirail poétique, on me confia une pancarte à la gloire de Dieu.
Le mois de Mai est aussi celui des travailleurs et des révolutions. Je me suis longtemps trouvé une forte attirance pour cet aspect du monde mais sommée de choisir entre l’une ou l’autre vision idéologique, je me suis échappée sur le sentier étroit de la poésie.
Il n’est pas étonnant qu’un 11 Mai, un petit bébé ouvre de grands yeux étonnés sur son environnement immédiat et familier. Qui, mieux que Thierry Manirambona peut chanter la femme sous tous ses aspects, tour à tour belle et repoussante, pure et abjecte mais toujours humaine, auréolée d’un nimbe quasi divin, à l’image du monde ? Cet enfant ne savait pas encore qu’il serait prince en poésie et que sa voix s’élèverait par delà le pays aux mille lacs, accrochant la planète francophone au rythme du Tam-tam.
Bon Anniversaire, Thierry !


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Hommage à Patrick ROY

7-05-2011 17:35:12

Flamboyant dans sa fameuse veste rouge, parfois vêtu de jaune, sans doute pour évoquer le printemps des peuples, le député Patrick Roy faisait entendre sa voix de tonnerre, toujours prêt à incarner les gagne-petit afin de repousser la misère dans les terres incultes, désireux d’y voir fleurir des roses métalliques.
Sa souplesse de félin et son sourire malicieux d’homme du Nord, habitué à lutter contre les vents mauvais le rendaient aussi rare que l’oued dans les zones désertiques.
Dans l’hémicycle, il ne passait pas inaperçu et tâchait de rendre au centuple la confiance de ses élus.
Aujourd’hui, nous voilà tous orphelins. Pleurons et inclinons-nous devant la force inouïe de cet homme qui regarda la mort en face et osa la défier.
Je n’oublierai jamais son sourire d’enfant et sa volonté de briser les injustices, ployant comme le roseau avec le port altier du chêne.
Que des jonchées de roses lui rendent la terre légère !


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Le danseur de claquettes

2-05-2011 9:14:51

Il est passé comme un rêve, le danseur de claquettes, il a dansé toute la nuit puis il s’est laissé enfermer dans un manteau pour devenir cavalier. Il a chevauché longtemps dans les grandes plaines puis il s’est reposé dans une cabane au bord des roseaux. Il a apprivoisé des oiseaux jusqu’à jongler avec les moins farouches. Il a guetté les beautés champêtres et s’est endormi, chaque soir, auprès d’une nouvelle amie, conquise par les serments d’amour qu’il prodiguait sans retenue, sûr de ne jamais tenir les « pour toujours » murmurés avec une tendresse feinte.
Puis un jour, il a senti une douleur vive lui vriller le corps. Il s’est mis debout en grimaçant, il a peiné pour aller boire l’eau des sources et il a compris alors qu’il ne pourrait plus danser. Poignardé en plein cœur par cette révélation, il a voulu se rendre dans un ermitage mais tout au long chemin, il a croisé l’ombre des belles qu’il avait rejetées et qui étaient mortes de désespoir. Il a imploré leur pardon, en vain. Alors il est descendu de cheval et a poursuivi sa route vaille que vaille. Il était le danseur de claquettes n’est-ce pas il devait bien lui rester quelque ressort. Mais sur le chemin du néant, il lui fallait autre chose que quelques pas de danse.
Tout au bout de la route bordée de noisetiers et de buissons d’églantines, il y avait une dame vêtue de bleu, d’une beauté céleste.
« Danse pour moi ! » lui dit cette reine avec une infinie bonté. Le danseur esquissa quelques pas puis incrédule, il dansa longuement, retrouvant ses jambes de vingt ans.
Lorsqu’il voulut remercier cette souveraine, il ne restait d’elle qu’un bouquet de lys.
Une petite paysanne apparut au loin. « Reste auprès de moi et je t’aimerai toujours » lui dit avec amour le danseur menteur mais cette fois, il le savait, il veillerait à respecter sa parole et à l’aimer.


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God save the queen !

1-05-2011 15:57:29

Le mariage du prince William et de sa bien aimée Kate a suscité l’enthousiasme des foules. Les images de leur bonheur ont inondé les chaînes télévisées, suscitant des commentaires enthousiastes sur les plateaux.
Je regardais ce spectacle avec un certain détachement, jusqu’à l’arrivée de la mariée. Rayonnante, au bras de son père, elle est apparue dans une robe qui a laissé les commentateurs sans voix, y compris notre célèbre Karl Lagerfeld.
J’ai murmuré, dubitative : « Ce doit être du tulle ». Par la suite, j’apprendrai que je ne m’étais pas trompée et que la robe avait été coupée dans une pièce de tulle qui provenait de Caudry, petite ville du Nord où mon père a vu le jour.
En un éclair, j’ai revu ma tante Marie, assise près de la fenêtre, refaisant les broderies qui avaient eu un accroc sur les métiers.
On appelait les ouvriers tullistes « les noirauds » car le travail sur les métiers jacquard nécessitait un passage au plomb.
Les ouvriers de Caudry ont exécuté la commande sans connaître la destination de leur ouvrage.
J’imagine qu’ils ont dû être très fiers, y compris ceux qui venaient d’être licenciés pour d’obscures raisons que l’on nomme « lois du marché ».
En ce 1er Mai, je songe à tous ces travailleurs de l’ombre qui ont contribué, par leurs mains, noires ou pas, à faire de la France un pays riche.
Je salue tout particulièrement les Caudraisiens, toujours courageux dans l’épreuve, forgés à l’amour du travail.
Oui, elle était très belle, la princesse, et vous y étiez, un peu, pour quelque chose !
Quant à la reine Élisabeth II, elle était, comme toujours, magnifique dans une toilette « Daffodil ».
Vive le printemps et que Dieu garde la Reine !


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Berceuse

24-04-2011 9:29:27

Vêtues de longues robes couleur pastel, rose et pourpre filé or, trois fées devisaient dans un patio en buvant du thé au jasmin. Soudain, le ciel s’obscurcit et un griffon gigantesque fit pleuvoir des oranges en guise d’introduction puis ouvrit la route à une cigogne qui portait un panier où gazouillait un bel enfant. Les fées se penchèrent sur ce berceau venu des airs et offrirent au petit prince le don de charmer, celui de s’instruire et enfin celui de connaître une vie pleine de rebonds. « Qu’il en soit ainsi, belles marraines » dit l’enfant en bondissant hors de sa douillette protection. Il grandit tant et tant qu’il toucha presque les encadrements du patio.
Une tunique blanche et une ceinture d’argent couvraient son corps d’éphèbe. Chaussé de belles sandales cloutées de vermeil, il fit le tour du patio et du palais en quelques enjambées.
Un destrier noir l’attendait à l’écurie. Il l’enfourcha après s’être botté et disparut, laissant les fées dubitatives et rêveuses. La fée pastel dit en un murmure : « Il me semble que les destinées nous échappent ! ». La fée rose notifia qu’elles n’étaient pas les Trois Parques et la fée pourpre filé or fut d’avis qu’il ne fallait pas attacher d’importance à ce petit événement.
Cependant le prince qui n’était autre que le fils d’un orage et d’une cascade passa sur le monde comme une tempête et fort des trois souhaits des fées, dévasta et ravagea les plus belles villes, épargnant celles qui contenaient librairies et bibliothèques ou villages qui tenaient compte de la parole et de la sagesse de centenaires.
Le palais des trois fées fut naturellement épargné et l’on raconte que les soirs de tempête, un beau prince rend visite à ses marraines. Il leur apporte des cadeaux d’Orient et leur conte des histoires venues de la belle Afrique, continent qui érige une stèle vivante à la mémoire humaine, pleine de tumulte et de mots caressants. Il flotte alors dans le palais un parfum de cannelle et de vanille et les hibiscus éclatent de fleurs, faisant cascader rubis et topazes.
Quant au prince, il rêve d’épouser une promise qui l’attend par-delà l’océan. Elle porte un pagne et des colliers de coquillages. Elle danse au rythme des vagues et lui donne le désir de vivre au bord des lagons.
« Qu’il en soit ainsi ! » dit le griffon, de retour d’un monde fantastique.
C’est alors que les tempêtes et les catastrophes naturelles liées aux débordements de l’eau disparurent à tout jamais de la terre.
Les hommes vécurent en paix et les trois fées continuèrent à deviser sur les murmures du monde en buvant, à petites gorgées, le thé au jasmin et en grignotant de délicieux biscuits parfumés à la fleur d’oranger.
Les colombes volent dans le patio et se posent sur le feuillage des citronniers tandis que l’eau de la fontaine reproduit le chant des oiseaux.


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Le Pharaon

20-04-2011 10:33:16

Seul dans sa sépulture inviolée, le pharaon veille. Les bruits sourds d’une lutte lui parviennent. Les Hittites seraient-ils de retour ?
Il croyait pourtant les avoir réduits en poussière. Mais le scarabée qui lui rend parfois visite lui affirme qu’il s’agit de révoltes populaires.
« N’a-t-on pas mis du blé en réserve ? s’étonne le pharaon. Hélas, non répond le scarabée.
De plus, le Nil n’apporte plus autant de richesses qu’autrefois. Un pharaon des temps modernes a freiné son cours en installant un gigantesque barrage, inondant une partie de la Vallée des Rois. Comment est-ce possible ? soupire le pharaon. Le Nil est un cadeau des dieux et il doit apporter sédiments fertiles et nourriture ». Pensif, le pharaon s’interroge. Doit-il rejoindre le soleil dans son char doré ou se faufiler dans les ruelles populaires d’une ville égyptienne pour prendre la mesure de la gravité de la situation ?
Mais son joueur de flûte qui veille à ses pieds le persuade d’attendre quelques années pour enfin revenir dans son royaume enchanté, aujourd’hui gagné par la folie des hommes.


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La valse des hussards

19-04-2011 8:44:13

Charmeurs et bottés, les hussards s’inclinent avec grâce devant leurs cavalières, empourprées et timides pour les entraîner ensuite dans une valse folle qui les mène au bord de l’évanouissement puis ils tournent les talons et fument des cigares en songeant avec délices au plaisir qui les attend, l’unique plaisir qui déclenche un frisson dans leur échine souple, la guerre !


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le voyageur des âmes

18-04-2011 9:35:06

Il est parti, le voyageur des âmes. Il a pris le ferry puis une modeste barque qui glisse entre les roseaux humides. Protégé par un chapeau de paille ourlé de groseilles picorées par les oiseaux, il rêve du temps où il était un jeune homme passionné.
Sa belle d’amour lovée sur sa poitrine levait vers lui des yeux pleins de soleil et d’espoir mais il avait laissé fuir cet amour pour enfourcher un cheval de conquête. Il avait tant voyagé qu’il avait emporté sur ses épaules toutes les âmes des vies brisées. C’est ainsi qu’il était devenu le voyageur des âmes et que son corps entier recelait les secrets des terres saccagées et incendiées.
Lourd de cette misère et léger de sa propre fêlure, il souhaitait que ce voyage en barque ne finisse jamais mais la fin arriva plus vite que prévu. Dans une énorme fleur d’eau, l’esquif se fracassa et le voyageur des âmes rejoignit sa belle qui ne l’avait jamais quitté.
Elle resplendissait au fond de son cœur. Pulvérisant les âmes brisées, elle fit jaillir du lit de la rivière un dôme de verre où elle enferma son amant.


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Les amants

17-04-2011 9:22:51

Cœur contre cœur, peau contre peau, les amants courtisent la géographie intime de l’être aimé, ici un sourire en forme de vallée, là un frisson qui court à la manière des sources, furtives et souterraines, dessinant et sculptant des pitons de rosée et d’amour.
Ils rêvent enlacés, épuisés par leurs folles caresses et captent les soleils qui se mirent dans leurs yeux. Leurs paupières tremblent, ébranlées par les assauts fougueux de cavales insoumises et d’étalons guerriers.
Au réveil, il ne leur reste qu’une immense tendresse aux couleurs de l’être aimé.


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Les roses de Damas

17-04-2011 9:11:30

Les roses de Damas tournoient comme autant de mirages sur une route poudreuse où jadis Paul tomba de cheval, foudroyé et aveuglé.
Les parfums du jasmin se répandent dans une terre foulée hier par des conquérants. Le muguet, plus modeste, s’apprête à fleurir dans la vieille Europe, propageant l’espoir de la liberté et la fin de l’asservissement généralisé.
Moi, je cueille l’églantine, sans craindre de me piquer et je vais par les chemins, rêvant des horizons lointains où marchés, senteurs, fleuves fulgurants nous renvoient à la modeste beauté de nos jardins intérieurs d’où s’échappent les colombes.


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Le bel aujourd'hui

16-04-2011 8:20:04

Un perroquet sur l’épaule, du jasmin dans les cheveux et un œillet à la bouche, le jeune homme Printemps surgit du tulipier où il s’était caché et danse dans les prés, cueillant des bouquets d’iris et de jonquilles pour les offrir à la source qui raconte des histoires en babillant.
Il était une fois une fée qui attendait la venue de son prince. Elle l’imaginait beau et altier. Il vint un jour, cuirassé de métal, protégé par un scaphandre. « Je suis venu vous chercher, mon aimée » dit le prince. J’ai une tenue à votre taille pour éviter les pustules qui ne manqueront pas de vous envahir car la planète se dégrade de jour en jour ».
Mais la fée refusa de quitter son environnement. Et bien lui en prit car le jeune homme Printemps la rejoignit et l’aima.
Dans la bulle de leur amour, ils vécurent éternellement l’éphémère beauté des fleurs et des papillons.


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La Vallée des Songes

14-04-2011 16:56:57

La Vallée des Songes

Alors que je rêvais dans ma chaumière (sic), un nom s’est imposé à moi : Soleil d’Or !
Oui, je sais qu’il s’agit d’un pléonasme et que, par ailleurs, il s’oppose à « Soleil noir » du Déshérité de Gérard de Nerval mais c’est ainsi : lorsqu’un nom s’impose pour être la figure centrale d’un livre intitulé La Vallée des Songes, on ne peut pas le repousser. Il faut construire autour de ce nom et de ses imbrications métaphoriques. Certains esprits chagrins ne pourront se dispenser d’un soupir : encore un livre de chevalerie s’inscrivant dans le merveilleux !
« Est-ce vraiment d’actualité ? » me disait une amie. J’ose affirmer « oui ».
Si l’on regarde les images du monde, on assiste, impuissant, à de tristes spectacles.
Des cadavres filmés de par le monde et ceux que l’on ne voit pas appellent à une réflexion sur la guerre.
Comme il est difficile de prendre partie de manière objective, il est bon d’exprimer un ressenti par un biais indiscutable, le destin d’un héros poussé à la guerre, contre son gré, sous prétexte qu’elle est juste.
J’espère ainsi apporter ma petite contribution à l’esprit de révolte qui commence à souffler sur le monde. Derrière de jolis mots « Révolution du jasmin », « Place de la Perle », il y a des morts, beaucoup de morts.
Alors oui, je lance mon chevalier Soleil d’Or dans un monde fantastique qui ne ressemble au nôtre que sur un point : la présence de la guerre et de ses corollaires, la cruauté, l’injustice et la mort des humbles.


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La Reine de la Nuit

5-04-2011 8:21:54

L'Afrique aux mille parfums et aux mille couleurs valse pieds nus sur les sables du temps. Drapée dans son boubou de fête bleu aux parements blancs, la déesse du continent regarde droit devant, comme la figure de proue d'un navire qui fend les flots vers son destin.
Je te regarde et je t'admire, tu es ma sœur jumelle et il me suffit de fermer les yeux pour que déferlent en moi le kaléidoscope des jours de fête et le fier souvenir de milliers de soleils.


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La danse d'Esméralda

29-09-2010 14:48:14

Dans nos cœurs, Esméralda danse au rythme des Nuages de Django Reinhardt. Elle a quitté le parvis de Notre Dame où l’a installée Victor Hugo pour errer dans notre imaginaire et vivre en nous.
Quoi que j’écrive, je le dédie à cette beauté qui ne demande qu’à aimer.
Pourquoi faut-il que des êtres pétris de méchanceté souhaitent sa mort ?
Dans mon livre Contes des royaumes oubliés, la nouvelle liminaire intitulée l’accordéoneu a pour héros un être doublement méprisé. C’est l’enfant d’une marginale, installée dans un pré, vivant dans un wagon désaffecté. J’ai connu une famille identique dans le petit village du Nord où j’ai vécu, rencontrant également parfois à l’école des filles de mariniers que l’institutrice dédaignait. Je me souviens d’avoir été réprimandée pour avoir tenté de donner des explications, à la récréation, à une petite fille complètement perdue dans le dédale des leçons d’orthographe et grammaire.
L’accordéoneu, Accordéoniste en langue picarde, quitte le Nord inhospitalier muni d’un accordéon que lui a offert un gitan, hôte épisodique de sa mère.
J’ai vu récemment, parmi les expulsés, un homme qui n’avait pour tout bagage qu’un accordéon et un baluchon et j’en ai eu le cœur serré. 50 ans plus tard, mon Accordéoneu existe donc toujours ?
Pourquoi ne pas lui demander de jouer de son instrument, l’insérant ainsi dans les projets culturels de notre pays au lieu de le renvoyer comme un être indésirable ?
Tant que je vivrai, ces êtres se promèneront librement dans mes livres car ils se sont fondus en moi. Pourquoi ai-je intitulé mon dernier livre La Chanson des Nuages si ce n’est pour rendre hommage au musicien incomparable que fut Django Reinhardt dont les mélodies chantent pour l’éternité la beauté du Voyage et de la Liberté.


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Tes Yeux me sont Nuages

21-05-2010 10:43:58

Tes yeux me sont nuages…Tes mains caressent
le lapin de la lune endormie tandis que je cherche
ton cœur, frêle esquif sur la mer lie de vin.
Les tourments de mon âme m’éloignent de
tes yeux si doux.
Que n’es-tu le maître du lilas, que je me perde en tes épaules
noueuses si caressantes, aux senteurs de la Provence !
Le myrte et l’olivier jaillissent près des sources blondes où rit la mésange bleue.
Ô toi, mon maître, mon amant, je te regarde de mes yeux orpailleurs,
prête à t’accueillir en ma demeure, un grand châle de cachemire sur
mes cheveux où point timidement l’argent.
Ô toi, mon maître, mon amant, je te regarde jusqu’à ce que je
devienne nuage sur la lune endormie où règnent les errants.


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Voyage

30-04-2010 15:38:40

Mon âme bleue s’est enfuie sur les routes poudreuses à la recherche de l’Orient magique où vivent les fées mais elle s’est heurtée aux rochers noirs cernés par les aigles.
Des perles cascadent sur le corps statufié et dénudé de la reine, l’habillant de lumière. Des profondeurs de la nuit, une aube nouvelle déchire le tissu des rêves et zèbre de turquoise les blondeurs du jour.
Je reprends ma route, mon âme chevillée au corps et je m’incline devant l’immuable vérité de la valeur temps. Je m’inscris dans une spirale qui va de l’avant avec un cortège d’images et d’hiers enfouis sous les glaces de la mémoire.
Je traverse le miroir et arrive, pantelante, sur le terroir de l’enfance multipliée, sublimée et réduite à la manière des Jivaros, sauvage et poétique.
Sur le parchemin palimpseste des amours ensevelies, j’écris une symphonie pleine de vertiges et de polkas, de valses lentes conduites par des cavaliers de charme à tête de mort. J’entre dans la ronde moyenâgeuse de la fuite du temps et je me cabre de toutes mes forces pour briser la cadence. J’ai le sabre des samouraïs et je compte bien décapiter les cavaliers pour les obliger à reprendre un visage souriant et printanier.
C’est à ce moment que je m’éveille et que je cours sous la rosée à la recherche du printemps éternel qui pivote sur les talons aiguilles des fées avec le sourire des roses.


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Ode à la liberté féminine

30-04-2010 10:57:08

« Je ne suis pas quelqu’un que l’on chasse » disait Coco Chanel avant de devenir célèbre et elle coupa dans le drap les vêtements de la liberté, sans corset, sans fanfreluche inutile et sans ostentation.
L’élégance de la ligne sobre, des corps, de la nature prima sous son dé audacieux. Que dirait-elle si elle se promenait aujourd’hui, croisant des beautés voilées, aux yeux fardés comme si la féminité se résumait au déni des corps avec un soupçon de noir pour souligner les yeux, miroir de l’âme disait-on jadis ?
La beauté arborée sous l’étendard du deuil n’est-elle pas la négation de l’émancipation féminine que l’on croyait définitivement réglée ?
Il me suffit de fermer les yeux pour voir dans un carrousel blond, de belles cavales porteuses de lumière.


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À la poursuite du printemps

30-04-2010 7:30:03

Bleu bonheur, tu apparais derrière le rideau de fleurs sur le miroir de mon cœur.
Les sources chantent le renouveau de l’amour. Dans une barque qui glisse sur l’eau des rivières perdues, je jette un à un les pétales de roses du jour, bonheur amour.
Biches et chevreuils se défient en une course éperdue et moi, dans ce mouvement perpétuel, j’oscille en robe de bal, valse bleue, valse lente sur la Volga.
Que faut-il faire pour rejoindre la rive où s’aiment les amants de toujours ou d’un jour ? Danser, chanter, écrire, jeter son cœur à la volée ? Volière d’amour, mon âme abrite des milliers d’oiseaux qui rêvent de partir vers les palais bleus du bonheur.


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Pivoine

29-04-2010 17:18:43

Des perles, des centaines de perles s’écoulaient de façon continue dans sa gorge. Paul essayait de lutter contre ce flot incessant qui finirait par l’étouffer. Inexorablement les perles, ivoire, roses ou noires, celles de la mer de Chine qu’il avait tant aimées se déversaient avec la régularité des grains de maïs activés dans le gosier des oies et des canards pour le gavage. À ce rythme, mon foie va être transparent et cet amas de perles s’incrustera sur ses parois jusqu’à l’éclatement. Paul tenta de rompre la chaîne du destin mais sa main griffa le drap sans pouvoir le soulever. C’est alors qu’elle apparut, dans toute sa céleste splendeur, celle qu’il avait adorée, la surnommant Pivoine en hommage à la beauté de la fleur et aussi à l’intérêt qu’il avait pris en lisant Pivoine, l’héroïne éponyme de Pearl Buck. Immobile, elle semblait danser tant sa grâce transcendantale perçait sous le carcan de vêtements sophistiqués, difficiles à porter et pourtant aériens, du fait de la magnificence enfantine de cette princesse Mandchoue, faite pour porter avec la même élégance, le sabre, l’amazone ou des tenues d’apparat.
Toute en retenue, elle incarnait la millénaire pudeur de ces jeunes filles, habituées dès leur plus jeune âge à une conduite parfaite. Cependant, il avait réussi, lui, le fier cavalier à faire plier comme une liane cette séraphique beauté.
« Pivoine, mon aimée ! » murmura-t-il dans un dernier effort puis il mourut, titubant dans des allées de roses piquées de perles venues de Chine.


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Paroles de Fée

12-04-2010 15:41:55

Vêtue de perles, de roses et de la soie de mes cheveux, je me promène dans un bel appartement arts déco. Je me présente : on me nomme la fée des lilas. J’erre dans les livres d’une auteure de contes, très branchée Belle Époque. Mais ne vous y fiez pas, elle vous emmènera, l’air de rien, dans les ruelles obscures des villes que l’on cherche à fuir parce qu’elles sont inhumaines voire barbares.
Parfois je fais des incursions dans les squares, travestie en vieille dame et je tâche de rencontrer des personnes avec qui je puisse parler. C’est difficile mais j’y parviens car j’ai toujours aimé les contacts, même les plus improbables. Parfois des êtres humains sont incapables de parler tant la souffrance les taraude. Je leur glisse furtivement une perle dans la main et j’attends qu’elle se transforme en pivoines ou en soleils. Lorsqu’un sourire flotte sur les lèvres du désespéré, je pars, de mon pas lent et libéré puis je regagne mon royaume où je retrouve mes attributs féeriques et le goût de la beauté pour le bonheur des êtres humains.


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Pèlerinage en poésie

4-04-2010 15:09:08

Sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle, j’ai croisé un pèlerin qui accepta de me confier son manuscrit La Chanson des Nuages. Je l’ai repris avec amour et vous le livrerai quand il sera recopié et enluminé par les soins d’un trio sans qui mes livres ne verraient pas le jour.
C’est Pâques et j’ai opéré en quelque sorte une résurrection, celle de mon passé plein d’ombres et de lumières.
La dernière ligne a été écrite aujourd’hui. Qu’elle aille par les chemins de traverse, cette chanson ! Colportée par des conteurs en sabots ou en escarpins, qu’elle procure la joie et l’espérance !


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Petit bonheur, coeur d'enfance

28-03-2010 20:13:25

Il était une fois deux petites filles, deux petites sœurs, belles comme le jour. Cependant l’une d’elles avait été désignée par le soleil et portait un signe particulier, celui des anges. J’aimais son rire cristallin et son regard enfantin plein d’innocence.
Fleur lumineuse, elle s’imposait à nous par son évidente poésie. Oui, cent fois oui, nous avons droit à la différence et cet axiome doit-être proclamé par les hérauts de la dame de cœur d’Alice au pays des merveilles. Qu’une armée de cartes arborant les cœurs marche sur le monde pour réclamer le droit au bonheur de tous !


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Adieu, Camarade !

17-03-2010 16:18:50

J’avais vingt ans et je marchais aux côtés de Jean Ferrat, à distance respectable car je ne voulais pas l’importuner, dans la ville d’Antraigues où il avait choisi de vivre.
Il avait organisé une rencontre touristes – paysans avec l’espoir de favoriser l’attrait des citadins supposés que nous étions pour la Montagne ardéchoise, reprise à l’époque par tous les Français.
Comme dans les processions, il y avait des stations. Un paysan timide nous présentait sa ferme et exposait ses problèmes. Jean concluait toujours par ces mots : Tenez bon ! qu’il illuminait de son beau sourire.
Ensuite, j’avoue que je l’ai perdu de vue car je me suis tout simplement passionnée pour les problèmes de ce monde rural qu’on sentait déjà voué à la disparition.
Après quelques interventions toujours timides et succinctes de ces représentants de l’agriculture, un ténor monta à la tribune et emballa l’auditoire.
Je ne pus m’empêcher de glisser à ma voisine « Il parle bien », ce à quoi elle rétorqua en rougissant, « C’est mon mari » puis elle m’entraîna à l’écart pour me raconter leur vie. Ils étaient parisiens et travaillaient dans l’administration. En lisant Giono, ils s’étaient épris de la vie saine en ruralité et avaient fui la capitale avec un tout petit pécule et beaucoup de courage pour fonder leur exploitation. Aujourd’hui certes, ils étaient les propriétaires d’un bel élevage de chevaux, mais à quel prix ?
Je reste encore rêveuse de cet incroyable concours de circonstances qui me fit rencontrer les passeurs de témoin que furent les deux Jean, Giono et Ferrat. Aujourd’hui qui prendra la défense de la ruralité ?
Hier, aux funérailles du grand homme qu’il fut, il n’y avait que des amis.
Sa haute stature, son talent, sa modestie resteront inégalés. La belle chanson Ma France peut hanter nos mémoires. Quelle abnégation fut la sienne ! Chanter les mérites de ce pays alors qu’en sa période sombre on épingla sur sa poitrine l’étoile de David et que l’on envoya son père dans un wagon de la mort !
Avoir gardé malgré tout son âme et son sourire d’enfant relève du miracle ! Camarade, je ne peux que redire toute l’admiration qui s’empara de moi et durera toujours.
Des lettres dont la seule adresse était Jean Ferrat, Poète, France te parvenaient.
Il en fut ainsi pour Victor Hugo à qui une Antillaise avait adressé une lettre à Victor Hugo, Océan, lors de son exil à Guernesey.
Tu as cette dimension car certains poèmes mis en musique sont de véritables bijoux. Je ne parle pas des poèmes d’Aragon mais bien de ceux que tu as écrits, balisant tous les thèmes de notre siècle.
Ecoutons Jean Ferrat et donnons lui ce qu’il mérite : l’amour de tout un peuple !


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La chanson des Nuages

9-02-2010 15:01:02

Çà y est, je l’avoue, j’ai commencé la rédaction d’un nouveau livre. Voici son titre : La chanson des Nuages. Je vous livre les premières lignes.
J’attends vos encouragements ou l’inverse. Néanmoins, même si vos conseils m’incitaient à laisser reposer ma plume, je ne pourrais pas m’y résoudre. L’écriture fait partie de ma vie. Je n’y peux rien. C’est ainsi. J’attends tout de même vos messages.
Voici donc le début du roman.
Je me présente : je me nomme Jibril Ben Hadj El Alaoui. Mes copains m’ont surnommé l’Alouette. Ils ignorent que le mot Alaoui a une connotation royale et que mon père Hadj a gagné ce titre en accomplissant son pèlerinage à la Mecque. Il possédait des pur-sangs et conduisait d’inédites Fantasias pour les touristes au Maroc. Ce qui devait arriver arriva : il s’éprit d’une belle blonde aux yeux bleus et ne revint plus jamais dans son foyer où l’attendait fidèlement ma mère enceinte de ses œuvres. La pauvre a tenté de le suivre en France où dit-on, il menait une vie dorée mais s’il a connu l’honneur des salons parisiens, ma mère a échoué dans une banlieue et fut réduite à faire des ménages pour gagner sa vie et la mienne. Je suis son roi. Je ne peux pas dire son Dieu car elle est très croyante.
Elle fait ce qu’elle peut pour que je sois heureux. Je la laisse ignorer l’étendue de mon désespoir. Réfugié dans ma chambre, je lis et relis les œuvres des Romantiques, Musset, Chateaubriand et j’en apprends des passages par cœur. Sur les murs, j’ai collé les posters de mes idoles, Arthur Rimbaud, Guillaume Depardieu, Alain Baschung et pour faire bonne mesure avec les filles que je n’ose pas approcher par timidité, Emily Loizeau.
J’ai fait mienne une phrase de Rimbaud car elle adhère pleinement à ce que je ressens chaque jour : « Il y a toujours, lorsqu’on a faim et soif, quelqu’un qui vous chasse. » Ne croyez pas cependant que je me morfonde dans un narcissisme noir. Dernièrement, j’ai établi ……


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Et si les ados avaient raison ?

29-01-2010 15:08:38

Je suis triste aujourd’hui. J.D. Salinger n’est plus. Bien sûr il nous reste son œuvre, en particulier L’attrape-cœurs qui a bercé tous les poètes, même ceux qui ne croyaient pas l’être. Mais la disparition physique reste tout de même un drame. Le compteur des sœurs Parque marque 91 mais pour nous, Salinger aura éternellement l’âge de Holden Caulfield, l’ado qui se demande ce que deviennent les canards quand le lac de Central Park South est complètement gelé.
L’attrape-cœurs paru en 1945 sous le titre The Catcher in the Rye (celui qui attrape dans un champ de seigle) traduit en français en 1951 n’a pas pris une ride et c’est tellement rare !


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Hommage aux illustratrices qui ont bien voulu s'associer à mes livres

23-01-2010 8:19:20

Je remercie bien vivement Liliane Monnier qui vit actuellement à Néant-sur-Yvel dans le Morbihan. Si vous aimez les couvertures de la plupart de mes livres et les illustrations des textes de mon site, prenez contact avec elle. Elle vous fera visiter aimablement son atelier. Ma toile préférée reste Hathor en illustration de À l’ombre des cerisiers en fleurs.
Un hommage tout particulier à Gisèle Jan-Simon dont le splendide Arthur Roi ouvre la porte du mystère, l’œil ouvert sur le bouclier, à l’image des mythes qui courent dans Brocéliande, terre de légende. Elle réside également dans le Morbihan et lorsqu’elle n’est pas occupée à exposer dans le Nouveau Monde, vous pourrez la trouver dans l’Atelier du Bois de la Roche.
Arthur Roi orne la couverture de mon dernier livre, L’étoile des chevaliers, où, selon le comité de lecture des éditions Publibook, le souffle de l’épopée règne en maître.
Quant à l’illustration du dernier texte de mon site consacré, comme il se doit, à Haïti, je la dois à ma chère Annie, mon amie d’enfance. Comme il est loin le temps où nous rêvions dans les champs de blé, admirant les bleuets et les coquelicots !
Annie a beaucoup voyagé. Sa toile intitulée Jeune Pâtre Massaï en témoigne.
Toutes les deux, à nouveau, nous partageons le même amour pour l’Afrique, rêvant qu’un jour ce continent connaîtra le bonheur qui lui revient de droit.
Annie Lamy-Lambert, je te dois beaucoup, en particulier le don de l’enfance retrouvée avec ses mille et un soleils.


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Voltaire, Au Secours !

14-01-2010 16:21:11

En 1755, la terre trembla à Lisbonne. L'Europe horrifiée apprit que la ville entière s’était effondrée et que des cadavres jonchaient le sol par milliers. Voltaire en garda une amertume tenace :
« Un jour tout sera bien, voilà notre espérance
Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion »
Ces deux vers extraits de son Poème sur le désastre de Lisbonne en disent long sur le scepticisme qui s’empara de son âme.
Il ne cessa, durant toute sa vie, de penser à cet horrible drame et y fit allusion dans nombre de ses écrits.
Aujourd’hui, certes, nous sommes informés. Les images du séisme d’Haïti tournent en boucle sur nos écrans mais sommes-nous vraiment frappés au cœur comme Voltaire ?
Que s’élève la grande voix d’un poète, d’un écrivain ou d’un homme chaleureux pour que toutes les souffrances de la première république noire de l’histoire ne tombent pas dans l’oubli !
Dans notre civilisation éprise de frivolité, demain un sujet sans profondeur mais à la mode chassera peut-être la vision dantesque d’une ville écartelée.
S’il faut remettre le sujet sur la table, ce n’est pas par goût du voyeurisme mais bien parce qu’il faut une union de toutes les forces vives des pays du monde pour que renaissent des décombres des villes stabilisées.
Porter secours dans l’urgence, sauver des vies qui peuvent l’être encore, voilà la tâche première.
Que l’esprit de Voltaire s’empare de tous les Français ! Jamais ce philosophe ne capitula devant les caprices du destin.
Voltaire, habite-nous !


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Au Panthéon de mon coeur

5-01-2010 9:32:12

« Y a des copains au bois de mon cœur » chantait Brassens. De même, je souhaiterais clamer face à la mer « Au Panthéon de mon cœur, il y a L’Été d’Albert Camus ». C’est un livre merveilleux où l’on rencontre l’atmosphère de la Bible, des grands livres de l’Antiquité L’Iliade et L’Odyssée et où l’on croit sentir sur sa joue la fraîcheur des embruns et sur ses lèvres l’odeur du sel.
Alors je vous en prie, ne transférez pas les cendres de cet écrivain solaire dans ce monument humide et sombre, le Panthéon où tant d’hommes politiques n’en finissent pas de mourir.
Camus, « c’est la mer allée avec le soleil », c’est le Rimbaud du XXème siècle. Son âme révoltée doit aller d’un pôle à l’autre de la Méditerranée, en toute liberté, bien loin de ces couloirs parisiens où se tapit un nouveau Minotaure, le monstre de l’Oubli.


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Des Amours de Chats

2-01-2010 16:41:22

Un rien les amuse, un rayon de soleil sur le parquet, un papillon qu’ils observent à travers la vitre les séparant du jardin, une croquette oubliée.
Peluche et Frimousse semblent sortis d’un livre de contes tant leur irréelle beauté attire le regard. Un petit garçon est resté inconsolable lorsqu’ils ont déménagé. Blottis près de la fenêtre, ils acceptaient les témoignages d’amour qui leur étaient adressés avec de nombreux baisers.
C’est pourquoi ils voyagent dans mes livres, tantôt sous l’apparence du chat qui accompagne La Princesse Muette dans Contes du Grand Ouest, également sous l’apparence inouïe du descendant du Chat Botté dans À l’ombre des Cerisiers en Fleurs sans oublier sa mère, la grande Zelda, détentrice de secrets de famille et de la fameuse paire de bottes. Bien sûr, Fanfan la poule courageuse entreprend un voyage en compagnie d’un chat pour sauver la maîtresse de maison dans Le voyage de Fanfan in Mais où sont les roses d’Antan ?
Un ami cher, Darius Cittanova, s’était exclamé en pénétrant dans notre demeure : « Mais où est le piano ? » car il ne concevait pas que l’on puisse vivre sans cet instrument.
De même, je pourrais dire à son instar « Où sont les chats ? » car je ne conçois pas la vie sans ces pelotes d’amour. Or, je n’ai pas à poser cette question car tous mes amis en sont dotés.
Mais que faire pour réconcilier les chats et les oiseaux ? Un poète nous donnera peut-être la réponse.


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Le retour des chevaliers

26-12-2009 16:15:47

Mon âme sauvage et indisciplinée s’est incarnée dans une jeune Beauté qui s’est enfuie sur les chemins à la recherche du soleil levant. Anne-Lorraine, tel est le nom de cette muse, a croisé de nombreux chevaliers, désespérés d’avoir perdu Jérusalem.
La bannière déchirée, ils cheminaient, véritables fantômes de l’azur. Jadis, ils étaient partis avec tant d’ardeur qu’ils en avaient oublié jusqu’au nom de leur reine. Aujourd’hui, pâles et ridés, ils hésitaient à heurter l’huis qui les rattachait à l’amour. Chevaliers errants, ils sentaient leurs éperons s’enfoncer dans le no mans land de la défaite et de l’oubli. Mais moi, Anne-Lorraine, la belle, je leur ai rendu honneur et richesses.
Alors ils sont partis vers le cimetière des romans où ils caracolent sous les couleurs orientales du rêve.


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La légende du temps

26-12-2009 16:14:13

Sur un lac gelé, au-delà des montagnes bleues où voguent les nuages, une fée patinait. Drapée dans une tunique pourpre et chaussée de patins vermeil, elle décrivait des arabesques jusqu’à ce qu’un papillon naisse sous ses pas et s’envole dans le pays des rêves. C’est une île volcanique où fleurissent les roses.
Des petites mains confectionnent des manteaux de reines et les robes bigarrées des stars qui traversent le temps pour alléger la peine de ceux qui travaillent dans les usines, dans les champs, dans les ateliers et les bureaux des concepteurs tournés vers le monde de demain.
Oui, demain est porteur d’espoir, à condition que les chefs de file du monde veuillent écouter les voix de la raison.


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La princesse exilée

26-12-2009 16:13:05

Bien loin, dans une île, une princesse méditait en écoutant le chant des coquillages. Elle était seule et se demandait pourquoi elle avait rompu avec son passé. Expulsant la symphonie monumentale de l’océan, des airs de java et de valse musette en provenance de la rue de son enfance recréaient un monde qu’elle croyait à jamais disparu où flottaient les parfums de pains d’épices et de chocolat Menier aux barres vigoureuses, dures pour les dents de lait. À l’époque, elle n’était pas seule, son amie Annie lui tenait lieu de sœur et d’unique confidente. À elles deux, si fragiles et tenaces, elles croyaient pouvoir dominer le monde. Elles sont allées un peu plus loin que le bout de la rue et de leur école pour accomplir leur destin. « Monte sur mon dos » lui dit le dauphin et comme Arion, tu seras sauvée de ta solitude. La princesse pleura et ses larmes se transformèrent en perles que je t’offre, chère Annie, en collier de fête.


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Ode au Prince du Monde

26-12-2009 16:11:20

Ô mon cœur, il faut que tu battes plus vite pour qu’il revienne, notre Prince des Lumières, notre Roi.
Ses longs cheveux cascadent sur ses épaules fermes. Sa peau satinée inspire la tendresse. Ne me demandez pas quelle est sa couleur. C’est une question que je refuse de poser, tant elle a coûté de sang et de larmes. Si vous insistez, je vous dirai bleue, bleue comme la mer et le ciel qui moutonnent à l’infini. Mais oui, cela existe, vous n’avez pas pu la décrypter, c’est tout.
Ce prince a la taille fine, il est chaussé de sandales et il arpente la terre, à la recherche d’hommes au cœur pur. Il y a si longtemps qu’il est en marche qu’il finira bien par arriver, le jour où la lune brillera avec tant d’éclat que les pierres précieuses tomberont comme la manne des Dieux anciens, réfugiés dans des ailleurs planétaires, désespérés par la cupidité et l’intelligence des hommes qu’ils ont voulu en vain élever jusqu’à eux.


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Les trois fées

16-12-2009 18:32:39

Il était une fois, trois fées. La première, Fée des Neiges était vêtue de blanc, la seconde, Fée de l’Orient arborait les couleurs du soleil à son lever, rose ourlé d’or, la troisième, Fée des Origines apparaissait drapée dans le boubou multicolore de l’Afrique.
Passa un magicien : « Qui, de vous, est la plus belle ? » lança-t-il, désireux de semer la discorde.
Mais les trois fées ne s’en laissèrent pas conter. « Je ne sais pas qui, de nous, est la belle, répondit en souriant la Fée des Neiges mais je connais, assurément le plus beau de la terre ».
Intrigué, le magicien voulut connaître le nom du Prince.
« Je vous donne un indice dit la Fée de l’Orient, il chante comme le rossignol et sa peau a l’éclat de la rose.
Une autre clef, ajouta la Fée des Origines, il a la beauté du cerf et le talent de Léonard de Vinci.
Je crains qu’il ne soit pas de ce monde soupira le magicien.
À toi de jouer et de chercher ce Perceval du XXIème Siècle ! » conclurent les trois fées et elles partirent, heureuses d’avoir prouvé, une fois de plus, que les hommes étaient peu inventifs, fussent-ils magiciens.
Il lui suffisait de se mirer dans l’onde des origines pour voir apparaître le visage du Prince qu’elles chérissaient en secret, attendant que vienne celui qui pourrait le révéler au monde.
Seul le vent emporta leurs paroles.


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Au royaume d'Andersen

13-12-2009 15:04:37

« Que vais-je devoir sacrifier cette fois ? » pense la petite sirène, à Copenhague. « Jadis, pour un prince qui ne méritait pas un tel amour, j’ai sacrifié ma voix. Aujourd’hui, que vais-je pouvoir faire pour les hommes épris de pouvoirs et de richesses, pillant la planète pour réaliser leurs caprices ?
Couper ma blonde chevelure, couronne d’épis de blé et de bleuets entrelacés pour offrir de la nourriture à tous les humains ? Plonger et rejoindre mes sœurs pour aider les dauphins ?
Qui dois-je sauver ? ».
De guerre lasse, la petite sirène a quitté son rocher, entreprenant un long voyage à la recherche de sages qui puissent préserver notre planète.


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Lettre à Annie

5-12-2009 15:19:07

Une rose blanche, une rose noire, laquelle est la plus belle ? Je mets quiconque au défi de justifier son choix par une argumentation sans faille. Il en est de même pour ce que, jadis, on nommait "les races". Ce simple mot a engendré tant de massacres inutiles et horribles qu'on le chasse avec force de notre vocabulaire courant. De guerre lasse, tu proposes une seule couleur. C'est un cri de désespoir et je le reçois pour sa chaleureuse intention. Mais pourquoi serions-nous privés du merveilleux déploiement de la palette des peuples, avec leurs sourires comme autant de fleurs diversifiées sur notre belle planète bleue ?


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La fée d'outre-miroir

23-11-2009 9:29:09


Elle est arrivée à pas feutrés puis elle a enfilé sa robe de soleil couchant et chaussé ses escarpins aux reflets de lune et elle s’est éclipsée, me laissant seule avec une foule de souvenirs d’outre-tombe.
Je suis Olympe de Gouges, chantait le vent. J’ai été dénudée et fessée par les terribles tricoteuses. J’en suis morte après avoir connu la folie. Mais qu’importe ? J’ai marqué la Révolution française, jacobine et masculine de mon foulard couleur de sang.
J’en appelle à mes sœurs, à mes descendantes, à mes amies.
Ne vous laissez jamais emprisonner, fût-ce dans une cage dorée, unissez-vous, faites une ronde, arpentez la lande où les âmes des femmes combattantes se sont métamorphosées en genêts ardents. Riez et chantez au son du tambourin.
Dansez maintenant !
La fée d’outre-miroir a pris l’apparence d’une mésange et elle s’est envolée, me laissant son empreinte, une plume légère qui me transporte en des ailleurs légendaires.


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Divine Brocéliande

21-11-2009 11:59:36

Dans la forêt de Brocéliande, les fées jouent de la harpe. Moi qui passais par là, j’ai senti, sur la joue, la fraîche caresse du Printemps éternel.
Sur le miroir aux fées, les lucioles attirent les amants.
Les mains en forme de coupe, la Gardienne du Graal veille sur la terre des légendes.
Qu’ils y viennent, avec leurs pioches et leurs grues, les promoteurs des mondes modernes ! Nous les arrêterons, nous, la force végétale qui peut se métamorphoser en cascades de houx et d’églantiers, devenant le mur du rêve absolu où vivent les preux chevaliers.


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Contrastes

18-11-2009 15:33:31

Il flotte un doux parfum de pommes et de cannelle. Tartes à la cassonade et gibelottes de lièvre cuisent à petit feu, développant des effluves gourmands. Et que dire de ces merveilleux veloutés de potiron aux couleurs d’Orient ?
Tandis que nous rêvons dans nos demeures douillettes, deux cents rennes se noient, la glace se rompant sous leurs sabots fougueux. Pauvres rennes ! Ils ignoraient que notre monde connaissait des heurts climatiques. Si près d’un grand sommet qui pourrait donner de l’espoir à ceux qui veulent garder leur planète en l’état et si possible, restaurer ce qui a été détruit, il nous appartient de jeter un cri d’alarme comme ces vigies d’antan qui décodaient les signaux de détresse envoyés par tous les capteurs de l’univers.


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Tendresse Automnale

20-10-2009 20:32:52

Voici venu le temps des vendanges – 2009 sera, paraît-il, un millésime à inscrire dans les Annales.
Dans leurs belles palombières, restaurées ou refaites à neuf depuis la tempête, les chasseurs sont à l’affût de l’oiseau magique, la palombe qui leur fait chavirer le cœur.
On entend au loin le chant guttural des grues qui s’apprêtent à traverser l’océan pour des terres plus chaudes.
Quant à moi, je suis à l’écoute de tous ces frémissements d’ailes et j’attends le moment propice pour enfourcher le Pégase turquoise qui se cache derrière les nuages.
Chevaliers et gentes damoiselles ou jeunes gens évoluant dans les villes françaises, aux marges de leur destin, ils surgiront à point nommé, m’intimant l’ordre de reprendre la plume pour les peindre avec toute la palette de l’Orient.


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L'étoile des chevaliers (suite et fin)

4-05-2009 17:20:02

J’ai écrit le dernier mot de ce roman avec un peu de vague à l’âme et l’ouverture nécessaire pour lui donner une suite si Dieu le veut.
Pour la première fois, j’ai cédé aux aspirations de notre époque assoiffée de sang et de monstres. Le monde n’est pas crédible, paraît-il, s’il apparaît sous un jour riant, avec des roses et des paysages dignes de l’Astrée.
J’aurais voulu imposer ce monde mais il semblerait que ma plume n’ait pas été efficace. Alors j’ai créé des monstres, des bêtes féroces et pire encore, comme un personnage nommé Gueule d’Ange, un homme beau et souriant, doublé d’un tortionnaire et d’un violeur. Les dames ne sont pas oubliées dans le registre de la vilénie et de l’horreur.
Et bien évidemment, ils sont présents, les beaux chevaliers et les gentes dames dignes de l’amour courtois pour équilibrer ce monde à l’image du vrai, oscillant entre la guerre et l’amour.
J’attends l’avis des lecteurs. J’ai oublié un détail qui a son importance : j’ai mis le point final sur mes cahiers d’écolière mais il reste une phase délicate : l’enregistrement du roman sur Windows, les multiples corrections et la soumission au comité de lecture des éditions Publibook.
Va, beau chevalier Flandrin cher à mon cœur, tu seras peut-être plus qu’un être d’encre et de papier, un véritable héros dans le cœur de ceux qui aiment le rêve.


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L'étoile des chevaliers

10-04-2009 16:25:11

J’écris actuellement un roman intitulé L’étoile des chevaliers. Tous les royaumes qui sont évoqués dans mes contes et nouvelles se fondent en un archipel et un continent, terre de contrastes. Je développe un thème qui m’est cher, à savoir le fait que nous soyons, quelles que soient nos différences physiques, des humains à part entière. C’est ainsi que je récuse l’adjectif « noir » lorsqu’il s’agit de décrire un personnage. À ce mot connoté négativement, je préfère celui de solaire. L’un de mes personnages est d’ailleurs prénommé Solal.
Ci-contre un échange prononcé entre un tyran nommé Malforza qui cumule d’innombrables défauts, dont celui de racisme et un visiteur dont le physique provoque sa colère :
« Mais tu as la peau noire ! Il s’apprêtait à donner le signal pour éliminer de son domaine un être qui constituait à lui seul un affront à la nature lorsque l’individu lui donna une réplique qui le laissa sans voix.
Je ne suis pas noir, Malforza. Je suis un être solaire. Ce sont les rayons de l’astre qui nous permet de vivre qui ont produit cet effet coloré que tu repousses stupidement. Je serais en mesure de trouver ton teint pâle ignoble, si je n’avais pas la chance d’être doté d’intelligence et de ne pas porter de jugement sur les apparences. »
J’espère que cet extrait vous donnera envie de lire ce roman que je chéris particulièrement.


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Soirée brésilienne au Manoir de Beaulieu sur Dordogne

22-03-2009 16:58:40

J’ai gardé de mon enfance le goût de suivre les rivières. Comme les saumons, je reviens au berceau. En l’occurrence, en ce mois de février frileux, je suivais la Dordogne. C’est une rivière qui m’a beaucoup impressionnée dans mon enfance. Je vivais alors dans le Nord, dans le Douaisis très précisément. Maman faisait des gaufres et du pain perdu et moi, devoirs achevés, je lisais l’Anneau d’Alma, une histoire qui présentait de manière imagée la jonction de rivières à l’origine de la Dordogne. Il y avait l’âme de la source immortelle nommée Félicia et une méchante sorcière qui la poursuivait pour l’empêcher de réussir sa course. Mais Félicia triomphait de tous les pièges tendus par la sorcière vêtue de noir, au nez crochu et à l’endroit précis où les rivières accomplissaient leur jonction pour devenir la fière et indomptable Dordogne, Félicia disparaissait dans les eaux tumultueuses sous forme d’écume.
Ce tour de magie, cet émerveillement, je l’ai retrouvé en m’asseyant dans un fauteuil au bar-club du Manoir de Beaulieu sur Dordogne. Si le Calypso, cocktail maison proposé par le sommelier n’y était pas étranger, l’envoûtement premier provenait avant tout de la musique et du chant offerts par deux artistes authentiques, l’un à la guitare, l’autre une femme, composé harmonieux d’âme brésilienne et de justesse de ton, à l’invocation mélodieuse.
Pas de falbalas ni de tenue excentrique pour ajouter Dieu sait quoi à un chant folklorique. Non, ici, tout était pur, vrai. On plongeait dans ce Brésil chatoyant aux fleuves exubérants et aux âmes poétiques par la grâce et la pureté d’une voix sans mélange. Aux côtés de sa compagne, l’artiste se retenait, accompagnant dans un même souffle l’âme brésilienne aux mille et une facettes.
Lorsque le signal de passer à table fut donné, je ressentis une sorte de déchirement et c’est presque en aveugle que je gagnai la table qui m’était réservée.
Il ne m’a pas été donné, dans ma jeunesse, la joie de goûter les délices de la haute gastronomie. Je me souviens surtout de déjeuners à base de fraises du jardin écrasées et sucrées à la cassonade, noyées dans du lait froid. Nous y trempions du pain et cela constituait l’essentiel du repas. Mais n’imaginez pas que cette enfance basée sur la frugalité m’empêche d’apprécier un excellent repas à sa juste valeur.
Les véritables gastronomes sont des rêveurs. Ce n’est pas un homard qu’ils dégustent mais tout un océan de saveurs épicées qu’ils peuvent décliner au piano ou à l’harmonica comme le grand Alain Bashung, avec autant de détachement et de poésie lapidaire.
Ce soir-là, le chef n’avait pas dérogé à son excellence coutumière et le menu choisi développa au cours de la soirée la magie d’une cuisine sans faille magistralement présentée.
Je vous livre ce menu et vous invite à le rêver avant de le déguster.

Foie gras mi-cuit en vapeur douce,
Compotée de figues acidulée, fine feuille croustillante de pain aux céréales.

Le Homard simplement rôti,
Topinambours glacés au jus, émulsion de noisettes.

La sélection de fromages affinés de la région.

Croquant aux poires, mousse de riz au lait vanillé,
glace crème brûlée.

Avec une élégance choisie, le maître d’hôtel faisait des apparitions, surveillant avec délicatesse le bon déroulement du service perpétré par une ravissante chef de rang aux gestes précis et au sourire chaleureux. Le service est un art essentiel dans la gastronomie. C’est le point d’orgue de la prestation orchestrée en cuisine, le prolongement de ce désir de plaire et de faire des heureux enfantés sur le piano du chef, aidé par un second et ses commis attentifs à la bonne réalisation des plats pour l’honneur de leur corporation.
Le choix du vin a également une importance décisive. C’est le nec plus ultra du rêve, la touche finale et harmonieuse d’un menu bien composé, ce qui était ici le cas. Après un moka accompagné de douceurs bienvenues, je regagnai ma chambre, un composé de clarté et de confort avec la sobriété d’un décor inspiré par les outils d’antan, une fourche rustique pour rappeler l’inscription du manoir dans un environnement campagnard. Je retrouvai avec émotion les détails que j’avais appréciés dans la salle principale où j’avais déjeuné.
Le nappage impeccable au tomber parfait s’inscrivait dans une salle décorée par des voilages enrubannés. De même que pour un défilé de haute couture, on a d’abord une vue d’ensemble pour ensuite s’attarder aux détails, généralement des flots de rubans, de dentelles et de strass, de même dans une salle de restaurant bien décorée, une fois passé l’émerveillement de la vue générale et de l’appréciation de la table et de la vaisselle de la place où l’on va œuvrer, on observe les détails et l’on songe avec tendresse aux petites mains qui ont préparé, en hors champ, les boucles de rubans qui enferment voilages, serviettes et, dans les chambres, les rideaux. Pleine de toutes ces émotions, touchée par l’attention d’une équipe prête à tout le dévouement pour le simple plaisir d’une clientèle qui devient ainsi nécessairement une amie, je m’endormis et passai une nuit sereine.
Le lendemain, après le petit déjeuner qui était à la hauteur de toutes les prestations déployées, je repris la route sur un air de samba qui me servirait longtemps d’accompagnement poétique et je pensai fortement qu’il me faudrait revenir dans ce composé édénique qui rendait à chacun le charme inégalé de son enfance, en la sublimant.


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"Sur la mort d'un Poète"

22-03-2009 12:08:26

La nouvelle de ta mort m’a poignardée. Gentleman du rock, Ténor des mots à la voix profonde, celle qui parle à l’âme, tu n’es plus mais, comme le soleil, tu brilleras à jamais sur les pavés gris de la vie.


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Tempête dans les Landes.

28-02-2009 9:52:11

On nous avait prévenus : cela serait terrible ; Nous étions, je l’avoue, un peu sceptiques mais quand le vent a commencé à souffler, le doute éclata au rythme des branches qui se détachaient une à une du magnolia secoué par des rafales appliquées à détruire. Le palmier commença à danser la gigue à son tour mais ce qui nous échappa totalement, c’est le déracinement net du grand pin en bordure de champ. Il se coucha sur la toiture d’une dépendance, montrant au ciel avec impudeur des racines enrobées de boue.
Nous fîmes le tour de la maison, arcboutés contre le vent qui avait pourtant perdu de sa puissance. Je ne connaissais de la tempête que la délicieuse pièce de théâtre. Du vent dans les branches de sassafras. Vécue dans la réalité, elle est beaucoup moins sympathique. Je reverrai souvent l’immense magnolia ployer sous le vent comme un vulgaire bambou.
L’expression « Du calme après la tempête » trouva tout son sens lorsque le vent cessa. Il se fit un silence presque insoutenable.
Où donc étaient les fées qui accompagnaient si souvent ma plume ? Certes nous étions vivants et les dommages étaient limités mais ce rappel à l’ordre de Dame Nature, imprévisible et indomptée ramena notre existence à ce qu’elle semblait être, un atome sur la courbe du temps. Méditant en marchant ainsi sur ce qui ne pouvait plus s’appeler une pelouse puisque les branches cassées la jonchaient de toutes parts, j’aperçus enfin un signe de la présence féerique en cette terre gasconne qui vit passer le prince noir : les roses de Noël, soigneusement protégées par leur feuillage dense étaient intactes et jetaient une note d’espoir au cœur de la terre meurtrie.
Il ne me restait donc qu’à reprendre la plume en toute quiétude !


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La Jalousie, une maison au bord du rêve.

28-02-2009 9:49:39

Lorsqu’elle nous est apparue au détour d’un chemin, nous avons tout de suite voulu la visiter. C’était une maison pleine de charme et de courants d’air. Nous lui avons apporté quelques transformations au fil du temps afin de la rendre habitable et en remerciement, elle nous a offert d’inestimables bienfaits. À mon mari, elle a rendu son enfance paysanne, le goût des travaux en plein air. À moi, elle a donné le cadre immuable, à quelques retouches près, des plus belles pages de mes contes, rendant les palais sans âme en contrepoint, à l’instar des palais aux immenses salles vides des jeux vidéo. Je sais gré à cette vieille maison arrachée au temps d’avoir lutté un soir de tempête pour garder intactes la clef de nos rêves et notre vie tout simplement.


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Sujet d'actualité

20-01-2009 15:00:26

Aux fans d'Obama, je recommande la lecture de mon dernier ouvrage Mais où sont les roses d'antan ?
Deux nouvelles chantent la gloire du peuple noir. Bien plus, le premier récit Cœur de Perle repose sur le thème d'un joyau fabuleux : il s'agit de deux perles, l'une blanche, l'autre noire qui forment un cœur.
Bonne lecture !


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À vous de jouer !

23-07-2008 13:00:38

À vous de jouer !

Ci-contre l’accroche d’un conte. Il vous appartiendra de me donner des pistes pour une éventuelle suite. Sinon, rassurez-vous, je lui offrirai une fin.

Il était une fois, dans une petite maison landaise protégée par des biches, une adolescente aux cheveux d’or vénitien prénommée Sylvie.
Elle ne connaissait pas ses origines, ses souvenirs les plus anciens se résumant à sa découverte émerveillée de ce monde fascinant livré aux oiseaux et à des animaux peu farouches.
Elle avait auprès d’elle pour la servir et l’aimer une vieille servante qui avait perdu la mémoire. Comment étaient-elles arrivées dans cet univers paisible ? Elles n’en avaient aucune idée.
Par contre, il s’avérait qu’elles avaient connu un environnement tout à fait différent puisqu’elles avaient en commun l’horreur du bruit et des conversations animées. Elles parlaient peu, favorisant les actes.
Marie la servante entretenait la maison avec amour, cuisinait avec ardeur tandis que Sylvie s’ingéniait à doter l’habitation rustique de bouquets champêtres. Elle aimait aussi dessiner et broder et ne manquait pas d’imagination, aimant à raconter par le biais de l’aiguille des histoires colorées où des reines vivaient dans la hantise de se voir détrôner par une jeune et belle dame d’atour. Comme les hommes sont inconstants ! soupirait-elle et aussitôt elle s’interrogeait sur l’origine de cette découverte. Elle n’avait aucun souvenir concernant un prince ou un serviteur. D’où lui venaient donc ces soupçons sur le côté volage de la gent masculine ? Qui étaient ses parents ? Elle ne pouvait pas répondre à cette dernière question, ce qui ne manquait pas de la troubler.
Cependant les tâches ne manquaient pas et elle n’avait guère le loisir de pousser plus avant ses velléités de retour aux sources de son enfance.
Un jour, elle ressentit une étrange impression : un cavalier s’approchait de leur domaine.
Marie, effrayée, se cacha dans le cellier, incitant la jeune fille à l’imiter.
Sylvie préféra affronter le danger car ces lacunes de vie lui pesaient et elle souhaitait en finir avec ces zones d’ombre qui l’empêchaient de se projeter dans le futur.
Le cavalier s’avéra être un jeune homme d’aspect agréable. Il portait de jolies bottes qui luisaient avec élégance, soulevant son feutre qui cachait une cascade de boucles blondes.
Sylvie eut un éblouissement et s’évanouit.
Lorsqu’elle reprit ses sens, elle était seule, allongée sur la courtepointe de son lit de chêne, apparemment intacte.
Un rubis avait été délicatement déposé sur l’oreiller en compagnie d’un parchemin.
Voici ce qu’elle lut « Dame Rosemonde, j’ai chevauché de par le monde et c’est une alouette qui m’a guidé jusqu’à vous. Je reviendrai auprès de vous car, sachez-le, vous êtes pour moi ce que j’ai de plus précieux sur cette terre. Votre Louis »
Profondément ébranlée par ce message, Sylvie se redressa sur son séant, rangea le parchemin et le rubis dans un coffret où elle remisait ses trésors et s’en fut à la recherche de Marie.
Elle la trouva recroquevillée et terrifiée.
Pour une fois, les rôles furent inversés. Sylvie fit flamber un grand feu de bois sec dans la cheminée, frictionna sa servante avec des huiles essentielles et prépara le repas, en l’occurrence une omelette parsemée de copeaux de truffe.
Les deux femmes mangèrent en silence.
Il parut déplacé à Sylvie de rendre compte à sa servante de ce que l’on pouvait appeler une aventure.
Elle préféra taire les éléments nouveaux qui lui avaient été offerts comme une belle énigme intéressante à résoudre. De plus, elle n’avait pas oublié le flamboiement de la chevelure de Louis.
Ainsi, elle était sa dame et se prénommait Rosemonde ! Fort heureusement, Marie était trop choquée pour remarquer la rêverie inhabituelle de sa maîtresse. Elle mangea peu et se retira promptement, laissant la jeune femme à ses pensées.


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Ingrid est libre !

4-07-2008 14:34:11

Ingrid est libre !

Ingrid est libre ! Cette nouvelle a éclaté comme un soleil perforant une mer de nuages noirs. On rêvait tellement de sa libération qu’on a eu de la peine à y croire et lorsqu’elle est apparue en tenue de camouflage avec un chapeau de brousse coiffant sa longue tresse brune couronnant sa tête comme une liane, on a eu envie de s’agenouiller avec elle sur le tarmac.
Ingrid est libre ! Cette phrase extraordinaire, on aimerait la prononcer dans toutes les langues du monde, même en chinois !
Tenez-vous bien, tyrans de toute espèce, Ingrid est là et bien là ! Ses propos ont surpris par leur sagesse et leur sens aigu de la politique.
On la croyait à l’article de la mort, elle a pu dissimuler ses innombrables blessures sous la carapace de son indéfectible aura.
Ingrid est libre, le monde nous apparait soudain plus lumineux. Un sursis d’amour et de paix, voilà ce que cette femme hors du commun nous apporte de Bogotá. Tâchons d’être à la hauteur et de saisir cette parcelle de liberté qu’elle incarne ; la flamme d’Olympie, c’est elle, dans toute sa beauté et sa grandeur.
Ingrid est de retour, plus belle et plus forte qu’autrefois. Ecoutons la, regardons la, cette femme est un miracle.


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A propos de l'équipe de France

21-06-2008 15:50:48

Hatem et Djibril, gardez le sourire ! On n’a pas retenu votre candidature, tant mieux ! Vous aurez ainsi échappé au désastre de l’équipe de France. Je n’avais pas éprouvé une telle amertume depuis la lecture de la mort du Roi Arthur, célèbre épopée qui voit Lancelot trop vieux succomber sous les coups d’adversaires fougueux. Quelle était, en l’occurrence, la stratégie du sélectionneur ? Il s’agissait pour les cadres de transmettre le flambeau des valeurs de l’équipe de France aux cadets qui se trouvèrent ainsi ravalés à l’état de pions évoluant sur un échiquier où les têtes couronnées tentaient de mener le bal, parfois même du banc de touche ! Franck Ribéry avait eu ces paroles prémonitoires « les italiens vont nous rentrer dedans ». Avec son habituelle générosité, il tenta de refouler à lui seul toutes les attaques. Las ! Il dut mettre genou à terre au bout de 9 minutes et sortit sur un brancard. La messe était dite.


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La chanson de Lilwen

17-06-2008 9:04:34

La chanson de Lilwen

Les larmes de la nuit m’ont nimbée de lumière et je suis partie à la recherche des sources perdues. J’ai suivi le chemin des lucioles, marchant sur la mousse pour ne pas déranger le rossignol. Lorsque enfin je suis arrivée au bord de la rivière, j’ai écarté les roseaux et les jacinthes sauvages pour offrir à la terre le filet d’eau pure qu’elle attendait pour renaitre et voir refleurir les vergers.
Jadis la fée Viviane m’offrit tous ses secrets. J’ai traversé les âges avec la mission d’aider les hommes à préserver le don précieux qui leur a été fait à la mort des mammouths. Mais hélas ! toute la magie de ma marraine a été impuissante face à la cupidité croissante des ingrats qu’elle avait comblés.
J’ai encore en mémoire l’odeur des blés et de la vigne ; la laine des agneaux couvre mon corps d’une cape neigeuse, chaude comme les braises où brulent les marrons. Je veux que ce monde perdu renaisse de ses cendres et que l’on retrouve la douceur des soirs d’automne, les grappes de raisin, les couleurs enfiévrées des feuilles qui tourbillonnent en annonçant les soirs de fête où l’on vibrera au son de la cornemuse.
Moi, Lilwen, la belle, celle que tout le monde vénérait pour sa beauté, je suis prête à quitter ces rives mais auparavant, je me dois de former celle qui me succèdera pour veiller sur les terriens.
Ensuite je partirai dans la barque du Roi Arthur et je rejoindrai le bel aréopage au royaume d’Avallon.


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AIME CESAIRE

14-06-2008 9:47:09

Sur la mort du poète

Les funérailles du chantre de la négritude nous ont offert, à nous qui vivons dans l’hexagone, une leçon d’humilité.
Les textes d’Aimé Césaire magistralement mis en valeur par une orchestration subtile ont repoussé le chef d’état et sa délégation aux frontières de ces royaumes dont seuls les poètes ont la clef.
Celui qui croyait honorer, par sa présence, la dépouille sacrée s’est trouvé marginalisé, l’ordre maître-serviteur s’étant curieusement inversé.
« Oui, monsieur, nègre je suis, nègre je reste. Peu me chaut votre présence. Vous me voulez au Panthéon ? Trop tard, cher ami. Il fallait être présents, vous et vos pareils lorsque j’honorais l’Assemblée d’un discours ciselé et que mon regard bleu horizon ne rencontrait que le vide. Le nègre vous salue. Sa dépouille franchira la route bosselée par les racines de l’arbre qui joint les deux rives. »
Puissent les métropolitains comprendre le message ultime du grand homme qui incarne la France multiple, pas seulement au football !
Vive Aimé Césaire !


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Chanson du Vieil Amant

14-06-2008 9:45:10


Chanson du vieil amant

Te souviens-tu, ma reine, ma mie, du galop des chevaux qui annonçaient mon retour ?
Te souviens-tu, ma reine, ma mie, de nos retrouvailles sous la pluie ? Les roses jaillissaient des rochers en forme de seins et je m’y promenais comme un aveugle, en tâtonnant sur les rives du bonheur.
Te souviens-tu, ma reine, ma mie, de ces joyeux festins sur les berges souveraines de mes compagnons d’équipée, tous amoureux de toi, tous frustrés et jaloux de l’étoile que tu accrochais sur mes boucles blondes ?
Te souviens-tu, ma reine, ma mie… Las, j’ai oublié ce que je voulais dire. Il ne me reste de ce grand et fol amour qu’une chanson qui trotte dans ma tête et me donne la migraine.
Dans ces quatre murs où l’on m’a enfermé, je voudrais dissoudre la pierre et y creuser un nid comme les oiseaux.
Dis moi, ma reine, mon amie, viendras-tu me chercher et m’arracher à l’éternelle nuit qui aveugle mes jours ?
J’ai oublié ton nom. Était-ce Lucile, Viviane ou encore Fleur de rêve ? J’entends les vautours au-dessus de ma tête. Par pitié, viens me chercher.


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SPORT

30-05-2008 9:23:55

Le 29 mai 2008
Moitié huron, moitié gaulois quant au visage, Djibril Cissé, le guerrier au grand cœur et aux chaussures rouges, le corps superbement tatoué, a dû s’effacer. Que lui dire, si ce n’est que nous l’aimons, que nous avons en mémoire sa bravoure et que nous apprécions la remontée du diable vauvert qu’il a faite après deux terribles blessures ? Nous savons qu’il est un excellent buteur et nous pensons qu’il pourra revenir dans l’équipe de France, nous qui aimons cet homme dont la première grande joie consista à éloigner sa mère des tâches ménagères subies pour élever ses enfants. Un ballon, c’est un peu de magie, c’est un rêve d’enfant, surtout lorsqu’il atteint son but. A bientôt Djibril !
Il s’est retrouvé dans le même hélicoptère, l’enfant terrible du football, Hatem Ben Arfa, le magicien du dribble. Sans doute a-t-il été écarté en raison de sa maestria ? Il est vrai que ce combattant des pelouses met toute son ardeur dans la prise du ballon. Ce feu follet qui irrite l’adversaire court avec obstination, s’avance ballon au pied avec rage et curieusement, au moment où il suffit de conclure, laisse échapper l’occasion. C’est un peu comme si une danseuse étoile enchaînait avec une grâce inégalée les fouettés et les entrechats puis abandonnait le prince qui l’attendait pour un savant pas de deux.
Mais sans doute suis-je injuste. Des buts, il y en a eu dans sa jeune carrière. Il formait avec Karim Benzéma et Nasri une sorte de trio magique qui semblait inégalable. Le sélectionneur avait certainement envisagé des scénari où le génial Ben Arfa n’avait pas sa place. Il est très jeune. Nous sommes rassurés : il reviendra.


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PRESENTATION DE MES OUVRAGES

28-05-2008 16:33:49


Je me présente : je me nomme Marguerite-Marie Roze, née Denimal. Je suis née dans le Nord et j’ai vécu jusqu’à l’âge de 30 ans dans ce pays chti si longtemps décrié, si magnifiquement mis à la mode par Dany Boon aujourd’hui.
Dans mon dernier livre Contes des royaumes oubliés, la nouvelle liminaire porte un nom en langue picarde : L’accordéoneu. J’avais écrit ce texte avant la parution du film. Une petite phrase tournait en moi comme une ritournelle : « On l’appelait ainsi l’accordéoneu…» Il ne me restait plus qu’à écrire la suite. Certes, ce n’est pas la première fois que je donnais à ma région natale « ma préférence à moi ». Dans mon premier livre de contes, Contes du grand ouest où cascadaient les contes inspirés par la région où je vis actuellement, les Landes, je terminais cet ouvrage par une nouvelle intitulée La péniche bleue qui concrétisait les rêveries que j’éprouvais, adolescente, en me promenant sur les berges du canal, seul lieu qui pouvait se référer à la nature dans ce pays minier où mon père avait fini par échouer. C’est cette nouvelle que le journaliste Jean-Louis Le Breton a souhaité que je lise pour clore l’interview qui m’était consacrée sur une station locale au nom évocateur : Radio d’Artagnan.
Dans le recueil À l’ombre des cerisiers en fleurs, je rends hommage aux créations des tullistes qui ont fait la fortune de la petite ville de Caudry, berceau de ma famille.
Mais pourquoi tous ces contes, me direz-vous ? Pourquoi avoir privilégié ce mode d’expression ? C’est sans doute parce qu’il permet d’aborder par un biais qui se veut plaisant tous les thèmes variés que l’on rencontre dans la vie. Il y a, bien sûr, la réactivation des contes célèbres. Le domaine du chat botté dans À l’ombre des cerisiers en fleurs est une suite du fameux chat botté de Perrault. Dans certains contes, les animaux ont une place prépondérante. Je me suis référée à la thèse de Bruno Bettelheim qui donne un sens à cette présence animale. Lorsque les jeunes filles ne sont pas prêtes à rencontrer l’amour, il est bon que l’écrivain mette sur son chemin un animal qui l’aidera à comprendre les méandres de l’amour.
Dans mes contes, on voit des chats, des oiseaux, des loups et chaque fois, cet animal n’est pas présent pour le décor mais bien pour apporter une touche à l’édifice qui est en train de se construire.
Les contes du temps présent offrent une perspective différente. Je m’inspire de la réalité de notre temps, parfois de celle qui fait mal, parfois de l’engouement pour le football décuplé depuis la coupe du monde gagnée en 1998, le siècle dernier ! Cette pirouette pour expliquer que certains joueurs sont entrés dans la légende. Dans le conte Le Talisman, un joueur est nommé l’idole. Il n’est pas nécessaire de préciser son nom. Dans ce recueil, je fais la partie belle à la chanteuse Diams dont j’admire le talent et la fougue.
Il arrive également que certains contes fassent référence à la haute gastronomie française. De grands noms sont prononcés, notamment celui de Bernard Loiseau. Quelques cartes sont proposées, dont celle de Francis Chauveau au restaurant les Pêcheurs à Antibes. C’est avec leur permission que j’ai reproduit les plats, entrées et desserts proposés sur leur carte. Si certains plats vous intéressent, vous les trouverez réellement en déjeunant chez eux ! Sinon, faites comme moi, contentez-vous de rêver !
Certains contes me sont inspirés par une image, un mot, une scène. Ainsi dans La Princesse Etoile qui aura de nombreuses suites, la trame de l’histoire m’a été donnée par l’observation d’un tableau charmant. A la fin de l’été, une pluie bénéfique avait creusé près du rideau de bambous qui ornent mon jardin un jacuzzi improvisé et j’ai pu me délecter d’une scène charmante : un oiseau s’élançait dans ce bain et s’ébrouait avec ravissement. Je livre la première phrase du conte : « C’est en voyant un chardonneret s’ébrouer dans un jacuzzi improvisé dans le rideau de bambous que Clémentine prit la décision de partir au-delà de la colline pour découvrir le monde. » À l’auteur de jouer ensuite pour prendre le relais. Heureusement une brave fée erre dans mes livres, elle est parfois nommée, la fée des lilas, mais elle aime apparaître sous les traits d’une vieille dame, comme dans Les fées ne meurent jamais, conte qui ouvre À l’ombre des cerisiers en fleurs. Elle n’abandonne ni les mignonnes jeunes filles harcelées par un prince méchant ou la dureté des temps ni l’auteur qui risquerait de connaître la panne.
Un rien peut me servir de déclic. Ainsi ai-je écrit Le prince au torque d’or à partir d’une simple pancarte à l’entrée de Mont-de-Marsan située dans les Landes : La ville aux trois rivières. La phrase initiale du conte est très simple : « En ces temps-là, les rivières allaient par trois ». Puis il fallait créer un personnage à la hauteur du cadre : « Un prince venu du Nord chevauchait avec une redoutable efficacité ». Quant à ses aventures, elles m’ont été inspirées par le souvenir de l’engouement de mon plus jeune fils pour les jeux vidéo. A la recherche d’indices qui doivent lui permettre de trouver la princesse, il franchit les portes de plusieurs palais et en retire soit un joyau soit une déconvenue en forme de retour à la case départ. Cependant je n’écris pas de conte qui privilégie uniquement l’aventure. Même si elle est constamment présente, je lui associe les valeurs humanistes universelles, l’amour des êtres humains, la lutte contre les fléaux, la guerre, l’importance donnée aux enfants, à leur éducation, aux activités artistiques, à la poésie qui illumine le monde.
Dans tous mes ouvrages, j’ouvre la porte à cette poésie qui m’a donné le goût de l’écriture. A l’âge de dix ans, j’ai écrit mon premier poème lors d’une étude du soir à l’internat que je vivais très mal. A l’époque mon unique ami était un arbre que j’apercevais au dortoir. J’aurais voulu quitter cet univers cruel et enviais Peter Pan. Pas étonnant qu’on retrouve ce merveilleux personnage dans À l’ombre des cerisiers en fleurs !
Que n’aurais-je pas donné pour fuir le latin que j’ai enseigné pourtant avec bonheur durant les premières années de ma vie professionnelle !
Quant à la poésie, je ne l’ai jamais oubliée et je lui accorde une place prépondérante dans Les nuits bleues du rossignol, lui offrant l’amour pour unique compagnon. J’ai également privilégié les textes courts à portée poétique, parfois historique. Ces textes forment la traîne des féeriques personnes qui évoluent dans mes ouvrages, rencontrant parfois des êtres voués au malheur. Chez Boucle d’or dans Contes du grand ouest présente un personnage qui m’a été inspiré par Patrick Diils et sa terrible histoire. De même Eveil au monde dans Contes du temps présent propose une petite fille à tête d’ange, au grand cœur. Elle souhaite aider tous les enfants malheureux puisqu’elle a la chance d’être riche, belle et en bonne santé. Ce sont les filles de Jean-Pierre Papin qui m’ont inspiré cette histoire car s’il a des filles qui ressemblent à « la fée de 10 ans » qualifiée ainsi par le comité de lecture de Publibook, il a aussi une fille qui souffre et pour qui toute la famille, y compris « les petits anges » se dévoue soir et matin.
Au lycée de Douai où je souffrais terriblement, les contes de fées m’apportaient du réconfort. De plus, j’ai fait la connaissance en classe de cinquième du monde de la chevalerie et je me suis trouvé un relais culturel. Les légendes de Brocéliande, la geste Arthurienne m’ont fortement impressionnée et l’on retrouve tout naturellement cette source d’inspiration dans bon nombre de mes contes, les plus étoffés étant La rose noire dans Contes du temps présent et Les compagnons de la rose noire dans À l’ombre des cerisiers en fleurs.
Toutefois je leur donne une dimension universelle qui n’existait pas dans les textes originels. J’aimerais que cette lutte sourde entre les deux mondes révélés à l’époque des croisades, le monde oriental et le monde occidental avec le choc des croyances et des coutumes prenne fin. Tout serait si simple si nous nous acceptions tels que nous sommes, avec notre histoire, en toute fraternité. Je milite donc à mon niveau pour que cessent ces querelles. De nombreux contes portent cette empreinte de tentative de bonheur universel.
Mais je crois, à présent, qu’il est temps que je m’efface et que je vous souhaite bonne lecture de ces contes et nouvelles que j’ai écrits, pour ma part, avec beaucoup de bonheur. J’attends à présent les remarques des lecteurs, leurs dessins peut-être. Peu douée pour le dessin, j’éprouve une grande admiration pour ceux qui maîtrisent cet art. Il en va de même pour les couturiers, les brodeuses que l’on rencontre souvent dans mes livres et tous les artistes de manière générale.
Mais chut, retirons-nous sur la pointe des pieds….


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ACTUALITES

28-05-2008 16:31:00

Lettre à Ingrid

Qui a oublié les accents pathétiques de Bossuet annonçant la mort funeste de Madame, vraisemblablement empoisonnée « Madame se meurt, Madame est morte ! » ?
Ingrid, qu’ont-ils fait de ta grande beauté, ces geôliers cruels qui prétendent œuvrer pour la liberté ? Grise sur fond gris, tu nous es apparue, tête baissée, longs cheveux de femme âgée, portant tes chaînes comme une incroyable parure, celle du martyr.
La jungle, vois-tu, on se l’imaginait luxuriante, pleine de couleurs et d’oiseaux du paradis. Or c’est une vision de désolation que l’on nous a offerte, pour nous rassurer parait-il ! au goût de cendre. Un champ de bataille de la guerre 14-18 ou l’un des camps de concentration du génocide de la 2nde guerre mondiale nous viennent en flash.
Tu es aux portes de la mort, Ingrid, peut-être même les as-tu franchises à l’heure où j’écris. J’en veux terriblement à tous les chefs d’état qui se sont emparés de ton destin pour te laisser mourir. Que diront-ils lorsque la nouvelle fatale nous parviendra ? « On a tout tenté ». C’est faux. Rien n’a été fait.
Il fallait, chère Ingrid, pour te sauver réellement que tout le peuple de France se mobilise et cesse ses enfantillages, lâchers de ballons, tee-shirts à ton image etc.…Tout le peuple de France massé face aux Farc, voilà ce qui aurait pu te sauver. Les Farc n’auraient rien pu faire contre un peuple rassemblé.
Dans l’imaginaire français, des silhouettes féminines éclatent comme des soleils, Sainte Blandine livrée aux bêtes, Jeanne d’Arc boutant les Anglais hors de France et périssant sur un bûcher allumé par ceux qu’elle était venue sauver.
De même ceux pour qui tu luttais, voulant leur donner une place dans le pays que tu chérissais t’ont honteusement enchaînée et ont essayé de t’avilir, en vain. Ce que nous retenons surtout, c’est ta brillante intelligence et ton sens du combat demeuré intact.
Ingrid, je formule mille vœux pour que l’on te sorte vivante de cet enfer et que l’on punisse tes infâmes geôliers car ils ne méritent aucun pardon.
Ingrid, je souffre de toutes ces occasions manquées, lorsque des émissaires ou des journalistes rencontraient ces soi-disant révolutionnaires qui se pavanaient devant les caméras en se donnant de l’importance.
Que n’ont-ils profité de ces moments précieux pour te porter secours ou t’enlever au lieu de rapporter des images ou des scoops pour leur profit ou leur aura !
Ingrid, je te loge en mon cœur, espérant que ce contact te maintienne en vie.
Vive Ingrid Betancourt ! Vive son combat digne du Panthéon ! Aujourd’hui, nous sommes tous Colombiens !


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Dernier livre paru :

Mémoires d'un sommelier

Roman

Jean-Bernard a beaucoup de chance. Il est sommelier et son métier le fait voyager et travailler dans les restaurants où aiment à se rendre les grands de ce monde, ceux que l’on ne croise jamais dans la vraie vie. De Saint-Malo à la Côte d’Azur, de l’Irlande à Saulieu, il a exercé son art au service des plus grands cuisiniers. Il nous fait partager ses voyages, son amour du vin et surtout découvrir l’envers du décor des plus grands établissements.

Version papier : 10,00 € / 58 pages

Version pdf : 5,00 €



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